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Narcoculture-France

Blog relatif aux événements et informations de la narcoculture, relatés en français

NarcoChronique - Portrait de narco : El Chapo Isidro

Avis aux lecteurs coutumiers de ce blog (bon, vous ne devez représenter qu'une poignée, mais vous êtes sans aucun doute la meilleure poignée de chingones à l'est du Yucatán !), à l'occasion des 1500 visiteurs uniques sur Narcoculture-France (youpikaye !), je tenais ici à vous partager le portrait d'un trafiquant qui vient de me taper dans l'œil (ou plutôt dans l'oreille, je m'expliquerai plus bas) autant que de m'acquitter d'un édit ou débunk (deux mots qui ne veulent pas dire grand chose, on est d'accord ;) ) quant à deux de mes anciens articles, qui tiendrait lieu vis-à-vis de ces derniers de mea culpa. En effet, trêve de préambule, ma connaissance du paysage complexe et constamment changeant du crime organisé mexicain se trouvait jusqu'ici incomplète : il me manquait une pièce du puzzle. Un personnage, un narco, que je ne connaissais pas... Oui, je dois bien l'avouer, mon appréciation de cet univers peut malgré tout s'avérer dans de rares cas encore perfectible, et même s'il est de toute façon impossible de connaître tous les gus qui trouveraient le moyen de s'armer en invoquant le nom de quelque organisation éteinte, exhumée soudainement du fond des âges, ou même d'une nouvelle toute droit sortie de leur imagination, le pedigree de l'intéressé fait passer mon approximation de tantôt pour rien de moins qu'une faute professionnelle. Un peu comme ce que fait Neymar à chaque match, pour resituer... Bref, comme je ne désirais apporter aucune modification à mes précédents articles (ce qui est fait est fait, après tout), mais que deux d'entre eux comportent néanmoins deux approximations qu'il me faut relever, je profite ici de l'occasion que me donne cet édito pour faire la lumière sur celles-ci. En espérant que vous ne m'en tiendrez pas rigueur pour la suite !

Donc, nous sommes au début de cette année, quand, comme chaque jour que le Seigneur fait dans sa divine miséricorde, je vais pour m'enjailler en m'écoutant quelques narcocorridos ; cette fois, en l'occurrence, un de Los Tucanes. Je vous la fais courte : le chanteur Mario Quintero se met à palabrer sur un certain Chapo Isidro (ce personnage est important !). Le corrido étant déjà sorti depuis plusieurs mois, n'en étant pas à ma première écoute, ce nom m'intrigue, mais je ne m'en formalise que lorsque, dans la foulée, le groupe norteño autrefois proche de Chino Antrax, Triple Norte, sort à son tour un corrido en l'hommage du dit trafiquant. Le leur révèle bien davantage d'informations, et je comprend alors mon erreur (mes deux erreurs, pour être exact) en réalisant qu'il s'agissait d'un acteur de taille dans la mafia mexicaine qui m'avait jusqu'ici échappé. Ces deux erreurs, malencontreusement rapportées sur mon blog, les voici :

 

-Dans mon article "La série El Chapo est-elle crédible ?", j'émettais des réserves quant au personnage d'Isidoro, que je pensais alors être une satyre plus ou moins bancale de Nemesio Oseguera Cervantes, El Mencho. Le chef du cartel de Jalisco avait certes fait sécession avec le Cartel de Sinaloa à l'occasion de la "Guerre de 2008", lorsqu'El Chapo Guzman se foutait sur la gueule avec le mari de sa nièce et les frères de ce dernier, les Beltran Leyva ; mais je trouvais cela curieux, je l'écrivais, de présenter ce dernier comme un lieutenant des Beltran Leyva dans la série, en quête de vengeance après la chute de ces derniers ; car, s'ils ont bien abandonner le Cartel d'El Chapo Guzman au même moment, les liens entre le futur chef du Cartel de Jalisco, recruté par l'ancien policier Nacho Coronel, et les frères Beltran demeurent jusqu'à preuve du contraire assez ténus. J'en étais venu à penser que le personnage de la série, présenté comme le grand méchant de la dernière saison, représentait en réalité une sorte de popurri de plusieurs trafiquants véritables, dont El Mencho, et qu'il avait pour tâche de représenter les rivaux d'El Chapo Guzman et le paysage du trafic de drogue mexicain dans son ensemble après la chute de ce dernier. Comme pour mieux illustrer les difficultés et les rivalités auxquelles le baron moustachu devait faire face, en somme... En réalité, le personnage d'Isidoro n'est ni une mouture d'El Mencho, ni une agglomération de plusieurs personnages existants, mais n'est nul autre qu'une représentation plutôt fidèle d'Isidro, évidemment ; surnommé El Chapo Isidro, et qui lui figure bel et bien être un ancien lieutenant des frères Beltran Leyva.

L'acteur salvadorien Ermis Cruz, qui donne vie au personnage d'Isidoro dans la série Netflix "El Chapo"

-Seconde erreur, qui tient cette fois plus de l'approximation : dans mon article "NarcoActu - L'année 2021 des narcos PART II, la suite pour le Mexique ?" où je me livrais pour la première fois au jeu des pronostics quant aux évènements qui auraient cours ces prochaines années au sein du crime organisé mexicain, je disais croire à un retour prochain d'Alfredo Beltran Guzman (fils d'Alfredo Beltran Leyva et de la nièce d'El Chapo, Patricia Guzman Nuñez) sur le devant de la scène, mais prétendais que le jeune héritier du quasi éteint empire Beltran Leyva devrait faire face à l'isolement de sa position, face aux nombreux membres du Cartel de Sinaloa et de la famille Guzman, ses ennemis. Je croyais jusqu'alors que le Cartel Beltran Leyva n'avait subsister que sous la forme de petites cellules éparses et indépendantes, disséminées dans la Sierra... C'était sans compter sur le Cartel d'El Chapo Isidro, bâti sur les restes fumants de celui des Beltran Leyva, dont je n'avais connaissance jusqu'alors. La théorie la plus plausible est que, si Alfredo Beltran Jr devait chercher des noises à la famille de sa mère, comme il l'a déjà fait par le passé, il se tournerait en premier lieu vers l'ancien lieutenant de son père, aujourd'hui au pouvoir. Encore que, dans la mafia, rien n'est moins sûr. Oubli corrigé, cependant.

 

Bon, hormis ce rétropédalage de ma part sur ces deux belles boulettes, que peut-on dire de ce fameux Chapo Isidro ? Eh oui, maintenant qu'on le connaît, on ne vas pas le lâcher si vite mais en profiter au contraire pour creuser plus profond le sujet ! Déjà, je ne vais pas faire mon petit "je-sais-tout" avec vous, les amis ; je vais commencer par le commencement, les deux narcocorridos mentionnés plus haut, puisque c'est aussi de cette manière que le nom d'El Chapo Isidro m'est parvenu aux oreilles. Je vous mets le lien de ces deux excellentes chansons plus bas et m'en vais vous les traduire (celle de Triple Norte, la plus intéressante pour nous), pour les non-hispanophones :

 

https://youtu.be/xPTjXAb9MjU

https://youtu.be/eq198vmqEdY

 

(Intro à la guitare qui nique sa mère)

Je brandis toujours bien haut ma bannière

Beltran à 100 % et je ne me défile pas

Je suis préparé pour la guerre

J'ai beaucoup d'années d'expérience

Comme Chapito Isidro je suis connu par les miens

Une pièce majeure dans la chaîne de commandement

Ici dans la meute je suis le chef

Et je pose mes conditions

 

Je sais que vous avez de nombreuses questions

Mais là je ne suis pas d'humeur pour une interview

L'intelligence et la ruse

Dans la mafia doivent être une doctrine

Zone Nord où je réside

Blindés sont Mochis et Guasave

Toujours prudent et prévoyant

Comme un loup prêt pour l'attaque

 

Il y a une trêve et le climat est calme

Et dans le viseur je ne vois pas d'ennemis

Je suis mauvais, d'après beaucoup de gens

Me défendre est mon seul objectif cependant

Je ne veux pas trop rentrer dans les détails

Mais peu de personnes me cherchent la merde

Que ce soit dans la Sierra ou dans la vallée

Furtif par les airs ou par la terre

 

 

De mes exploits, je peux en faire un livre

Ou même un film ou une série

D'action et de drames ils seraient remplis

Mais il s'agit seulement de se défendre

Comme la fameuse bataille à Tubutama

Où le climat est devenu bien tendu

La fiction a cette fois été dépassée...

...Affrontement de deux grands sinaloans

 

A Nayarit on est aussi présents

A Sonora et dans une partie de Chihuahua

Les miens sont très intelligents

De grands kamikazes de la mafia

Salut au Musicien et à sa clique

Badiraguato toujours présent

La Beltranaise* continue de prospérer... (*Beltraniza en espagnol, adjectif fictif basé sur le nom Beltran)

...Le Cartel de Arturo qui fût un grand chef

 

Meza Flores sont mes noms de famille

Et Fausto Isidro c'est ainsi qu'on m'a baptisé

Je ne suis ni arrogant ni abusif

Je demande seulement aux gens du respect

Salut aussi au Sagittaire

Parmi les signes du zodiacs c'est le neuvième

Pour l'instant on continue de bosser

Ici nous continuons dans l'arène

 

 

Voilà, avec les paroles de ce corrido vous savez à peu près tout ce qu'il y a à savoir sur le narco connu comme El Chapo Isidro. Vous pouvez déjà vous barrer de cette page et vaquer à vos occupations... Et en même temps, il est possible que vous n'ayez pas tout compris ou que vous soyez tout simplement quelqu'un de curieux. Donc, je vous propose de tirer ça au clair plus bas et d'achever de dresser le portrait de l'ami Isidro, si vous le voulez bien.

 

 Fausto Isidro Meza Flores alias "El Chapo Isidro" est un trafiquant de drogue mexicain né le 19 juin 1982. Il a commencé sa carrière criminelle dès les années 90, au sein de l'empire du légendaire "Seigneur du Ciel", Amado Carrillo. C'est du moins ce que relate sa page Wikipedia. Après la mort présumée de celui-ci en 1997, il aurait alors rejoint le groupe dominé par les frères Beltran Leyva, alors rattaché au Cartel de Sinaloa d'El Chapo Guzman et d'El Mayo Zambada. En réalité, ce que l'on peut affirmer avec certitude, c'est qu'El Chapo Isidro a commencé très jeune son ascension au sein de la pègre, se plaçant très rapidement sous la tutelle des frères Beltran Leyva, jusqu'à devenir une des pièces maîtresses de leur organisation. Fût-il réellement un élément fondamental du Cartel de Juarez avant ça et un collaborateur d'Amado Carrillo, j'entretiens personnellement quelques réserves, mais la suite ne fait en tout cas pas le moindre doute. 

La suite, c'est bien sûr la sempiternelle guerre de 2008 : le Cartel de Sinaloa, dirigé par Joaquin El Chapo Guzman et Ismael El Mayo Zambada, se scindent en deux factions rivales et ennemies mortelles : la faction des deux capos susnommés, qui compose la branche "traditionnelle" du cartel, épaulée par Juan Jose Esparragoza El Azul, Nacho Coronel et les grandes figures de l'organisation ; et la seconde, celle des quatre frères Beltran Leyva, qui eux semblent avoir plutôt rallier à leur cause les pistoleros et les soldats d'importance du cartel. Une véritable guerre fratricide entre amis d'hier (et parfois parents) débute alors ; à l'instar de son collègue Edgar Valdez Villarreal alias La Barbie (avec lequel il partage un destin étrangement similaire), El Chapo Isidro est contraint de faire un choix : les deux camps font en effet le forcing pour s'attacher leurs services en prévision des affrontements à venir. Les deux tueurs à gage, autrefois sous les ordres de Guzman et de Zambada, décident de défier ces derniers en rejoignant le parti des Beltran Leyva, comme nombre de leurs collègues. Une déclaration de guerre. El Chapo Isidro vient de se faire, en la personne d'El Chapo Guzman, un ennemi mortel qui marquera à coup sûr son destin. Autre destinée marquante : celle de Chalo Araujo, un ancien tueur à gage du temps des premiers narcos, autrefois sous les ordres d'Emilio Caro Quintero, un des prédécesseur de Guzman et de Zambada ; Chalo Araujo, à cette époque déjà plus ou moins retiré des affaires (mais encore jeune), a néanmoins lié une profonde amitié avec les deux intéressés, comme avec tous les autres capos du Sinaloa. Sauf que son fils, lui, Gonzalo Araujo Jr, dit Chalito Araujo, choisit de rejoindre le camp d'en face et devient l'un des gardes du corps d'Arturo Beltran. Les divisions ne cessent plus d'ébranler la pègre du Sinaloa... El Mencho, qui n'est pas originaire de la région mais de l'Etat du Michoacán, à l'instar des tueurs qui composent là-bas son bras armé pour le compte du Cartel de Sinaloa, décide que ses chamailleries ne le concerne en rien et fait défection de l'organisation sinaloane pour fonder dans son état natal son propre cartel. Pour pallier à ces défections, El Mayo Zambada a l'idée de promouvoir au rang de responsable de sa sécurité personnelle et de nouveau chef de ses sicarios un jeune garde du corps engagé trois ans plus tôt, avec lequel ses fils ont noué une profonde amitié. Le jeune homme en question fonde le bras armé Los Antrax, avec lequel le Cartel des Beltran Leyva aura régulièrement maille à partir. El Chapo Isidro prend le commandement de leur équivalent chez les Beltran, et fonde lui-même la cellule de Los Mazatlecos, pendant que La Barbie s'occupe de la sécurité de leur chef Arturo.

 

 

Les frères Beltran

Le corps d'Arturo Beltran Leyva, humilié par les militaires

 

Alfredo Beltran Leyva

 

Carlos Beltran Leyva

 

Hector Beltran Leyva

 

On ne sait pas bien si la série d'affrontements connu comme La Guerre de 2008 commence avant, au même moment ou est une conséquence directe de la capture d'Alfredo Beltran Leyva, l'un des quatre frères qu'El Chapo Isidro avait juré de protéger... Mais un an plus tard, la tête pensante de l'organisation, Arturo, est abattu lors d'un raid de l'armée à Cuernavaca (grande ville du centre du Mexique). En même temps que lui, Chalito Araujo expire son dernier souffle en combattant face à la marine et aux hélicoptères de l'armée, à l'âge de 21 ans. Quelques semaines plus tard, l'un des frères, Carlos, est arrêté à son tour. Isidro se reporte alors sur la protection du dernier des frères restant, Hector, qui prend un temps la relève de ses frères avec le soutien de son neveu, Alfredo Jr, jusqu'à sa propre capture en 2014. C'est pendant le règne de celui-ci que survint l'apothéose de la Guerre de 2008 : La Bataille de Tubutama, en 2010. Une bataille à laquelle a lui aussi participé El Chapo Isidro, et qui l'opposait à ses rivaux de toujours du Cartel de Sinaloa. Tubutama se situe dans l'Etat de Sonora, dans la zone d'opération de Los Mazatlecos (bras armé d'Isidro), chargés de stopper l'avancée du cartel rival dans les Etats de Morelos, Guerrero, Guasave et Sonora, donc. El Chapo Guzman provoqua la confrontation en envoyant un convoi constitué de 40 véhicules et pas moins de 90 hommes en armes, dans le but de bouter ces derniers de l'Etat... Un peu comme ce que l'on voit en Ukraine actuellement, avec le fameux "Z" digne du Cartel de Los Zetas estampillant les véhicules militaires russes, le convoi du Cartel de Sinaloa arborait ce jour-là sur chacun de ses véhicules un "X" peint, qui devait leur servir à mieux s'identifier entre eux. Ben oui, sauf que ça a également permis à Isidro et aux Mazatlecos d'identifier avec toute la facilité du monde leurs adversaires ; ces petits malins ont alors barrer la route sur laquelle voyageait le convoi en aval et en amont de sa position, afin de lui couper toute possibilité de retraite. Ils embusquèrent le convoi alors que celui-ci approchait de Saric, village adjacent à la ville de Tubutama, et ouvrirent le feu. C'est ce jour-là que se produisit la plus GROSSE bataille entre groupes narcotrafiquants (et on va même élargir à "groupes mafieux") de l'Histoire, encore à ce jour. Le nombre de pertes officiel est de 21, réparties entre les membres des deux factions qui laissèrent ce jour-là la vie à l'entrée de Tubutama, auquel il faut ajouter les 6 autres mortellement blessés durant l'affrontement qui finiront par mourir de leur blessures par la suite. Néanmoins, certains médias mexicains avancèrent le chiffre effarant de 50 morts, lors de cette bataille de triste mémoire. Du côté du Cartel de Sinaloa, une perte d'importance est d'ailleurs à déplorer : celle de Redel Castro, alias "Pocho Antrax", tueur à gages de la cellule de Los Antrax chargé de la sécurité du clan Zambada. L'ami Pocho (auquel je consacrerai sûrement un jour un article) était fréquemment confondu avec le chef de cette unité d'élite, j'ai nommé Rodrigo "El Chino Antrax", et certaines photographies de lui continuent encore aujourd'hui d'être à tort utilisées pour dépeindre son supérieur, alors l'équivalent d'El Chapo Isidro dans le Cartel de Sinaloa et personnalité pourtant bien connue des réseaux sociaux.

 

Pour ce qui est des collègues de l'intéressé, il est intéressant de signaler que son homologue dans le Cartel Beltran, "La Barbie", à lui choisit de faire défection après la mort de leur mentor, Don Arturo. Le trafiquant texan se consacre à son propre gang baptisé "Los Negros" consécutivement à l'échec de la Guerre de 2008, gang auquel Arturo avait déjà donner toute latitude de son vivant et qui s'est rendu célèbre à cette époque pour ses méthodes extrêmement violentes. Cette défection passe cependant auprès des fidèles du Cartel pour une quasi-traîtrise, surtout au vu des rumeurs qui courent alors et font de La Barbie une balance à la solde des américains. En août 2010, soit un mois tout juste après le massacre de Tubutama, La Barbie est arrêté à Mexico puis expédié aux Etats-Unis où il ne cessera plus de "chanter" et de balancer aux autorités américaines tout ce qu'il sait sur ses anciens complices, lui procurant pour de bon le statut peu envié de "poucave". Il est condamné en 2018 à purger près de 50 ans de prison aux Etats-Unis, même si on se doute qu'au vu de son auguste contribution sa sentence sera un jour réduite ("La Barbie" est surtout célèbre toutefois pour avoir impliqué des politiciens mexicains lors de ses témoignages plutôt qu'avoir véritablement provoqué la capture d'anciens membres de son organisation).

 

Les pistoleros des deux camps

Pocho Antrax

 

Son supérieur Chino Antrax, assassiné en 2020, supposément par les fils d'El Chapo Guzman

 

La Barbie ; qu'est-ce qu'on se marre !

 

El Chapo Isidro

 

Mais notre bon chef des sicarios des frères Beltran, lui, décide de rester fidèle à la fratrie, même après la chute de ces derniers. En 2010, toujours, pendant que La Barbie coupe des têtes pour son propre compte et que ses rivaux des Antrax tombent au combat l'un après l'autre entre deux post instagram, El Chapo Isidro manque de se faire capturer par la police dans les montagnes de Choix, au Sinaloa, le 28 avril de cette année. Mais une fusillade éclate entre les deux parties, permettant à Isidro de prendre le large et faisant deux morts chez les policiers ; un bilan plutôt raisonnable au vu des douze sicarios qui perdront la vie, dont le bras droit d'El Chapo Isidro en personne : Omar Adrian Montoya Rubio alias "El Chonte", un ancien agent de la police municipale de Guasave qui travaillait déjà sous les ordres d'Isidro du temps où il était fonctionnaire. A cette période, seul Hector Beltran Leyva reste à capturer parmi les frères autrefois à la tête du Cartel, ce sera finalement chose faite en 2014 ; mais Fausto Isidro Meza Flores n'attend pas ce dernier coup du sort pour imiter La Barbie et consolider sa propre fonction, Los Mazatlecos, sans jamais cesser toutefois d'entretenir des liens étroits avec le Cartel Beltran. La Guerre de 2008 aura eu raison de la fratrie originaire de Badiraguato, même si la plupart des coups portés à leur encontre seront du fait des militaires ; El Chapo Guzman et El Mayo Zambada poursuivent un temps leurs activités sans être inquiétés et sont déclarés grands vainqueurs du sanglant affrontement. La paix revient au Sinaloa. Toute résistance est désormais vaincue... Toute ? Non, un petit cartel résiste encore et toujours à l'envahisseur : les quelques survivants qui osent encore se revendiquer des Beltran Leyva ainsi que le Cartel d'El Chapo Isidro. Celui-ci, qui a prit de l'ampleur en quelques années depuis "Los Mazatlecos", sa forme initiale en tant que bras armé du Cartel Beltran Leyva, est désormais connu comme le Cartel Meza Flores ou Cartel de Guasave. Comme son nom l'indique, l'organisation revendique la ville de Guasave, ainsi que celle de Los Mochis, deux villes d'importance du Sinaloa toutes deux situées au nord de l'Etat. Et bien sûr, non, la paix ne revient pas au Sinaloa. El Chapo Guzman et El Chapo Isidro s'affrontent pour ce territoire jusqu'à la troisième (et dernière) capture du baron moustachu, en 2016, précisément dans la ville de Los Mochis. Suite à quoi, Alfredo Beltran Guzman (fils d'Alfredo Beltran Leyva et de la nièce d'El Chapo Guzman) reprend le flambeau de ses oncles et cherche par tous les moyens à emmerder la famille de sa mère ; il en vient même à prendre d'assaut le ranch de la mère d'El Chapo Guzman (la belle-mère de son propre grand-père !) afin de la terroriser elle ainsi que tous les hameaux alentours, heureusement sans autre dommage que matériels... Lui-même se fera arrêter en 2016, laissant pour un temps à El Chapo Isidro le soin de régler les anciennes rancœurs avec les fils de Guzman et El Mayo Zambada, en tant que dernier héritier du quasi-éteint Cartel Beltran Leyva. C'est ainsi qu'El Chapo Isidro a bâti sa légende : le dernier lieutenant resté fidèle aux frères Beltran, qui a su s'élever jusqu'à créer sa propre organisation et défier ses patrons d'autrefois, du Cartel de Sinaloa...  Et c'est aussi là que nous perdons sa trace, pour un temps du moins. Car, vous l'aurez sans doute remarqué, des 4 frères Beltran Leyva, de son rival El Chapo Guzman, de son collègue La Barbie et de ses ennemis de Los Antrax, Isidro Meza Flores est de tout ce beau monde le seul capo encore en activité aujourd'hui ; il a donc fallu, pour le rester, qu'il se fasse particulièrement discret au cours de ces 6 dernières années. Un temps on le croit en villégiature avec sa famille dans l'Etat de Nuevo León. Puis on le dit, successivement, dans son fief de Guasave et enfin à Baja California Sur (Basse-Californie du Sud), en vadrouille entre la station balnéaire de Los Cabos et La Paz. 

Guasave

 

 

C'est une affaire médiatique qui va le remettre subitement sur le devant de la scène : l'enlèvement du basketteur mexicain Alexis Cervantes au Michoacan par le cartel d'El Mencho : le Cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG). Une fois n'est pas coutume, l'athlète est retrouvé quelques heures plus tard en vie et libéré. Sollicité par les médias et la police, Cervantes explique les raisons de son enlèvement par les liens qu'il entretient avec, je cite, "la mafia du Sinaloa". Selon lui, des personnes bien informées l'ont intercepté dans son taxi pour fouiller son téléphone et ont trouvé des photos compromettantes de lui en compagnie de ces groupes criminels, avec lesquels il aime apparemment se divertir. Le basketteur professionnel assure de fait que son propre cousin était lui-même chef de pistoleros pour un cartel à Guasave... Celui, précise-t-il, d'El Chapo Isidro ; tiens, tiens... Première fois depuis longtemps qu'on entend parler de l'ancien lieutenant des frères Beltran (je ne peux pas dire, moi je le connaissais même pas !). En outre, Cervantes avoue également avoir un peu trop joué les fanfarons et s'être moqué ouvertement des cartels du Michoacán en faisant le coq et en se prenant pour "un lourd", un puissant, du Sinaloa. Forcément, vous vous doutez bien que ça n'a pas plus aux vrais "lourds" du Michoacán, et leur leader El Mencho ; surtout lorsque l'on sait que leur cartel basé à Jalisco, le plus puissant du monde, entretient une rivalité sans borne avec celui de Sinaloa, leur dauphin en terme d'influence. Il y a trois ou quatre ans maintenant (ça ne nous rajeunit pas !), El Mencho s'était d'ailleurs fait remarquer au niveau international pour avoir fait assassiner un jeune youtuber de 17 ans qui s'était ouvertement moqué de lui, à peine quelques jours plus tôt en vidéo, le dénommé El Pirata de Culiacan, on s'en souvient. "El Mencho me la pela..." Le Cartel de Jalisco Nueva Generación a donc cette fois décidé de rappeler le basketteur à l'ordre par l'intimidation, ce dernier confiant par ailleurs sans gêne au terme de ses péripéties "adorer le bordel (comprendre : ce style de vie, celui des narcos), adorer la cocaïne (il se serait bien entendu avec Maradona, çui-là) et qui a simplement prétendu être quelqu'un qu'il n'est pas".

Alexis Cervantes, rattrapé par la réalité

 

Quant à El Chapo Isidro lui-même, bien que son nom ait apparemment resurgit de temps à autre au cours de ces dernières années, personne ne semble en mesure de mettre la main dessus ! Pas plus les autorités que ses ennemis du cartel de Sinaloa : les fils d'El Chapo Guzman, menés par les aînés Ivan et Alfredo, et El Mayo Zambada. Ces derniers, occupés respectivement à se foutre sur la gueule avec Caro Quintero à Caborca et quasiment dans les 31 Etats qui composent le Mexique contre le Cartel de Jalisco pour ce qu'il s'agit d'El Mayo, et qui manqueront de peu de se déclarer la guerre entre eux en 2020, ont visiblement d'autres chats à fouetter que de régler les vieux comptes de la Guerre de 2008. C'est alors qu'une rumeur court dans la Sierra, il y a peu, que je vous rapporte ici de source sûre (oui, bon, j'ai recoupé les corridos, les statistiques sur la criminalité et les réseaux sociaux, quoi...) : face à la multiplication des conflits et l'accroissement des enjeux entre bandes de narcotrafiquants, tout ce beau monde originaire du Sinaloa aurait finalement décidé de s'entendre entre eux, pour changer. El Chapo Isidro lui-même serait à l'origine de ce rapprochement : la paix est finalement déclaré, semble-t-il ! Ou tout du moins, plus prosaïquement, une trêve... Car si tous ces capos sinaloans demeurent rivaux entre eux, l'ordre de tirer à vue n'est apparemment plus d'actualité dans l'Etat, pour le moment. Et ce, même si Alfredo Beltran Guzman, le fils d'Alfredo Beltran Leyva, vient tout juste d'être libéré de prison l'année passée, tout pile pour ses 30 ans, et qu'on suppose que l'héritier du Cartel Beltran ne se contentera pas d'un emploi de garagiste une fois à l'extérieur (mes excuses à tous les garagistes qui tomberaient sur cet article) mais chercherait de nouveau à se venger des fils de son grand-oncle.

Finalement, en décembre 2019, le gouvernement américain s'est résolu à mettre à prix la tête d'El Chapo Isidro pour la même somme que celle offerte aujourd'hui pour chacun des fils d'El Chapo Guzman, soit 5 millions de dollars US. Et vous savez quoi ? C'était aussi la prime offerte pour la capture de leur père, lorsqu'il se trouvait à la tête du Cartel de Sinaloa... C'est vous dire l'importance accordée, du moins par les américains, à l'ami Isidro ! Et dire que si Los Tucanes de Tijuana n'avaient pas pondu leur corrido, je n'en aurais sans doute jamais entendu parler...

 

 

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