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Narcoculture-France

Blog relatif aux événements et informations de la narcoculture, relatés en français

DOCUMENTAIRE : NARCODYNASTIES / Narco-Actu: Bilan 2021 des cartels Part II / La suite pour le Mexique ?

 

 

 

 

INTRO

 

 

 

Pour changer, on va faire simple. Si vous n'êtes pas particulièrement familier du crime organisé mexicain, on peut résumer les tribulations de ce dernier à ceci : alors que de pauvres paysans mexicains cultivent la beuh et le pavot pour quelques propriétaires terriens de moindre envergure depuis les années 50 et 60, tout change dans les années 80 avec l'essor de Miguel Angel Felix Gallardo (héros de la série Narcos : Mexico) et son empire de la marijuana. Les années 80, c'est aussi l'essor des cartels colombiens et de la cocaïne en Amérique du Sud, qui finira par profiter aux mafieux mexicains et achèvera de placer à la tête de puissantes organisations toute une génération de narcos hauts en couleur et leur dynastie, dont certaines encore en place aujourd'hui. Bref, pour faire simple, Miguel Angel Felix Gallardo se fait coffrer et le crime organisé mexicain se fragmente en même temps que son organisation, en une poignée de cartels ultra-violents. L'un des plus fameux est sans conteste celui en place dans l'état natal de bon nombre de ces narcos autrefois proches de Gallardo, alors dispersés avec leurs bandes respectives sur toute la frontière Nord et le centre du pays, l'Etat dit de "Nouvelle Sicile"... L'Etat de Sinaloa, vous l'aurez reconnu, fief de la mafia au Mexique depuis la fin de la première moitié du siècle passé, et son Cartel de Sinaloa. Celui-ci est fondé au début des années 90 après la chute de Gallardo et dirigé dès son origine par 3 barons autrefois proches de celui-ci : Ismael "El Mayo" Zambada, Juan Jose Esparragoza et Joaquin Guzman. Ce dernier est évidemment le plus célèbre des 3, plus particulièrement sous son surnom "El Chapo", notamment pour ses évasions de prison rocambolesques qui le distingueront par la suite. Après s'être trouvé en bisbille avec une organisation rivale, le Cartel de Tijuana des frères Arellano Felix (évènements phares de la 3ème saison de Narcos : Mexico et de leur réinterprétation dans le roman La griffe du chien), le Cartel de Sinaloa s'impose comme le plus puissant du pays et même l'organisation criminelle la plus puissante de la planète. Bien évidemment, à cette époque, dans les premières années de notre 21ème siècle, les cartels colombiens ne sont plus aussi puissants qu'une décennie auparavant et ceux-ci se fragmentent en organisations et plantations mineures. La mafia est au Mexique. La mafia retrouve son fief de Nouvelle Sicile. Peu à peu, le pays connait des vagues de violence qui le marqueront profondément et ensanglanteront jusqu'à la moindre parcelle de terre sur la frontière, ainsi que de nombreux scandales politiques qui feraient passée l'affaire Strauss Kahn pour une gentille anecdote de fin de soirée. Des cartels de plus en plus violents apparaissent, comme celui de Los Zetas, à qui le Cartel de Sinaloa fait la guerre, en mastodonte des ces terres.

 

2006... Chahuté par ces vagues de violence, le gouvernement mexicain, alors présidé par Felipe Calderon, décide de riposter en menant une vaste opération de lutte contre les cartels. Erreur. Les mexicains se rappellent aujourd'hui de cette époque comme l'une des plus sombres de leur pays ; incontestablement, le président Calderon restera à jamais dans l'Histoire pour avoir été celui à avoir allumer la mèche de la poudrière mexicaine et s'en être brulé les doigts. L'opération est un échec. Les cartels font la fête. Le plus puissant d'entre eux, le Cartel de Sinaloa, est commandé depuis alors plus d'une décennie par une bande de barons incultes mais roublards, descendants de la toute première grande organisation criminelle du Mexique, pilotée par Felix Gallardo. 2 grands leader : Guzman et Zambada, amis depuis cette époque. Un troisième plus en retrait : Esparragoza. Le numéro 4 de l'organisation : Nacho Coronel. Une troupe de vieux capos partageant presque tous des liens de parenté ou d'alliance, dans la mafia de père en fils : Chalo Araujo, Damaso Lopez, les 4 frères Beltran Leyva, entre autre... Sans compter les propres frères des barons précédemment cités. Ces barons sont intouchables, impitoyables, des campagnards endurcis, ancien paysans reconvertis en chefs de guerre. Ils font du crime une affaire de famille.

 

Table des matières :

 

-Tito Beltran, le retour (Cartel de Sinaloa)

-Guzman : Chapiza quattro formaggi (Cartel de Sinaloa)

-Vieux capos, c'est reparti comme en 40 ?

-El Mencho en ligne de mire (Cartel de Jalisco Nueva Generacion)

-Ramène ta fraise : l'héritage mafieux du Michoacan (Cartel de la Nueva Familia Michoacana)

 

 

 

 

 

Tito Beltran, le retour

 

 

2008. Tout bascule. C'est le début d'un tout nouveau conflit : celui de la guerre de 2008. Ni les opérations du président Calderon ni les guerres face aux cartels de Tijuana et de Los Zetas n'ont réussi à mettre à mal les barons sinaloans. Mais cette fois, la guerre, ils se la déclarent entre eux : une scission frappe la puissante organisation de Sinaloa. Alors que Joaquin El Chapo Guzman et Zambada tentent de renforcer leurs liens avec l'armée et le gouvernement, une rumeur prétend que le premier aurait balancé un de ses complices afin de peser sur les négociations : l'un des 4 frères Beltran Leyva, Don Alfredo. Forcément, vous l'imaginez, ça n'a pas plut aux 3 autres. Ni à son fils, Tito. D'autant plus lorsque l'on sait que l'homme qu'aurait balancé El Chapo n'a épousé nulle autre que sa propre nièce ! Du coup, le fils de Don Alfredo, Tito, est apparenté à chacune des deux familles : la famille Beltran Leyva et la famille Guzman. Cet héritage, il l'arbore par son patronyme, selon la coutume hispanique : Alfredo Beltran Guzman, alias Tito. Cependant, dans la dispute qui oppose les frères de son père à la famille de sa mère, le jeune homme âgé d'une vingtaine d'années à peine décide de se rallier à ses oncles et déclarer la guerre à El Chapo, son grand-oncle maternel. Une décision difficile à prendre à un si jeune âge, vous en conviendrez ! D'autant plus qu'il a depuis toujours l'habitude de côtoyer la famille de sa mère, pour laquelle son père et ses oncles travaillaient, on le rappelle, et notamment ses cousins : Ivan Archivaldo et Alfredo (oui, c'est un troisième Alfredo), les fils d'El Chapo avec qui il jouait enfant. Pour la petite histoire, les fils d'El Chapo jouaient également avec le fils d'un autre baron, Damaso Jr, avant qu'ils ne cherchent à le buter à son tour près de dix ans plus tard... Mais ça, c'est une autre histoire ! Toujours est-il qu'après avoir fondé leur propre cartel, celui des Beltran Leyva, les 3 frères de Don Alfredo et son fils Tito commencèrent à disputer le contrôle de l'Etat de "Nouvelle-Sicile" à leurs anciens complices. Chacun dû alors choisir son camp, à l'instar d'Edgar Valdez "La Barbie", un pistolero à la fois protégé d'El Chapo et des Beltran, qui choisit de rejoindre la faction de ces derniers contre son ancien patron. Cette fois, la guerre opposait des voisins, des complices et des amis... Des parents. Une guerre entre familles qui a ensanglanté tout le Sinaloa, cette année-là. Désireux de venger la capture de son père par l'armée ou simplement de s'approprier une part du business, Tito ira jusqu'à prendre la tête d'un commando pour pénétrer la maison de la mère d'El Chapo, le désormais célèbre ranch de La Tuna (comme le grand-père de Tito partage le même père qu'El Chapo mais pas la même mère, il n'a aucun lien de parenté avec elle). Après s'être contenté de l'effrayer et de foutre le boxon non seulement au ranch mais dans les hameaux alentours, la fine équipe (tout de même composée d'une cinquantaine d'hommes armés) s'en est retournée d'où elle venait sous les ordres de Tito, et l'expédition s'en est limitée à une simple intimidation. C'était en 2016.

Ranch de La Tuna de la famille Guzman

 

Dommages causés par Tito Beltran contre son oncle Aureliano Guzman ainsi que la mère de celui-ci et d'El Chapo

Malheureusement pour lui, à cette époque, la guerre de 2008 est déjà du passé pour ses ennemis Guzman, Zambada, Esparragoza, à la tête du cartel. En vérité, malgré l'explosion de violence qu'elle a déclenchée, la guerre ne s'est véritablement prolongée sur la durée. Tous les faits notables ou presque qui l'ont marqué se sont déroulés sur cette seule année : l'assassinat du fils de Manuel "Le taré" (évènement qui sera à l'origine de son surnom), l'intronisation de l'exubérant Chino Antrax à la tête de la sécurité de la famille Zambada, la mort d'Edgar Guzman (un troisième fils d'El Chapo), la défection d'un certain narco originaire de Michoacan du cartel... Tous ces évènements qui sont la conséquence directe de la cassure entre la famille Guzman et la famille Beltran. A l'époque, pour revenir sur ce dernier point, le Cartel de Sinaloa pouvait compter sur leur bras armé dans l'Etat de Michoacan, composé de gars du coin et dirigé par celui qui deviendra l'actuel ennemi public N1, Nemesio Oseguera Cervantes alias El Mencho. Mais celui-ci, apprenant la scission opposant les barons sinaloans, décide de profiter de l'attention générée par le tout nouveau cartel Beltran Leyva pour faire sécession à son tour et fonder sa propre organisation, émancipée du cartel de Sinaloa. Pas sympa pour Nacho Coronel, qui l'avait recruté... Bref, après que El Chapo ait perdu un fils dans l'histoire, et ce à cause du climat de tension qui ébranlait Culiacan ainsi que l'Etat tout entier (il ne faut pas oublier que tous ces barons venaient du même coin et revendiquaient le même territoire), la faction des Beltran Leyva connu son coup d'arrêt le plus marquant le 16 décembre 2009. Cinq hommes se trouvaient alors retranchés dans la villa de Cuernavaca (sud du pays) sur laquelle les militaires et les hélicoptères de l'armée donnèrent ce jour-là l'assaut. Un s'est suicidé en voyant la maison encerclée par l'armée, trois autres ont été abattus durant l'affrontement, dont le fils d'un capo ami de longue date de Guzman et de Zambada : Chalito Araujo. Selon la chanson, ce serait lui qui serait mort défenestré pendant l'assaut, mais apparemment il s'agissait plutôt d'un de ses complices. Le dernier à mourir ce jour-là fut le chef du Cartel Beltran Leyva en personne, Arturo, l'un des 4 frères. Les gars de la marine en profitèrent d'ailleurs pour filmer le cadavre de l'intéressé et l'humilier par tous les moyens, au terme de l'assaut. Un affront qui sera sévèrement puni, puisque plusieurs militaires ayant pris part à l'opération se feront exécutés dans les semaines qui suivront, en représailles. Toujours est-il que les deux derniers frères Beltran Leyva se feront à leur tour capturés en l'espace de cinq années à peine, et qu'avec la mort d'Arturo, la faction perdit grandement en influence. El Chapo ressortit finalement vainqueur de la guerre de 2008. Oui, sauf qu'il en restait un autre, un autre Beltran Leyva à abattre : Tito, le fils de Don Alfredo. Après 2015, le jeune homme alors âgé de 24 ans, se retrouve à la tête de ce qu'il reste du cartel Beltran Leyva : son père et ses oncles Carlos et Hector sont emprisonnés et son dernier oncle Arturo étant décédé. Ce qu'il est intéressant ici d'analyser, c'est comme le cas d'école du cartel Beltran Leyva est véritablement caractéristique de ce qu'il survient des grands cartels de la drogue après la chute de leurs leaders. En effet, lorsque cela survient, on peut généralement constater une baisse d'influence ainsi que de capacités de nuisances quasi immédiates chez ces organisations. Mais ne croyez pas qu'il suffit de quelques coups de filets pour les anéantir totalement : comme pour le cas du cartel Beltran Leyva, si l'arrestation des grands leaders leur porte un rude coup les affaiblissant considérablement, il est presque impossible de démanteler totalement les cartels par ce seul moyen. En général, ce que l'on peut observer, c'est que le cartel se fragmente et perd en influence après la chute de ses chefs, mais subsiste néanmoins de nombreuses années, changeant de nom ou d'aspect au besoin. Ainsi, bien qu'en 2016 le cartel des Beltran Leyva soit considérablement diminué, et que le conflit de 2008 est déjà du passé pour les chefs du cartel de Sinaloa Guzman et Zambada (Esparragoza est à cette époque déjà présumé mort), Tito Beltran est néanmoins toujours à la tête de quelques bandes survivantes loyales à son père et ses oncles. Néanmoins, il peut tout de même compter, dans la famille de sa mère, sur un Guzman : Ernesto Guzman Hidalgo, son grand-père, demi-frère de El Chapo. Celui-ci est un baron très respecté dans le secteur de Badiraguato, notamment auprès des cultivateurs et des paysans, et il apporte son soutien à la descendance de sa fille face à celle de son demi-frère. Malheureusement, un tueur associé de longue date à Aureliano Guzman Loera (frère de sang d'El Chapo) aurait exécuter leur demi-frère Ernesto, le grand père de Tito Beltran, en 2015. Selon les rumeurs ou informations (jugez-les comme vous voudrez) la famille d'El Chapo n'aurait pas jugé celui-ci assez fiable, ou alors le tueur en question aurait eu des griefs personnels contre lui. Hum, ça sent la vieille affaire de famille tout ça...

Maria Consuelo Loera Pérez (la mère)

 

Joaquin Guzman Loera "El Chapo" (en prison)

 

Arturo Guzman Loera "El Pollo" (assassiné en prison en 2004)

 

Miguel Angel Guzman Loera "El Mudo" (actuellement libéré de prison)

 

Aureliano Guzman Loera "El Guano" (actuellement leader de sa propre faction criminelle)

 

Ernesto Guzman Hidalgo (demi-frère de la fratrie, beau-fils de Maria Consuelo, assassiné en 2015)

C'est dans ce cadre que son petit fils, le dernier des Beltran à subsister, lance l'assaut sur le ranch de Maria Consuelo Loera, la mère d'El Chapo, qui s'en sortira indemne (la femme est aujourd'hui encore vivante et est devenue une véritable personnalité locale, approchant de la petite centaine d'année, serrant la main au président mexicain en fonction lorsque celui-ci la reconnait soi-disant par hasard au détour d'une visite de sa part au Sinaloa). Mais 2016 a été une année chargée pour l'ami Tito, bien décidé à se venger de la famille de sa mère (pensez-y la prochaine fois que vous vous plaindrez de devoir vous taper un repas de famille). Et on bascule plus encore dans le surréalisme. On assiste alors, selon la version privilégiée, à un véritable remake des Expendables ou des Avengers, façon narcos, au détour d'une fête d'anniversaire à laquelle participent les fils d'El Chapo à Puerto Vallarta. Puerto Vallarta, c'est loin de chez eux, c'est au Jalisco. C'est sur le territoire d'un de leurs pires ennemis, mais comme il s'agit de la station balnéaire à la mode sur le continent américain, Ivan Archivaldo et Alfredo Guzman décident tout de même d'y aller histoire de s'en jeter un. Grossière erreur, évidemment... A cette époque, leur père El Chapo a été recapturé pour la dernière fois, déjà. Des hommes armés débarquent au restaurant La Leche et surpassent le service de sécurité des frères Guzman, des membres du cartel de leur ennemi à Vallarta. Qui ça ? El Mencho, le narco originaire de Michoacan ancien membre du Cartel de Sinaloa qui a fait sécession avec celui-ci en même temps que les Beltran Leyva, on vous en parlait plus haut. Il séquestre et moleste les frères Guzman sur son territoire, sans les tuer. El Mencho n'est pas seul cependant derrière ce kidnapping : pour l'occasion, il s'est trouvé de nouveaux alliés au Sinaloa, comme à la belle époque : Damaso Lopez et son fils, qui viennent de déclarer la guerre aux rejetons d'El Chapo pour le contrôle de l'organisation, et... Tito Beltran. Les trois capos se sont réunis derrière l'objectif de profiter de l'occasion pour nuire aux frères Guzman, mais deux nouvelles légendes interviennent : Ismael El Mayo Zambada et Rafael Caro Quintero (ancien bras droit de Felix Gallardo) qui négocient avec leur ennemi El Mencho la libération d'Ivan Archivaldo et Alfredo Guzman. Celui-ci acceptera ; ce n'est pas cette fois encore que Tito pourra se venger d'eux. Mais, fin 2016 toujours, Tito Beltran doit se rendre à l'évidence : ce n'est définitivement pas cette année qu'il prendra sa revanche ; il est arrêté le 9 décembre avec quatre autres personnes à bord d'un véhicule contenant près d'un kilo de cocaïne, 50 000 mille pesos mexicains, une grenade de fragmentation et des armes de poing diverses et variées, du 9 mm au 38 Super, ainsi qu'une AR-15 calibre 223 et une mitraillette calibre 5.7. Bref, un véritable arsenal de guerre ! Ses complices arrêtés en même temps que lui clameront respectivement exercer la profession d'étudiant en criminologie/criminologue, technicien sur des avions de ligne, vendeur de fringues, un autre vendeur de voiture se targuant d'un diplôme d'ingénieur agronome alors que le dernier prétendit être étudiant en droit. A priori, ils se foutaient tous de la gueule du monde bien comme il faut ! Tito et ses petits copains furent condamnés à 10 ans de prison pour possession de drogue destinée à la revente et d'armes à usage militaire au centre de détention de Puente Grande à Jalisco, prison de laquelle s'était échappé El Chapo en 2001.

 

Sauf qu'au trou, El Mochomito (autre surnom de Tito Alfredo Beltran Guzman) n'a pas arrêté de faire parler de lui pour autant. Selon des familles de détenus, il aurait en effet torturé et racketté plusieurs d'entre eux durant sa détention, avec la complicité de dirigeants de la prison. Sur les réseaux sociaux, il est accusé par un gus de diriger à Puente Grande un racket organisé avec l'aval de deux chefs surveillants pénitentiaires répondant aux noms de "Ricardo" et "Filemon" ; ça vaut ce que ça vaut, mais les médias relaient néanmoins l'info. Il aurait également bénéficié là-bas des avantages et de faveurs qui ont notoirement cours depuis plusieurs années à Puente Grande (fêtes organisées dans les cellules, accès aux téléphones portables). El Chapo, son grand-oncle, tirait profit de la même corruption sur place lors de sa détention. D'ailleurs, vous savez qui était là-bas le directeur adjoint à l'époque ? Damaso Lopez. Ben ouais, le narco qui s'est embrouillé avec les fils d'El Chapo et qui s'est allié avec Tito et El Mencho pour les capturer. A l'époque, l'ami Damaso n'était qu'un simple fonctionnaire corrompu, un parmi tant d'autres au Mexique. Mais après avoir aidé El Chapo à s'évader, il a rejoint son organisation et gravit les plus hauts échelons. Visiblement, aujourd'hui encore, les problèmes de corruption dans le pénitencier de haute sécurité de Jalisco n'ont toujours pas été réglés.

 

En 2021, année de ses 30 ans, alors que Tito n'a accompli que la moitié de sa peine de 10 ans (réduite depuis à 9), il recouvre la liberté pendant que son père est condamné à la perpétuité aux Etats-Unis. Depuis, on redoute son retour à Culiacan et la nouvelle vague de violence qu'il pourrait là-bas déclencher contre ses cousins mais également son grand-oncle, Aureliano Guzman "El Guano", lui aussi plus ou moins en bisbille avec les fils d'El Chapo, selon les différentes rumeurs. Pour rappel, Tito Beltran chercherait à redonner son lustre d'antan au fortement diminué Cartel Beltran Leyva (dont il ne subsiste plus que quelques groupes d'irréductibles tarés), en même temps que faire payer la capture de son père Alfredo aux fils d'El Chapo (on ignore si celui-ci en est réellement à l'origine) et à son grand-oncle Aureliano la mort de son grand-père Ernesto (qui s'y trouverait en effet mêlé, on emploie là le conditionnel, toujours)... Bref, le gars à des comptes à régler.

 

 

Nos prévisions :  Selon nous, il est indéniable que l'ami Tito Beltran va tenter très prochainement de reprendre les choses là où elles en étaient avec la famille de sa mère et tenter de rassembler autour de lui un semblant d'organisation toujours fidèle aux Beltran Leyva afin de mener sa guerre. Bien évidemment, il ne devrait y parvenir seul et nous supposons qu'il sera parfaitement enclin à former des alliances, comme en 2016 avec El Mencho et Damaso. Pourrait-il de nouveau s'allier avec le premier ? C'est possible. Mais comme Tito devrait rassembler sa troupe dans son état natal de Sinaloa (duquel El Mencho est totalement absent), cela ne devrait suffire à conforter son influence sur place. Une des hypothèses probables et qu'il tente un rapprochement avec l'ancien ennemi de son père et ses oncles, Ismael "El Mayo" Zambada, qui a désormais à son tour déclaré la guerre aux fils d'El Chapo, après avoir pourtant négocié avec El Mencho pour leur sauver la vie, en 2016. Seulement, comme la tendance est à un rapprochement entre ces derniers, nous en doutons également. Notre pronostic est que Tito Beltran forme une alliance inattendue avec une organisation moins importante, comme avec celle de Rafael Caro Quintero (qui est AUSSI en guerre avec les fils d'El Chapo, maintenant) ou le Cartel de Tijuana, celui découlant du cartel de Sinaloa, pas de la famille Arellano. Le Cartel de Tijuana est implanté dans ce microcosme propre à la ville frontalière et est plus ou moins indépendant, bien que rattaché au Cartel de Sinaloa, dont il est issu. Seulement, comme le Cartel de Sinaloa c'est devenu un beau bordel, ces derniers temps... Nous n'excluons pas que le Cartel de Tijuana s'arroge pour de bon son indépendance et ne lui dispute même une partie de son territoire. Tijuana étant située sur la zone d'influence directe du Cartel de Sinaloa, ce seraient des amis de choix pour l'ami Tito qui pourrait alors laver le nom de sa famille. Pour finir, nous pensons qu'il cherchera dans un premier temps à s'attaquer à un ennemi un peu moins influent que ses cousins Ivan Archivaldo et Alfredo, en la personne de son grand-oncle Aureliano Guzman Loera. Selon nous, c'est à ce dernier qu'il devrait s'attaquer en premier.

 

Guzman : Chapiza quattro formaggi

 

Une nouvelle génération de Guzman ; après les frères d'El Chapo, ses fils :

Ivan Archivaldo Guzman Salazar

 

 

 

Jesus Alfredo Guzman Salazar

 

 

Joaquin Guzman Lopez

 

 

Ovidio Guzman Lopez

 

2005. Le fils préféré d'El Chapo, Ivan Archivaldo, est arrêté à Zapopan, Jalisco. Accusé de blanchiment d'argent, il sera emprisonné 3 ans durant avant que les charges retenues contre lui ne soient abandonnées.

2008. Le demi-frère d'Ivan Archivaldo et Jesus Alfredo, Edgar Guzman, trouve la mort avec son cousin Arturo Meza durant la guerre de 2008 face au cartel Beltran Leyva. Les rumeurs font état d'une bévue de la part des tueurs à gages du clan d'El Chapo, qui auraient assassiné par mégarde le fils de ce dernier dans un climat de tension croissant à Culiacan.

2012. Incroyable quiproquo. On apprend que Jesus Alfredo est arrêté à Zapopan en compagnie d'un certain Kevin Beltran Rios en possession de 135 000 $, deux fusils d'assaut et quatre grenades, ainsi que de faux-papiers. Dans la foulée, le fils d'El Chapo est présenté à la presse, menotté. Un coup dur porté à la famille du narcotrafiquant ! Sauf que voilà, on apprend le lendemain que le détenu en question ne se trouve être Jesus Alfredo, comme annoncé, mais Felix Beltran Leon, le demi-frère de l'autre gus arrêté en même temps que lui. Apparemment, les deux n'auraient de surcroît rien à voir avec le narcotrafic et le crime organisé mais seraient en fait de petits malandrins et hommes d'affaires véreux sans rapport avec la famille d'El Chapo. Le cliché de l'individu, pris ce jour-là alors qu'on le prenait pour Jesus Alfredo Guzman, continue néanmoins d'être fréquemment utilisé pour illustrer le fils du célèbre narcotrafiquant et alimente la confusion encore de nos jours.

2016. Arrêté pour la troisième et probablement ultime fois, El Chapo passe le relais à son fils Ivan Archivaldo qu'il place à la tête du cartel. D'après des sources proches de l'organisation, il aurait mandaté une simple carte depuis sa prison, dans l'attente de son extradition, pour faire savoir à tous à qui ils devaient dorénavant prêter allégeance. La carte commencerait par ces mots : "nous avons un nouveau chef, et ne soyez pas tristes les gars je lui ai confié le poste, à ma place sera assis Ivan..." Oui, c'est vrai, il s'agit d'un corrido de Enigma Norteño, en espérant que le chanteur et meneur du groupe Ernesto Barajas se rétablisse vite ! Plus sérieusement, Damaso Lopez (qui avait aidé à faire s'évader El Chapo en 2001) et son fils n'entendirent pas les choses de cette oreille et contestèrent de facto la légitimité d'Ivan Archivaldo à la tête du Cartel de Sinaloa après la capture de son père. Une nouvelle série d'affrontements débuta entre les deux parties.

2016. Ivan Archivaldo et son frère Alfredo sont kidnappés par des hommes du cartel de Jalisco Nueva Generacion, dirigé par El Mencho, alors qu'ils étaient partis faire la teuf sur son territoire à Puerto Vallarta. Derrière cet enlèvement auraient également agis leur cousin Tito Beltran et le clan Damaso, main dans la main avec El Mencho, dans une sorte de triple alliance digne de celle de l'Homme sable, de Vénom et du Bouffon vert Jr. Ismael "El Mayo" Zambada et Rafael Caro Quintero négocieront avec El Mencho pour les faire libérer.

2019. Alors que les premières rumeurs font mention qu'Ivan Archivaldo aurait été capturé par l'armée, c'est un autre fils d'El Chapo que le monde (et même les mexicains) apprennent à connaître en ce 17 octobre. La marine vient de capturer un fils jusqu'ici méconnu du baron, Ovidio Guzman Lopez, frère de père et de mère du défunt Edgar. Rapidement, alors que la nouvelle se répand, l'on voit des 4x4 et des camionnettes blindées fondre depuis la sierra sur Culiacan. Daesh et son fief de Mossoul ne sont plus qu'un vague souvenir, déjà, mais comme l'Histoire l'a d'ores et déjà retenu : "L'Irak se trouvait à Culiacan, ce jour-là..." Chose inédite dans l'histoire du crime organisé dans le pays, les pistoleros du cartel visent la population et plus particulièrement les policiers et les militaires dans une série d'attaques aveugles que l'on pourrait qualifier de "terroristes". Le cartel fait des otages parmi les forces de l'ordre et déclenche des incendies un peu partout en ville, alors que leur avant-garde se bat à armes égales avec l'armée dans les rues. Le message envoyé par le cartel, et les frères d'Ovidio, qui se cachent derrière ces attaques, est clair : le sang coulera tant que le frangin ne sera pas libéré. Au milieu des combats, sur l'une des artères de la ville, une escadre de militaires et de sicarios se font face, tous armes au poing, se regardant en chien de faïence à quelques mètres de distance. Eux ne sont pas là pour se battre. Les gars du cartel font passer leur talkie et un téléphone parmi les militaires, et réciproquement. Eux sont là pour négocier, alors même que des affrontements continuent de faire rage entre les deux camps, un peu plus loin. La suite vous la connaissez : désireux de protéger avant toute chose la vie de ses concitoyens, le président Andres Manuel Lopez Obrador prendra la difficile décision d'ordonner la libération d'Ovidio Guzman. Les négociations ont porté leurs fruits. Au terme de celles-ci, les sicarios et les militaires, tous de noir vêtus, s'échangeront entre eux une poignée de main, ravis de voir ce bordel se régler sans avoir à s'entre-tuer. Entre-temps, le cartel a eu le temps de s'emparer du tristement célèbre pénitencier d'Aguaruto (duquel les membres du cartel ont pris la fâcheuse habitude de s'évader) et libérer pas moins d'une cinquantaine de détenus, filmés galopants sur la route voisine vers leur liberté. L'unique butin de la marine au terme de cette journée connue comme le "Culiacanazo", fut l'enregistrement de l'arrestation temporaire d'Ovidio filmée grâce aux caméras Go Pro des militaires. Une petite escadre de quelques soldats à peine frappe poliment à la porte de la maison cossue, fusils d'assaut brandis devant eux, alors que des rafales retentissent au loin dans Culiacan, déjà... Ovidio apparaît, enlève sa casquette avec un sourire narquois, devant la gentillesse apparente des militaires qui savent que leurs collègues doivent se battre pour leur vie, plus loin. Ils confient un téléphone au fils d'El Chapo, qui appelle alors son frère Ivan Archivaldo pour faire cesser les affrontements : "dis-leur d'arrêter, qu'ils arrêtent, je ne veux pas de bordel, dis-leur que je ne veux pas de bordel..." L'intéressé attendra quand même de l'avoir fait libérer pour cela, après une terrible journée d'affrontements, témoin de scènes plus improbables les unes que les autres.

2020. Après les évènements du Culiacanazo et la libération d'Ovidio, les frères Guzman doivent payer les pots cassés, mais pas de la manière dont on s'y attendait : si le gouvernement les laisse plutôt tranquille en effet, ce n'est pas le cas de leur associé de toujours, Ismael El Mayo Zambada. Lors de la libération d'Ovidio, Ivan et Alfredo avaient en effet appelé celui-ci à la rescousse pour les aider à prendre la ville d'assaut, par l'intermédiaire de leur chef de la sécurité, El Nini. Mais l'appel était demeuré sans réponse. On dit que El Mayo, le plus vieux et le plus sage des capos mexicains (le plus admiré, aussi), désapprouverait leur action et la débauche de violence qui en a résulté. Le vieux capo, dans la mafia depuis un demi-siècle sans être jamais passé par la case prison, a toujours cherché à nouer de "bonnes relations" avec les gouvernements mexicains et américains en leur promettant la paix. L'action des frères Guzman, qui va à l'encontre de ses principes et de ses habitudes, le place donc en fâcheuse posture. La tension monte progressivement entre les deux factions. En fait, une fois n'est pas coutume, ce seront les sicarios, les soldats du cartel, qui mettront le feu aux poudres et entretiendront la rivalité. El Nini, sicario en chef des frères Guzman, et El Ruso, bras droit d'El Mayo Zambada, ne peuvent en effet pas se blairer, semblerait-il ; des affrontements opposeront les factions des deux hommes tandis qu'Ivan Archivaldo et Jesus Alfredo coupent les ponts avec leur ancien associé. 

Edgar Guzman Lopez "El Moreno", le 5ème frère, abattu en 2008

 

Voilà qui nous amène donc à l'année passée, en 2021. Maintenant que vous venez d'avoir un aperçu de la carrière criminelle des 4 fils d'El Chapo, vous ne pouvez que vous ranger à mon avis en vous disant qu'il s'agit d'une belle brochette de crétins ! Sérieusement, avec un mort dans la fratrie et les multiples captures (parfois de la part de leurs ennemis) d'Ivan Archivaldo entre autres, ce n'est pas bien brillant. Mais les frères sont aujourd'hui à la tête d'une organisation criminelle tout de même très puissante, et s'ils laissent la suprématie dans la Sierra de Sinaloa à leur nouveau rival El Mayo, ils règnent néanmoins en maîtres sur la capitale, Culiacan. La réponse des gouvernements aux attaques (terroristes ?) du Culiacanazo aura mis du temps à survenir, mais c'est finalement chose faîte le 15 décembre 2021, il y a un peu plus d'un mois au moment où j'écris ces lignes, donc. Après que El Mayo Zambada ait vu sa prime de capture tripler un peu plus tôt dans l'année (passant de 5 à 15 millions de dollars), les Etats-Unis mettent finalement à prix la tête des fils d'El Chapo, qui y échappaient jusque-là bien qu'étant activement recherchés (en particulier Jesus Alfredo, aux Etats-Unis). Leur oncle, Aureliano Guzman dit "El Guano", venait également de voir sa tête mise à prix pour la bagatelle de 5 millions de dollars. Alors, quels frères ont-ils décidé de mettre la tête à prix ? Tous, en fait. Y compris un membre assez méconnu de la fratrie, Joaquin Guzman Lopez, demi-frère d'Ivan et Alfredo, frère d'Ovidio et Edgar. Mais ne vous y trompez pas : si on ne sait que peu de choses de l'intéressé (peu de photos de cet individu ont filtrées), il serait en fait un membre éminémment influent de la famille Guzman. Peut-être une relève un peu plus digne du célèbre baron ? L'avenir nous le dira. Ce que l'on peut dire, c'est que cette mise à prix sonne, selon les experts, comme la première étape de quelque chose de plus important de la part des Etats-Unis à l'encontre du Cartel de Sinaloa et des organisations mafieuses au Mexique. Cette annonce a d'ailleurs été effectuée le lendemain du renouvellement du plan de sécurité binational entre les deux pays. Deux semaines plus tôt, la dernière épouse d'El Chapo, Emma Coronel, en détention depuis février 2021, avait été condamnée à 3 années de réclusion. Selon Mike Virgil, l'un des principaux experts mondiaux du narcotrafic et ancien sous-directeur de la DEA, les fils d'El Chapo seraient plus faciles à capturer qu'El Mayo Zambada et pourraient fournir bien davantage d'informations qu'Emma Coronel. "Puisqu'il faut bien commencer quelque part, autant commencer par là..." commente l'intervenant. Il semblerait bien en effet que la mise à prix des fils d'El Chapo ne soit que le signe avant-coureur d'une opération d'importance ; au Mexique, on parle même de "début de la chasse" à leur encontre. Si les Etats-Unis devraient effectivement renforcer les opérations de la DEA dans la zone, l'avenir nous dira cependant si leurs intentions sont réellement d'attaquer ceux-ci de front. D'autres avant eux s'y sont déjà risqués avant de s'en repentir.

 

Nos prévisions : Selon nous, les 4 frères Guzman devraient échapper aux autorités cette année encore et entamer un processus de réconciliation avec leur ancien associé El Mayo (comme en font état les dernières rumeurs) afin de lutter contre les gouvernements mexicains et américains et le cartel Jalisco Nueva Generacion. Alors là c'est purement spéculatif, mais on les imagine bien dans le même temps entamer un nouveau conflit contre leur oncle, Aureliano "El Guano". Je n'ai pas forcément d'indices à ma disposition qui pourraient me laisser penser une telle chose, mais ça a bien une gueule de nouvelle brouille comme on en a déjà tant connu, ct'histoire... Pour tout vous dire, on ne voit pas "El Guano" passer l'année, à Narcoculture-France, mais il ne s'agit que d'un simple pronostic. Sur un temps plus long, le gouvernement américain devrait en effet parvenir à capturer au moins un des 4 frères (en même temps, me direz-vous, ils sont nombreux donc c'est pas bien dur), sans que cela ne vienne pour autant à ébranler l'influence de ceux qui, immanquablement, échapperont à la capture de longues années encore. On table sur au moins deux chapitos capturés avant la sortie de GTA VI ! Oui, on peut attendre longtemps donc...

 

 

 

Vieux capos, c'est reparti comme en 40 ?

L'année 2021 a été marquée par la remise en liberté (ou l'évocation de remise en liberté) de membres parmi les plus éminents du crime organisé mexicain ; dont certaines auraient eu cours l'année précédente, sans que l'information ne filtre en dehors des instances et des institutions concernées. C'est le cas du plus célèbre repenti mexicain, j'ai nommé Vicente Zambada. La première à dévoiler l'information ne fut nulle autre que la célèbre journaliste spécialiste du narcotrafic Anabel Hernandez, à propos du fils d'El Mayo, individu auquel elle a d'ailleurs consacré tout un livre. L'intéressé fut en 2009 envoyé par son père et El Chapo Guzman trouver un accord d'agrément avec la DEA et le gouvernement américain à Ciudad de Mexico mais a été capturé sur place suite à l'échec des négociations. Depuis, il s'est converti en "soplon" (en délateur si vous préférez) et a témoigné au procès de l'associé de toujours de son paternel aux côtés de son oncle, lui aussi sous les verrous depuis 2008. Le fils et le frère d'El Mayo étaient ainsi avec Damaso Lopez les principaux témoins à charge du procès d'El Chapo débuté en 2018. Mais voilà, il semblerait que Vicente et Jesus "Rey" Zambada ne "se trouvent plus dans des prisons américaines" ; c'est du moins tout ce qu'ont voulu lâcher les instances compétentes de l'Oncle Sam à ce sujet. En réalité, si on apprend la nouvelle des libérations des deux proches de Zambada en 2021, celles-ci seraient possiblement survenue l'année précédente sans que nous n'en sachions rien, voire même bien avant ! Vicente Zambada fut condamné à 15 ans de prison en 2019 après avoir déjà purgé 10 ans de réclusion et fourni une aide et un témoignage sans précédent à la DEA contre l'organisation de son père ; on ne doute pas que la dernière partie de sa peine devait comporter un aménagement plutôt qu'une réclusion stricte, en vertu des menaces qui pèsent sur l'ancien narco. J'en suis moi-même témoin chaque jour sur les réseaux sociaux : Vicente est perçu comme un traitre qu'il faut abattre de la part de nombreux énergumènes prenant le parti du cartel. Un peu à l'instar d'un Chino Antrax, l'ancien garde du corps et ami de celui-ci, condamné à 7 ans de prison aux Etats-Unis et placé en résidence surveillée avant le terme de sa peine initiale. On sait comment il a fini... Après s'être échappé de sa résidence surveillée deux mois seulement après y avoir été placé, Chino est retourné au Sinaloa, où l'attendait son destin et les tueurs du cartel désireux de le punir de sa supposée collaboration avec les américains. Il n'est donc pas étonnant que la remise en liberté du fils et du frère d'El Mayo ne soit pas annoncée en grandes pompes. Ce dernier, de 10 ans plus jeune que son frère encore à la tête du cartel, a également dénoncé lors du procès d'El Chapo l'implication de l'ancien ministre de l'Intérieur, Genaro Garcia Luna (personnage qui a inspiré le très gay Conrado Sol de la série El Chapo), dans les affaires du cartel ; et on dit qu'il pourrait également être un témoin à charge au procès de ce dernier. Quant à son neveu, qui aurait depuis changé de nom, certaines sources affirment qu'il aurait dédaigner la proposition des américains de le maintenir sous un statut de témoin protégé pour retourner au Mexique et aux affaires familiales. En effet, chose incroyable, son père El Mayo a cautionné le témoignage et l'accusation portée par son fils à son encontre et l'a même encouragé dans ce sens afin que celui-ci puisse bénéficier d'une remise de peine. Mais d'après Anabel Hernandez, s'il a effectivement dénoncé tout un tas de membres du cartel (voire même son ancien garde du corps Chino Antrax) et ainsi facilité leurs captures au cours de ses années de collaboration, il n'aurait jamais pour autant livré d'informations trop préjudiciables envers son père, de quoi maintenir celui-ci au pouvoir. Son frère Serafin, un autre fils d'El Mayo, a lui été libéré de prison en 2018 après avoir été condamné à 5 ans de réclusion pour avoir voulu franchir le poste de douane de Nogales avec un chargement de drogue ; tandis que le deuxième de la fratrie, Ismael Zambada Imperial, vient lui d'être extradé aux Etats-Unis et ne devrait pas être libéré de sitôt. Alors, Vicente Zambada serait-il de retour dans le cartel ? L'intéressé a pourtant demandé pardon "pour les mauvaises décisions" qu'il "reconnait et assume totalement" lors de son procès, avant d'affirmer : "aujourd'hui je sens que je peux être un meilleur père, un meilleur époux, et aussi un meilleur fils et surtout un meilleur être humain..." Des paroles qui ne sont pas sans rappeler celles de Chino Antrax lors de son propre procès, qui assumait ses fautes et se disait prêt à se ranger et à reprendre ses études d'architecte aux Etats-Unis. Deux mois après sa sortie du pénitencier, il foutait le camp.

 

 

Les années passent, le temps lui-même se ride, mais les rancoeurs et la douleur demeurent intactes là où rien ne peut les altérer, dans les tréfonds inoxydables de l'âme. En 2016, on apprenait la libération aux Etats-Unis d'un ancien associé d'El Chapo, Hector "El Güero" Palma. Visiblement, la justice américaine estimait que l'homme avait fait son temps à l'ombre et payé sa dette à la société, ce qui n'était en revanche pas le cas des autorités mexicaines qui incarcérèrent le célèbre narcotrafiquant dès son arrivée au Mexique dans la prison de haute sécurité de l'Altiplano pour "association de malfaiteurs". En attendant de trouver autre chose... Et un tour gratuit de plus en zonzon... Pour rappel, "El Güero" était un célèbre capo au temps de Felix Gallardo, qui aurait aidé "El Chapo" à former le Cartel de Sinaloa lors de sa création au début des années 90. Mais le fait qui fit passer Hector Palma à la postérité fut indubitablement la rivalité qu'il entretenait avec la fratrie alors a la tête du Cartel de Tijuana, les Arellano Felix. Bon, à titre personnel, je n'ai jamais vraiment su les raisons de cette rivalité : dans le roman La griffe du chien, il s'agit d'évènements fictifs, alors ; tandis que dans la série Narcos : Mexico, El Chapo et El Güero ne peuvent pas se blairer avec les Arellano parce que... Ben, ils ne peuvent tout simplement pas se blairer. Chose d'autant plus étrange quand on sait que les Arellano, bien qu'à la tête du Cartel de Tijuana lors de la chute de Felix Gallardo, étaient eux aussi originaires de Culiacan. Toujours est-il que les deux parties commencèrent à se fritter sérieusement une fois le parrain Gallardo sous les verrous. De toute façon, à cette époque, tous les grands cartels du pays se faisaient plus ou moins la guerre pour la suprématie du crime organisé. L'apothéose de ces tensions fut indubitablement la mort de la famille d'El Güero, constamment romancée au travers de feuilletons et de romans. Faut dire que l'histoire n'a même pas besoin d'être exagérée pour que ça ressemble à la fin typique d'un épisode de télénovela ! La femme d'El Güero aurait apparemment été séduite par un obscur bellâtre vénézuélien qui l'aurait convaincu de s'enfuir avec lui, en emportant avec elle ses enfants. Sur place, l'amant se révèle être un assassin à la solde d'une organisation mafieuse qui décapite la femme d'El Güero et expédie à celui-ci la tête de sa femme dans une glacière avant de jeter leurs enfants du haut du Puente de la Concordia, Venezuela. Tout un programme ! Y'a mieux pour occuper son samedi soir...

 

Puente de la Concordia, ça fait une sacrée chute

Selon les médias, il existe deux commanditaires possibles de ces meurtres : le parrain Felix Gallardo et les frères Arellano. "El Güero" Palma, qui a l'instar d'un Manuel Torres Felix (il s'agit décidément d'un nom de famille particulièrement courant) deux décennies plus tard cherchera à venger par tous les moyens les meurtres des siens et deviendra ivre de sang, s'en prendra de toute façon aux intérêts des deux camps au travers des guerres qu'il mènera par la suite. Et pour ce qui est de la culture populaire, un angle que nous aimons aborder sur ce blog ? Quelle version est privilégiée ? Ben, pour ce qui est de Narcos : Mexico toujours, ce serait plutôt Felix Gallardo qui se cacherait derrière les meurtres de la famille de Palma (en même temps il s'agit du personnage principal de la série), quand la série El Chapo met elle en cause les frères Arellano. Pour ce qui est du roman La griffe du chien, c'est plus ou moins les deux ! (Il s'agit de toute façon de personnages quasi fictifs, tous anagrammes de plusieurs trafiquants existant) Bref, pas facile de s'en faire une idée. Pour vous parler un peu plus de ce roman, dans celui-ci, il est intéressant de noter que les moutures des frères Arellano sont les neveux du parrain Felix Gallardo ; une version en vogue jadis à propos des véritables trafiquants qui les ont inspiré, bien que cette version ait été réfutée par la suite. Arellano FELIX << FELIX Gallardo... Cependant, aujourd'hui encore, il y en a pour affirmer que les Arellano entretenaient des liens de parenté avec le célèbre parrain de Guadalajara. De quoi penser que ces meurtres aient été commandités par les deux parties ? Bref, alors qu'El Güero cherche toujours à faire couler le sang et nuire aux Arellano, son avion s'écrase à cause de mauvaises conditions climatiques alors qu'il se rendait à un mariage à Guadalajara en 1995. Quand on a la schkoumoune, que voulez-vous... "El Güero" est sévèrement blessé et alors qu'il se remet de ses blessures dans un logement de Zapopan au Jalisco, il est arrêté à cette occasion. La schkoumoune on vous dit ! Une belle-soeur et une nièce du narcotrafiquant se feront également assassinées en 2020 pour quelque obscurs raisons, mais on sait bien de toute façon que le Mexique est un pays dangereux... La schkoumoune.

 

 

Au cours de l'année 2021 cependant, enfin une lueur d'espoir au bout du tunnel pour le pauvre Güero : le 1er mai, l'ordre est donné par le tribunal fédéral judiciaire de Jalisco (le titre officiel est autrement plus long, mais en gros ça donne ça) de procéder à la libération du capo, en détention chez eux depuis sa libération aux Etats-Unis. Immédiatement, la presse et les officiels s'insurgent : se pourrait-il que l'administration ait été corrompue ? Pourquoi agir de la sorte en catimini, sinon ? En fait, la cause de toutes ces accusations n'est pas à proprement parler la libération d'Hector Palma, détenu depuis cinq années au Mexique... Mais le contexte dans lequel l'ordre de libération a été émis : c'est à dire un samedi matin aux premières heures du jour, le jour férié du premier mai, avec seulement 24 heures de recours pour vérifier les potentielles charges qui pourraient être ajoutées au dossier d'El Güero et faire barrage à sa libération. Ca donne l'impression, pour certains, que le pouvoir judiciaire a voulu agir en douce et ne pas trop ébruiter la nouvelle. Hector "El Güero" Palma étant sans conteste, facile dans le top 20 des plus importants narcos qu'ait jamais connu le pays, on comprend d'autant plus l'enjeu politique et judiciaire de l'affaire ! En déplacement, le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador y va même de sa déclaration en jugeant que la libération de "M. Palma", "n'a pas été faite de la manière la plus adéquate". Oui, ça clash lourd ! Après être sorti du pénitencier d'Almoloya ce même jour, le compadre d'El Chapo est de nouveau immédiatement appréhendé ; devant le pénitencier, les agents l'informent qu'il sera escorté en direction de la ville de Mexico par un convoi de plus de 30 camionnettes de la Guardia Nacional, afin de tirer sa situation juridique au clair. 9 mois plus tard, alors que la procédure ne devait initialement se prolonger que sur 40 jours (biblique !), on ne sait toujours pas où en sont les choses aujourd'hui. Alors qu'il croyait recouvrer sa liberté par deux fois, les autorités mexicaines semblent résolues à ne pas lâcher "El Güero". La schkoumoune !

Dans le même temps, en parallèle de l'affaire d'El Güero Palma, les Etats-Unis annoncent mi-août qu'un des frères Arellano Felix, auxquels ce dernier faisait la guerre, Eduardo, est libéré. Quel timing, on applaudis ! 3 mois après la nouvelle libération manquée de Palma au Mexique, un de ses ennemis d'autrefois est donc libéré de ses obligations envers la justice américaine. Si Eduardo Arellano Felix avait initialement écopé d'une peine de 15 ans d'emprisonnement "pour blanchiment d'argent et conspiration pour l'usage de revenus illicites", il a selon la désormais célèbre coutume américaine collaboré avec la justice afin de voir celle-ci réduite à 13 ans. A la différence de son illustre rival, celui que l'on surnomme "El Doctor" n'était pas censé être déporté au Mexique où il doit encore répondre de certains chefs d'accusation, notamment de possession d'arme (il y fût arrêté en possession d'un AK-47) et d'association de malfaiteurs, entre autres ; comme l'estimait alors le ministre des affaires étrangères Marcelo Ebrard. On suspectait en effet qu'Eduardo Arellano Felix était possiblement déjà passé sous le régime de protection des témoins et serait demeuré aux Etats-Unis sous un autre nom, aussi longtemps que sa sécurité l'exigeait. A l'instar de Vicente Zambada et de son oncle Jesus, la libération d'El Doctor ne fut pas annoncée en grandes pompes en effet, puisque les autorités américaines ont dans un premier temps simplement signifié qu'elles modifiaient son statut, sans plus de précision. Un autre capo de plus dans la nature... Mais fin août, coup de théâtre : le membre de la fratrie de Tijuana est finalement remis aux autorités mexicaines, en mains propres si j'ose dire, par la justice américaine dans un échange digne du Pont des espions, comme on en a déjà vu beaucoup sur la frontière, et incarcéré... Dans la prison de l'Altiplano, celle où "El Güero" Palma attend justement de connaître son sort. Comme on se retrouve... On rappelle que les gouvernements américains et mexicains ont récemment renouveler le plan de coopération binational en matière de sécurité et semblent plus résolus que jamais à travailler de concert afin de lutter contre le crime organisé.

La livraison d'El Doctor intervient donc dans ce cadre, tout comme la mise à prix des quatre têtes vides des frères Guzman. Puisque Eduardo Arellano Felix ne semble bénéficier d'aucun statut de témoin protégé de la part des Etats-Unis, il devrait passer encore quelques années à l'ombre, au pays. Cependant, comme dans le cas d'El Güero Palma, incarcéré au Mexique pour une inculpation "d'association de malfaiteurs" entre 2016 et 2021 donc, le membre de la célèbre fratrie de Tijuana peut espérer une sortie d'ici un laps de temps raisonnable, en vertu de ses 13 années de réclusion déjà écopées aux Etats-Unis. Et après ? Que se passera-t-il, donc ? Il y en a pour y voir un présage du retour sur le devant de la scène du quasi éteint Cartel Arellano Felix, voire même d'une nouvelle guerre avec leur rival "El Güero" ! On prend les mêmes et on recommence, en gros... C'est vrai que privé du programme de protection des témoins américain, lorsqu'on s'appelle Arellano Felix, c'est sans doute pas facile de briguer un poste à la mairie ou dans l'assos' de quartier... En maintenant ces capos en détention, le pouvoir judiciaire mexicain repousse cependant une échéance inévitable et s'offre un peu plus de temps avant de se retrouver confronté au problème. Mais ces deux-là n'étaient pas les seuls "de la grande époque" à se rappeler à nos bons souvenirs, l'année passée...

 

 

L'affaire est cette fois encore survenue du mauvais côté des barreaux, depuis ceux du pénitencier de Puente Grande, Jalisco, pour être précis. Et cette fois encore, il s'agit d'une ancienne légende du crime organisé des décennies 80/90, en plus d'une autre vieille connaissance d'El Güero Palma : le parrain Miguel Angel Felix Gallardo en personne, autrefois à la tête du Cartel de Guadalajara. Bon, cette fois il ne s'agit pas d'une remise en liberté à proprement parler, mais d'une interview qu'a accordé le vieux narco depuis l'aile médicale du pénitencier à la chaine de télévision Telemundo. La dite interview s'est elle aussi déroulée au milieu du mois d'août 2021, plus ou moins en même temps que l'imbroglio autour des libérations refusées d'El Güero et d'El Doctor. Décidément, les narcos prennent pas de vacances... A l'écran, apparaît le vieux trafiquant de 76 ans, en fauteuil roulant et sous assistance respiratoire, avec un bras en écharpe. Il est borgne, aveugle d'un œil, et sourd, en plus de ça. Bref, il ne pète pas la forme ! Qui plus est en ces temps de Covid, où les mafieux du monde entier essaient d'obtenir des libérations anticipées en prétextant que leur sécurité n'est plus assurée en milieu carcéral à cause de la pandémie. Mais quand on lui demande ce qu'il compte faire s'il est libéré un jour, après 32 ans de détention au Mexique (il n'a jamais été extradé) Gallardo répond  : "J'ai perdu plus de la moitié de ma famille pendant que j'étais en prison. Une fille, mes parents... Je ne pense pas à la liberté. Je pense à mes petits-enfants." Et quand la journaliste lui demande s'il pense qu'il retrouvera la liberté un jour, le capo répond : "Non. Je n'ai pas beaucoup d'espérance de vie, comme vous pouvez le voir (...) Même si nous croyons tous aux miracles..." Pour finir, il clame que ses petits-enfants s'affairent à lui préparer une sépulture à l'ombre d'un arbre et que tout ce qu'il souhaite est dorénavant d'y être enterré. Bref, c'est pas vraiment la joie ! Felix Gallardo, héro de la série Narcos : Mexico pour resituer les choses, est la seule tête pensante de l'éteint Cartel de Guadalajara encore sous les verrous. En 2016, Ernesto Fonseca Carrillo, alors âgé de 86 ans, est placé en résidence surveillée pour raisons de santé : le vieil homme est presque paralysé et souffre entre autres d'un cancer du colon. Un an plus tard, il sera totalement libéré de ses obligations envers la justice, ce qui n'est pas le cas du troisième larron représentant du Cartel de Guadalajara : Rafael Caro Quintero. Comme son compère Don Neto, lui aussi a passé près de 30 ans en prison pour le meurtre de l'agent Enrique Camarena, même si tous les deux avaient à l'origine écopé d'une peine bien plus lourde. Le premier a été libéré pour soucis de santé on l'a dit, le second a cause d'un imbroglio bureaucratique. La justice mexicaine a en 2013 décidé de procéder à la libération de Rafael Caro Quintero sans vérifier si celui-ci était passible d'autres poursuites. Et il se trouve que les américains tenaient eux tout particulièrement à extrader le capo et voir celui-ci croupir en zonzon pour venger le meurtre de leur agent... Sauf qu'au moment où la boulette est révélée, et que américains et mexicains cherchent à remettre la main sur celui qui vient alors de passer 28 ans derrière les barreaux, celui-ci semble s'être évaporé dans la nature. Parti, le Rafa ! Il n'allait pas attendre sagement que les ricains lui remettent le grapin dessus... Et quelques temps plus tard, ô surprise : l'ancien complice de Felix Gallardo semble être retourné aux affaires. Dans un premier temps, il se rapproche de son ancien sous-fifre El Mayo, désormais parrain des parrains au Mexique. Puis, il fait bande à part et forme le Cartel de Caborca avant d'entamer une dispute avec les fils d'El Chapo pour le contrôle de l'Etat du même nom. Les amerlocks n'abdiquent pas et offre la prime de 20 000 000 $ pour le capo, la plus élevée pour un narcotrafiquant et probablement aussi une des plus élevées émises par les Etats-Unis, terroristes et criminels confondus. Il continue cependant de leur échapper à l'heure actuelle, et persiste à clamer son innocence depuis son arrestation en 1985 dans le meurtre de l'agent Camarena ; tout comme Felix Gallardo. Dans son interview d'août 2021 toujours, celui-ci affirme que les auteurs physiques et intellectuels du meurtre se trouvent tous derrière les barreaux, et ne pas y être mêlé lui-même. Il nie également l'existence d'un quelconque Cartel de Guadalajara, comme d'avoir été jadis un narcotrafiquant ; selon ses dires, il aurait seulement exercé la profession de simple "éleveur/agriculteur" et ce, depuis gamin, sans faire mention de son passé d'agent fédéral. Rien de neuf sous le soleil ; lors de sa première arrestation en 97, la phrase d'El Chapo est depuis restée dans les mémoires : "je ne suis qu'un simple agriculteur, je sème du maïs et des haricots à Culiacan." J'aimerais bien voir la gueule de leur salon de l'agriculture ; pas sûr que Macron y foute les pieds en souriant comme un benêt. Et quand on l'interroge sur ses anciens associés Rafa Caro et Don Neto, Felix Gallardo prétend ne pas les connaître et même ne jamais les avoir rencontrés, tout comme ces derniers prétendaient n'avoir jamais eu aucun contact avec lui. Encore une fois, du réchauffé. Bien évidemment, en raison de son âge avancé et de ses soucis de santé, l'ancien chef du Cartel de Guadalajara peut prétendre au programme de libération anticipée, mis en place pour les détenus de plus de 75 ans (il en a 76). Il assure cependant ne pas y souscrire formellement, déclarant que le président mexicain en fonction Lopez Obrador (qui a mis en place la mesure et se trouve en capacité de le gracier) "est un homme de bonne volonté qui combat les inégalités sociales, en donnant des pensions et beaucoup d'autres choses" et qu'il "ne veut pas lui faire perdre son temps". Comme pour l'imbroglio autour d'El Güero Palma, l'homme politique n'a pas manqué de réagir à ces déclarations : "je voudrais que personne ne souffre, je voudrais que personne ne soit en prison, je suis un humaniste, je suis formé à l'école de la non-violence. Mais nous sommes le gouvernement de tous et devons faire respecter les lois, c'est du ressort du tribunal. Il a passé un moment en prison, s'il obtient le droit de sortir, je ne m'opposerai pas à cela." La libération éventuelle de l'ancien parrain de Guadalajara, hypothèse jusque-là inenvisageable, a donc été une des trois affaires judiciaires qui ont animé l'été mexicain.

 

 

Nos prévisions : Tout d'abord la prédiction qui nous semble couler de source est la libération prochaine de Miguel Angel Felix Gallardo d'ici les deux prochaines années, s'il ne décède pas avant bien entendu. Si sa santé tient le coup, il pourrait alors couler un semblant d'existence paisible avant de se faire ensevelir sous son foutu poirier. Quant à "El Güero" Palma (59 ans), celui-ci devrait également recouvrer la liberté dans un laps de temps que nous estimons également aux environs de 3 ans, au plus tard. Une fois dehors, nous estimons que la priorité d'El Güero sera, à l'instar de Rafael Caro Quintero en 2013, de prendre la tête d'une nouvelle faction criminelle. Il devrait alors s'allier avec celui-ci ou Ismael El Mayo Zambada, voire pourquoi pas avec les fils d'El Chapo, même si on en doute un peu. D'après nous, le retour d'El Güero dans le monde du crime organisé ne sera pas anodin, et il saura recouvrer rapidement son influence au sein de celui-ci pour s'approprier son propre territoire. Son ennemi d'autrefois, lui, Eduardo Arellano Felix "El Doctor", devrait encore passer les six ou sept prochaines années en taule. L'homme aujourd'hui âgé de 65 ans sortirait donc bien plus tard qu'El "Güero" Palma, à un âge plus avancé, et retrouverait un monde où sa famille ne possède elle plus aucune influence. Bref, après avoir collaboré avec les américains de surcroît, "El Doctor" se retrouvera avec une cible sur la tête, sitôt remis en liberté. Cible que ne manquera pas de faire voler en éclat Hector Palma ou un autre narco ayant des comptes à régler avec l'ancienne fratrie de Tijuana. Pour nous, "El Doctor" devra en faire appel à un bon pour le sauver, dans les prochaines années, et devrait donc se faire assassiner à sa sortie. Ce qui ne manquera pas d'attirer certains reproches à l'administration américaine, qui avait un temps envisagé de lui accorder le statut de témoin protégé ; on la voit venir d'ici l'embrouille ! Ce qui nous amène aux cas de Jesus et Vicente Zambada, dont nous vous parlions plus haut. En ce qui nous concerne, il n'est pas dit qu'on entende de nouveau parler un jour de Jesus, le frère cadet d'El Mayo Zambada. Il pourrait très bien décider de demeurer aux Etats-Unis après avoir collaboré avec la justice. Pour ce qui est du fils du baron susnommé en revanche, la tentation d'hériter de l'empire de son père (qui doit approcher les 75 ans, s'il ne les a pas déjà fêtés !) devrait se faire trop forte. A Narcoculture-France, on voit bien Vicente Zambada retourner au Sinaloa... Avant de connaître à son tour un destin funeste. Mais ça n'engage que nous, hein... Que moi, en fait.

 

 

 

 

El Mencho en ligne de mire

 

Outre le son nommé en son honneur dans lequel le rappeur Lacrim lui rend hommage, l'année 2021 a une fois encore été chargée pour le leader du cartel de Jalisco Nueva Generacion, El Mencho. Celui-ci est encore en vie, bien que souffrant d'insuffisances rénales et contraint de demeurer sous dialyse (c'est à dire branché à un appareil qui supplante la fonction des reins). Les années passées, les militaires mexicains, épaulés par les américains, avaient d'ailleurs lancé un raid sur une bâtisse apparemment sortie de nulle part, après avoir repérée cette dernière grâce à leurs moyens aériens. Les militaires déboulent, donc. Et la bâtisse se trouve être en fait un hôpital récemment construit par le cartel, au milieu de la sierra. Si El Mencho ne s'y trouvait pas, les habitants du coin avaient été autorisés par le cartel à se servir des lieux pour y bénéficier de soins. Apparemment, de nombreux autres hôpitaux de ce type auraient vu le jour sur le territoire du capo, et pourraient l'abriter lors de ses soins. Impossible de dire si les hôpitaux en question occupaient effectivement la fonction de soigner El Mencho, tant son cartel de Jalisco Nueva Generacion a fait des donations et des actions caritatives sa marque de fabrique comme aucun cartel avant lui. Ces bâtisses pourraient tout aussi bien être des présents concédés par celui-ci à la population dans le but de se les mettre dans la poche. Bien qu'il soit officiellement la priorité numéro 1 de la DEA américaine (bien que mis à prix pour 10 000 000 $ de moins que Rafa Caro) et "l'ennemi public numéro 1" au Mexique, El Mencho continue lui aussi d'échapper aux autorités. Mais ce n'est pas le cas de ses proches, en particulier parmi les membres de sa propre famille... Son rejeton et futur héritier, Ruben Oseguera Gonzalez "El Menchito" a été capturé en 2015 pour "avoir conspiré afin de revendre plus de 5 kilos de stupéfiant", faits pour lesquels il est aujourd'hui poursuivi. Selon le Département de Justice des Etats-Unis, celui-ci lavait également des millions de dollars d'actifs pour l'organisation de son père et se chargeait de la distribution de drogues synthétiques et du trafic d'armes dans le dit pays. En 2020, "El Menchito" est extradé aux Etats-Unis, un coup dur pour le CJNG (Cartel de Jalisco Nueva Generacion) dont il devait à terme prendre la tête.

El Mencho en compagnie de sa fille Laisha Michelle et son fils Ruben "El Menchito"

Aujourd'hui le potentiel successeur d'El Mencho n'est pas un de ses parents mais Gonzalo Gaitan, alias El Sapo, un de ses jeunes pistoleros à moitié taré. Cependant, l'ancien policier et membre du Cartel de Sinaloa demeure malgré sa santé fragile (il a 55 ans) encore à la tête du Cartel de Jalisco, épaulé par son cercle d'intimes, parmi lesquels son épouse bien sûr. Car El Mencho a fait de son Cartel une véritable entreprise familiale, dans laquelle (une fois n'est pas coutume) les femmes de son sang trouvent leur place. En réalité, elles ont contribué à faire de son organisation criminelle la plus puissante du Mexique (et du monde ?) ; plus particulièrement sa femme, Rosalinda Gonzalez Valencia, et sa famille. La femme d'El Mencho faisait en effet déjà partie du crime organisé avant de rencontrer son mari, celui qui deviendra le futur "ennemi public numéro 1", grâce à ses illustres frangins. Les frangins en question, les Gonzalez Valencia (au nombre de 5) et leur tripotée de cousins formèrent avec trois autres frangins connus "comme les rois de la méthamphétamine" le Cartel del Milenio dans les années 90, avec l'aide d'un colombien affilié au Cartel de Cali. Le cartel del Milenio compta par la suite dans ses rangs un ancien policier de Durango, Ignacio "Nacho Coronel". Puis, un autre : "El Mencho" lui-même. Celui-ci, qui vient d'être expulsé des Etats-Unis après avoir purgé 5 ans dans un pénitencier de Sacramento en Californie, où il avait immigrer, intègre les forces de police de retour dans son pays. Sauf que la police mexicaine ben... C'est la police mexicaine ! Corrompu comme nombre de ses collègues, l'agent Mencho finira par entrer au service du Cartel del Milenio, où il rencontrera ses futurs beaux-frères. Nombre de ces derniers et de la famille Valencia, à la tête de leur propre faction dénommée "Los Cuinis" se feront capturés à la fin des années 2000. Ignacio "Nacho Coronel" amorce alors un rapprochement entre ce qu'il reste du Cartel del Milenio, qu'il connaît bien, et le Cartel de Sinaloa de son grand poto El Chapo pour lequel il travaille alors. Los Cuinis et El Mencho se mettront donc au service de ce dernier, jusqu'à ce que Nacho Coronel ne soit abattu et que des divisions n'ébranlent le Cartel de Sinaloa en 2008. El Mencho, El Cuini (un de ses beaux-frères, chef de Los Cuinis) et Erick Valencia Salazar "El 85" décident alors de former un tout nouveau cartel, celui du Jalisco Nueva Generacion, avec ce qu'il reste de leurs complices du Cartel del Milenio. C'est ainsi que Mencho démarra son ascension en tant que grand chef de cartel. Erick Valencia Salazar "El 85", capturé en 2012,  aurait selon certaines versions vu sa capture comme une trahison de la part de son complice Mencho. Bien que libéré 5 ans plus tard, "El 85" ne réintégra pas le CJNG qu'il a pourtant contribué à mettre sur pied mais pris la tête d'un cartel rival. Quant au beau-frère d'El Mencho, Abigael Gonzalez Valencia alias "El Cuini", meneur de la fratrie et chef de "Los Cuinis", il fut capturé en 2015 à Puerto Vallarta. Selon les autorités mexicaines, le cartel d'El Mencho et ses beaux-frères de "Los Cuinis" font partie d'une seule et même organisation, quand pour les autorités américaines ceux-ci représentent deux groupes alliés mais néanmoins distincts. Son mariage avec Rosalinda Gonzalez Valencia a néanmoins permis à El Mencho de nouer des alliances durables avec la famille mafieuse des Valencia, autrefois à l'origine du Cartel del Milenio, aujourd'hui seulement réduite à la faction de "Los Cuinis". Cette dernière n'est elle même pas en reste : après une première arrestation en 2018, la femme d'El Mencho a de nouveau été arrêtée le 15 novembre 2021 après qu'elle ne se soit pas présentée pour signer un quelconque papelard entrant dans le cadre de sa procédure judiciaire. Celle que l'on surnomme "La Jefa" (58 ans) servirait de passerelle entre les deux factions précédemment citées et se chargerait entre autres du blanchiment d'argent pour le compte de son mari.

Rosalinda Gonzalez Valencia "La Jefa", épouse d'El Mencho

 

Organigramme de "Los Cuinis" et de la famille Valencia

 

Mais ce n'est pas tout : quelques heures après la seconde arrestation de la femme d'El Mencho, deux militaires ont été kidnappés à Jalisco. Ceux qui se trouveraient derrière cet enlèvement ne seraient nulle autre que sa propre fille Laisha Michelle Oseguera Gonzalez et son petit copain Christian Fernando Gutierrez. Ce dernier a été filmé sur le parking du centre commercial où les militaires ont été kidnappés. Sacrée famille ! On ignore les motifs derrière cet enlèvement, mais cinq véhicules criblés de balles et incendiés ont été retrouvés quelques heures plus tard dans différents secteurs de Guadalajara et Zapopan. Coïncidence ? Les médias rapportent en tout cas ces faits sans rapports apparents entre eux dans le cadre de l'arrestation de la matriarche du CJNG et Laisha Michelle est toujours recherchée par les autorités pour ce kidnapping. Maintenant, dans la famille Mencho, après le fils, la femme, tous les beaux-frères et la petite dernière, je demande la fille aînée. Et vous savez quoi ? Elle aussi est en zonzon. La plus âgée des 3 enfants du couple est arrêtée aux Etats-Unis en février 2020, pays dont elle possède la nationalité. Elle se serait chargé du management de plusieurs entreprises sur liste noire du gouvernement américain pour leurs affiliations avec le CJNG, et donc aurait elle aussi blanchi de l'argent pour le compte de l'organisation. 

Jessica Oseguera Gonzalez (33 ans) risque une peine de 10 ans d'emprisonnement, bien que sa sœur Laisha (19 ans à peine) ait envoyées et rendues public des lettres adressées au tribunal fédéral américain dans lesquelles elle décrit sa sœur comme "une grande femme, mère, sœur, et un grand être humain qui s'inquiète pour toutes les personnes qui lui sont proches, pas seulement pour sa famille ou ses connaissances ; qui a toujours aimé partager un peu de ce qu'elle possède avec ceux qui n'ont rien..." Mouais, pas sûr que ça marche, elle-même étant à présent recherchée. Avec la moitié de sa famille sous les verrous, et une santé déclinante, on pourrait croire El Mencho en bout de course... Il est pourtant avec son ennemi Mayo Zambada le narco le plus puissant du Mexique à l'heure actuelle.

Laisha Michelle et son petit copain

 

 

Nos prévisions : Bien qu'il soit davantage dans le viseur des autorités qu'Ismael Zambada, réputé plus enclin à la négociation, El Mencho n'est pas prêt de raccrocher, selon notre modeste avis. Tout d'abord, il est à l'instar du baron susnommé un des deux "intouchables" du crime organisé. Comme Zambada, Mencho a déjà été capturé par le passé avant d'être immédiatement relâché et n'a pas hésité à s'en prendre à des hommes politiques, comme l'ex gouverneur de Jalisco Aristoteles Sandoval, qu'il aurait fait assassiné. Il partage aussi avec cet autre capo le point commun d'avoir la majeure partie de sa famille en prison : sa femme, deux enfants et cinq beaux-frères pour El Mencho, jadis ses 3 fils et son frère pour Zambada ; sans que le pouvoir de l'un ou l'autre des capos s'en est vu diminuer. Il me semble important de préciser qu'El Mencho est issu d'une famille de 6 enfants, et qu'un de ses frères avec lequel il avait jadis émigrer aux Etats-Unis a été arrêté là-bas en même temps que lui pour avoir également revendu de la beuh et de l'heroïne. Je pense qu'il n'est pas impossible que, malgré que le profil d'aucun de ses frères et sœurs ne se soit jusque-là fait connaître au sein de l'organisation, nous découvrions dans les années à venir que la famille de celui-ci comme son organisation soient en réalité plus étendues que nous ne l'imaginions alors ; pourquoi pas en la figure de ses frères et sœurs, donc. Même si Gonzalo Gaitan "El Sapo" devrait prendre plus de poids au sein du CJNG à l'avenir (il est déjà plus ou moins le numéro 2 à l'heure actuelle), la famille d'El Mencho devrait néanmoins demeurer profondément attachée au crime organisé des Etats de Jalisco et Michoacan, même après sa disparition. Elle n'est cependant pas prête de survenir : El Mencho a une espérance de vie à la tête du cartel, si j'ose dire, que nous estimons au minimum à 5 ou 6 ans, quand son rival Ismael Zambada devrait selon les avis des experts ne jamais être capturé.

 

 

Ramène ta fraise : l'héritage mafieux du Michoacan

 

Après la "Nouvelle-Sicile" (Etat de Sinaloa), place à une ballade en "Nouvelle-Italie", l'Etat de Michoacan, plus au Sud. Le Michoacan, en plus d'être l'Etat d'où sont originaires les deux cartels des séries Breaking Bad et Ozark, est aussi celui d'El Mencho et de sa clique dans la réalité. Blague à part, le Michoacan a une longue tradition d'organisations mafieuses : du Cartel del Milenio dans les années 90, à celle de La Familia Michoacana au début des années 2000, à son évolution en Cartel de Los Caballeros Templarios, un cartel agissant aussi bien en tant que secte à part entière, dans laquelle les chefs et les pistoleros aimaient tous se déguiser en toges et armures templières lors d'improbables fêtes et autres cérémonies en l'honneur de leur chef. Bref, des tarés, quoi. Ces chevaliers templiers du 21ème siècle, commandés par leur gourou "El Chayo" Nazario Moreno, puis par un ancien professeur d'école incroyablement plus charismatique à la mort de ce dernier et dénommé "La Tuta", puis de nouveau par "El Chayo" Nazario lorsqu'on apprend que celui-ci vient en fait de "ressusciter", met un point d'honneur à livrer bataille au Cartel de Los Zetas, qui tente de s'implémenter dans l'Etat de Michoacan dans les années 2010. Los Zetas, ce sont eux-aussi de sacrés tarés : formés par une quarantaine de déserteurs de l'armée tous psychopathes, qui recruteront parmi les policiers et la racaille pour former une bande d'emmerdeurs qui déclarera la guerre à plus ou moins tous les cartels du pays. Bref, la confrontation entre ces deux groupes de fous furieux donnera lieu au pire du pire des exactions qu'a jamais connu le Mexique et fera basculer le pays dans une nouvelle ère de violence. Les chefs de Los Caballeros Templarios, qui étaient aussi les chefs du Cartel de La Familia Michoacana avant que Nazario Moreno ne se tape son bad trip chevaleresque, se feront arrêtés aux alentours de 2015, un an après que celui-ci eu de nouveau trouvé la mort, cette fois pour de bon on l'espère. La chute de Los Caballeros Templarios laissera le champ libre à El Mencho et son Cartel de Jalisco Nueva Generacion qui s'appropriera son état natal ; si l'organisation d'El Mencho porte le nom de l'Etat de Jalisco, lui-même et nombre de ses hommes de mains sont en réalité originaires de l'Etat de Michoacan, autre place forte de son organisation. Et depuis, que se passe-t-il au Michoacan, après que ces tarés de templiers aient passés l'arme à gauche ? Rien de beau, on vous l'assure. L'Etat est notoirement connu pour ses milices d'auto-défense formées de simples villageois afin de lutter contre les cartels, et plus particulièrement contre celui de Jalisco. Au début, l'idée était plutôt louable, même si ces milices armées avaient régulièrement recours à la violence... Sauf que, vous le voyez venir, ces milices sont depuis devenues (pour certaines, pas toutes) des organisations criminelles à part entière. Le cas le plus notable est sans conteste celui de la milice dirigée par "El Abuelo".

"El Abuelo" et son groupe d'auto-défense

Juan Jose Alvarez "El Abuelo" a d'abord formé son groupe d'auto-défense pour lutter contre les "Chevaliers Templiers", avant de déclarer la guerre à l'organisation d'El Mencho lorsque celui-ci prit le contrôle d'une majeure partie de l'Etat. Le plus ironique dans tout ça ? Les deux s'étaient alliés pour combattre "Los Caballeros Templarios" à l'époque, preuve que les amis d'hier ne sont pas forcément ceux de demain. "El Abuelo" renomme son groupe en "Carteles Unidos" en 2019 et s'allie avec le nouveau cartel qui monte dans la zone : celui de "La Nueva Familia Michoacana". Il exhorte les habitants de Tepalcatepec a prendre les armes avec lui contre El Mencho et livre contre ce dernier une grande bataille qui dura plus de 24 heures, une journée entière. Sur place, "El Abuelo" est apprécié, respecté, et surtout perçu comme un sauveur par bien des habitants. Au final, ça fait surtout les affaires de 'La Nueva Familia Michoacana."

 

"La Nueva Familia Michoacana" est fondée et dirigée par deux frères, les Hurtado : Jhonny "El Pez" et Jose Alfredo "El Fresa". Les deux sont recherchés depuis 11 ans par les autorités mexicaines et mis à prix pour la somme de 500 000 pesos. Le 18 mars 2021 cependant, des policiers sont tombés dans une embuscade à Coatepec de Harinas, dans l'Etat de Mexico. L'embuscade causa la mort de 13 agents et aurait été fomentée par "El Pez". Celui-ci, en plus de disputer le contrôle de l'Etat de Michoacan avec son frère à "El Mencho", a fait de l'Etat de Guerrero son bastion, notamment l'ancienne zone touristique de Acapulco. Les deux sont connus pour leur méthodes extrêmement violentes, comme le démontre l'embuscade du 18 mars dont on les impute, abandonnant régulièrement des messages menaçants sur les cadavres de leurs ennemis. A côté de ça, ils assistent en 2019 à la cérémonie de remise de diplôme de 25 étudiants de la génération 2015-2019 de l'Escuela Normal Regional de la Tierra Caliente, génération dont "El Pez" est le parrain. Son nom apparaît même sur la banderole de l'estrade lors de la remise des diplômes.

Dans la première partie de l'année 2021 cependant, une vidéo filtre sur les réseaux sociaux, sans qu'on n'en connaisse le lieux ni la date. D'après les messages l'accompagnant, cette vidéo postée par le Cartel de Jalisco Nueva Generacion montrerait les sicarios de ce dernier, exécutant "El Pez", qu'ils auraient brûlé vif. Les médias accueillent cette vidéo avec beaucoup de méfiance, mais plus le temps passe, plus on semble lui accorder de crédit. On prête depuis une déclaration à "El Mencho" en effet, revendiquant le meurtre de son rival. Jose Alfredo Hurtado "El Fresa" serait ainsi dorénavant seul à la tête de "La Nueva Familia Michoacana". Ce qui ne l'empêche pas, vous allez voir, de s'enjailler pas mal. D'abord, l'année dernière, le groupe de musique norteña Calibre 50 dédie aux deux frères un de leurs excellents narcocorridos, que vous pouvez retrouver ici :

Strawberryfish-Calibre 50 / Youtube

 

 

Dans son bastion de Guerrero, dans la commune de Arcelia pour être plus précis, en août 2021 (oui, décidément l'année fut chargée pour eux aussi), "El Fresa" donne une grande fête pour son anniversaire. Les invités qui y sont conviés sont en majorité des jeunes gens, mais on retrouve aussi parmi eux, ô surprise, le propre frère de l'intéressé, "El Pez", qui ne serait finalement pas mort. Comme l'information autour de la fête est infiniment plus fiable que les reportages qui traitent avec beaucoup de méfiance de la vidéo postée sur les réseaux sociaux montrant l'exécution de ce dernier, on va ici partir du principe qu'il est toujours vivant. A la fête d'anniversaire se produit également le chanteur norteño Remmy Valenzuela, bref, tout pour une soirée réussie. Mais le point d'orgue de la fiesta est indubitablement l'annonce d'El Fresa lui-même, qui présente à la petite assemblée la nouvelle marque de vêtements qu'il vient de créer. Dans l'allégresse générale, il explique qu'elle se nommera Doble H Clothing, parce qu'avec son frère et lui, il y a deux Hurtado, donc deux H. On marche sur la tête. Ah, et Oscar Balderas, le réputé journaliste qui a sorti l'info, est depuis menacé de mort par le cartel. Tout va bien dans le meilleur des mondes... Les deux frères sont recherchés pour la somme de 500 000 pesos on le rappelle (un peu plus de 20 000 euros), mais aucun des invités ne pense à les dénoncer. Au lieu de ça, lorsque El Fresa présente le stock de casquettes de baseball de sa nouvelle marque, ils se jettent dessus pour les lui acheter, pour la modique somme de 1000 pesos l'unité, excusez du peu (une quarantaine d'euros, par chez nous) ! Seuls quelques exemplaires seront (généreusement) offert par les deux mafieux aux invités, tout le reste leur sera vendu jusqu'à épuisement de leur stock. On reconnait là les hommes d'affaires ! Pour l'heure, la marque Doble H Clothing se résume à ces deux modèles de casquettes, une noire avec une fraise (Fresa, en espagnol) dont la tige forme des cornes de diable, et une blanche dont le "F" de son pseudonyme "El Fresa" s'entremêle avec le "P" de celui de son frangin, "El Pez". Si c'est pas mignon tout plein, ça ! Le succès total de leur soirée est néanmoins révélateur du pouvoir dont dispose les deux gangsters dans leur bastion, et dans l'ensemble de la zone de Tierra Caliente (Etats de Guerrero, Michoacan, Mexico) qu'ils espèrent arracher aux griffes d'El Mencho.

Pour ce qui est de l'Etat de Michoacan, cette dévotion de la part des petites gens envers ces grands barons n'a rien de nouveau. D'abord, le lien insidieux qu'entretient "El Abuelo" et de nombreuses milices d'auto-défense (perçues comme les défenseurs du peuple par ce dernier) avec plusieurs grands cartels jette le trouble sur les quelques actions citoyennes qui ont tentées de remédier à la situation. On se souvient également, au Michoacan, de l'emprise que détenait autrefois le Cartel de Los Caballeros Templarios. Celui-ci, pour glorifier son leader connu comme "Saint Nazario", avait développer un véritable mythe autour de sa personne, auquel de nombreux habitants avaient adhéré. Ainsi, dans les années 2010, on voyait régulièrement de simples riverains se recueillir dans les chapelles bâties à la gloire du chef du cartel pour vénérer la figure de celui-ci, pourtant responsable de crimes atroces dans la région. Tout le paradoxe du Mexique, une histoire sans fin.

 

Procession en l'honneur du chef du cartel des "Chevaliers Templiers", "Saint Nazario"

 

Nos prévisions : Selon nous, même si cela fait 11 ans maintenant qu'ils échappent aux autorités, les frères Hurtado ne pourront maintenir leur pouvoir sur la durée face à un Cartel de Jalisco destiné à prendre le contrôle de toute la région et aussi de leur bastion de Guerrero. D'abord, on ne peut affirmer avec certitude qu'El Pez soit encore en vie (bien que ce soit probable). Ensuite, il faut se souvenir d'El Marro, petit baron chef d'un cartel spécialisé dans l'extorsion et le détournement de pétrole, qui avait entamé une guerre particulièrement violente contre El Mencho. On ne vous fait pas un dessin, l'un croupit en taule, l'autre est en passe d'étendre son territoire à tout le Mexique.

 

 

 

 

Cet article a été rédigé entre le 30 janvier 2022 et le 15 février 2022 ; toutes les prévisions et opinions ici exprimées ne sauraient être que pures spéculations établies sur le travail journalistique de tiers personnes.

 

Sources (non exhaustives) :

 

Tito Beltran :

https://www.ulyces.co/news/la-maison-de-la-mere-del-chapo-a-ete-prise-dassaut-par-son-neveu/

https://www.elfinanciero.com.mx/estados/2021/09/03/el-mochomito-hijo-de-alfredo-beltran-leyva-sale-de-prision-gracias-a-orden-judicial/

Les fils d'El Chapo :

https://www.infobae.com/america/mexico/2021/12/17/eeuu-publico-poster-de-recompensa-por-los-chapitos-hijos-de-joaquin-guzman-loera/

Les vieux capos (Güero Palma, Eduardo Arellano Felix, Miguel Angel Felix Gallardo interview) :

https://www.liberation.fr/international/amerique/el-doctor-ex-parrain-de-la-drogue-extrade-au-mexique-20210824_3YFG3U3WNVFLZDYSB3UKABS5ZM/

https://www.eluniversal.com.mx/opinion/hector-de-mauleon/la-misteriosa-liberacion-del-guero-palma

https://youtu.be/FohVIa0mtKY

El Mencho :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Nemesio_Oseguera_Cervantes

El Fresa, leader de la Nueva Familia Michoacana :

https://youtu.be/G74dYs_amhU

 

 

 

Narcoculture-France/Wikipedia

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