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Narcoculture-France

Blog relatif aux événements et informations de la narcoculture, relatés en français

Narco-Actu : L'année 2021 des narcos

Salutations chers visiteurs, désormais habitués ou seulement de passage, et préparez-vous à embarquer pour un long périple à travers cet article dans le monde nébuleux des cartels mexicains. Après cela vous pourrez mater les 3 saisons de Narcos : Mexico sans vous sentir paumé ou crâner en société, sans problème ! En effet il s'agit, tout comme pour notre article "L'année 2020 des narcos", de notre rétrospective complète de l'année de tout ce qu'il s'est passé de beau (ou de moins beau, le plus souvent) au sein de nos mafias de la drogue. Si vous n'êtes pas encore tout à fait au jus des enjeux et protagonistes de cet univers, je vous conseille d'ailleurs de retrouver l'épisode précédent ici : https://narcoculture-france.over-blog.com/2020/12/narco-actu-l-annee-2020-des-narcos.html ; mais pour l'heure, place à l'édition 2021 !

 

Retrouvez plus bas notre grand format sur le temps fort de l'année 2021 des narcos : La guerre de Zacatecas

Ah, 2021... Une année particulière pour notre blog qui fêtait sa première année d'existence et qui a vu sa fréquentation augmenter dans cette seconde partie d'année ; une cent-cinquantaine de visiteurs par mois en moyenne contre une trentaine auparavant. Over-blog qui héberge ce site a probablement dû toucher quelques deniers grâce à moi, avec toutes les pubs qui popent de-ci de-là sur chacun des blogs... Mais en ce qui me concerne, je n'entretiens ce dernier que par seule passion d'informer et de faire connaître un peu de culture norteña ainsi que la narcoculture qui me sont si chères aux francophones (je ne touche d'ailleurs aucune dividende sur ces saloperies de publicités, je tiens à le préciser). Alors merci à vous pour être présents cette fois encore ! 2021 à surtout été marquée par la mise en place du pass sanitaire par chez nous et la recrudescence du Covid à travers les nombreux variants qui se sont succédés, rendant le plus souvent impossible ou compliqué les voyages de par notre vaste monde. Et si, comme l'année dernière, les théories vont bon train quant à savoir si la pandémie à été bénéfique ou a contrario handicapante pour toutes ces organisations criminelles, elle a bel et bien été à l'origine de l'une des toutes premières nouvelles notables de l'année au sein des cartels...

 

La vida es para gozarla

Juan Jose Esparragoza Monzón "El Azulito" (Le fils)                  /             Juan Jose Esparragoza Moreno "El Azul" (Le père)

 

Retour sur les premiers jours de cette année 2021, au début du mois de janvier, pour une triste nouvelle qui aura impacté la scène des narcocorridos (chansons sur les barons de la drogue) durant l'année entière : la mort de Juan Jose Esparragoza Monzón, "El Azulito", fils du très respecté parrain Juan Jose Esparragoza Moreno "El Azul" (oui, celui-là même de la série Narcos). Hospitalisé dans une clinique privée de Culiacan pour cause de complications respiratoires liées au Covid, El Azulito décèdera le dimanche 18 janvier 2021 du fait de ce même virus, malgré les efforts du personnel de la clinique pour le maintenir en vie. Et ce, alors même que la prudence et la discrétion étaient de mises pour apporter autant de soins à ce patient si particulier. Car, en plus d'être le fils de l'un des trois fondateurs du célébrissime Cartel de Sinaloa, El Azulito n'était pas n'importe qui : depuis près de 4 ans, il narguait les autorités auxquelles il tentait d'échapper, depuis son évasion de la prison de Aguaruto en 2017. Pour ceux qui ne le savent pas, la "prison" de Aguaruto est l'équivalent mexicain du pénitencier dans les Dalton, où chacun entre et sort plus ou moins selon son gré et ses envies de s'évader. D'ailleurs, l'évasion de Esparragoza Jr est d'autant plus célèbre qu'il ne fut pas le seul à s'échapper ce jour-là, même si il est notoirement admis que l'évasion en question a surtout été orchestrée par ses complices dans le but de le délivrer, lui. Avec Azulito, comme dans un remake mexicain de Prison Break, 4 autres célèbres pontes du cartel sinaloan, tous plus dangereux les uns que les autres, prirent la poudre d'escampette avec lui lors de l'évasion de 2017, profitant des moyens de ce dernier. Bon, je ne vais pas mentir, en comptant Azulito, il n'y en avait que 3 que je connaissais, moi... Mais je ne suis pas un puit de science infuse après tout, et le casting reste beau néanmoins : tout d'abord, j'ai appris à connaître depuis le nom de Pancho Chimal, garde du corps d'Ivan Archivaldo Guzman et responsable d'une embuscade meurtrière contre les militaires le 30 septembre 2016 qui coûta la vie à 5 d'entre eux et en laissa 11 autres sur le carreaux, à qui de nombreux corridos furent dédiés, comme celui de La Ventaja avec La Banda Culiacancito et Marca Registrada. Très bonne chanson, s'il en est ! En plus de cet attentat particulièrement meurtrier contre "les verts" (non, je ne parle pas des joueurs stéphanois, n'ayez crainte, il s'agit d'un surnom connu pour les militaires), Pancho Chimal est également célèbre pour avoir mener une série d'attaques contre le clan Damaso Lopez père et fils, lors de la dispute qui a opposé ces derniers aux fils d'El Chapo après la capture de celui-ci pour savoir qui prendrait les rênes du cartel. Arrêté en février 2017, à peine un mois avant l'évasion de Aguaruto, le sicario filera à l'anglaise avec El Azulito et un autre illustre inconnu, homme de confiance d'El Mayo Zambada, avant que n'éclate une autre dispute entre le susmentionné baron et (à nouveau) les fils d'El Chapo, patrons de Pancho Chimal on le rappelle, en 2020. Cet homme, Alfonso Limón Sanchez, alias "El Limón", est donc une des petites mains qui contribue à l'hégémonie du parrain Ismael Zambada, aussi discret que son chef ; son rôle serait notamment de gérer les exportations de drogue à destination des Etats-Unis, un rôle crucial, vous en conviendrez, pour un cartel de la drogue. D'autant plus lorsque l'on sait que Zambada est l'un des narcos les plus puissants du Mexique et du monde, avec son rival El Mencho, à l'heure actuelle. Cependant, on ne sait que peu de choses sur "El Limón", et ce n'est pas étonnant quand on sait que son patron apprécie à ce point la discrétion. Les biographies des deux derniers belligérants de cette célèbre évasion me sont bien davantage connues ; et pour cause, il s'agit de deux membres fondateurs de l'ancien bras armé du Cartel de Sinaloa, Los Antrax. Bon, si vous êtes un habitué de ce blog, vous ne pouvez plus ignorer la relative admiration que je porte à son membre le plus célèbre et fondateur originel : Jose Rodrigo Aréchiga Gamboa, "El Chino Antrax". Il ne fut pas seul, cependant, à mettre sur pied cette clique d'assassins patrouillant dans les rues de Culiacan mais célèbres dans le monde entier (pour la plupart des amis d'enfance d'El Chino Antrax, avec qui il jouait au foot, gamin). Jesus Peña Gonzalez, El 20, plus ou moins responsable de la sécurité d'El Mayo Zambada, l'y aurait aidé ; il est le quatrième à s'être évadé avec le fils d'El Azul. Pour rappel, le groupe Los Antrax était responsable de la sécurité des quatre fils de Zambada lors de la sanglante guerre de sécession de 2008, un conflit depuis lors resté dans les mémoires. Mais contrairement à "El Limón" que je ne connaissais ni d'Eve ni d'Adam et dont je doute qu'il fasse un jour reparler de lui après son évasion, El 20 Peña, l'autre "petite main" de Zambada, proche du groupuscule Los Antrax donc, se traîne une réputation de taré et de psychopathe sanguinaire. Quand on est responsable de la sécurité du plus grand mafieux mexicain, ça me semble être un prérequis, non ? Dans la nature depuis 2017, il aurait laissé dans les mois qui suivirent son évasion des narcomantas (messages inscrits sur des banderoles menaçantes disposées par les cartels sur les ponts ou les routes, en général agrémentées de deux ou trois cadavres pour avertir la population ou leurs rivaux) annonçant son retour et son envie d'en découdre. Plus quelques cadavres décapités, semblerait-il, sans qu'on puisse affirmer qu'il s'en trouve réellement à l'initiative... Le dernier à jouir d'un rôle dans ce macabre remake de Prison Break, n'est nul autre que l'un des meilleurs amis de Chino Antrax et son successeur désigné : Rafael Guadalupe Felix Nuñez, plus connu sous le pseudonyme "Changuito Antrax". Celui-ci croupissait en prison depuis l'opération de l'armée qui a menée à sa capture, en 2014, après avoir échappé une première fois à l'armée, comme le raconte le chanteur Lenin Ramirez, avec Chino et Roke Antrax, alors que ceux-ci s'étaient rendus ensemble à un mariage au Sonora. D'après les vers du mentionné corrido, l'alerte est donnée parmi les invités du mariage que les militaires déboulent et Chino et Roke ont le temps de regagner leur voiture et de foutre le camp avant qu'ils ne débarquent... Avant que les deux ne se rendent compte, aussi, qu'El Changuito manque à l'appel (les génies !). Celui-ci est en fait resté en retrait mais parvient à fuir la salle du mariage à bord d'une vieille voiture avant de se faire finalement intercepter par l'armée. Les militaires, qui ne recherchent que son chef, Chino Antrax, s'aperçoivent avec horreur qu'il ne se trouve pas à bord avec lui et le laisse finalement partir, dégoûtés. Enfin, d'après l'ami Lenin, hein...

                                                   El Chino Antrax

                                         

                                               El Changuito Antrax

 

Et de cinq, donc, nous avons là nos cinq évadés de 2017. Plus aucun n'avait fait reparler de lui après que Pancho Chimal, un mois après leur évasion, ne soit retrouvé et abattu par l'armée. Le même qui avait été capturé en février, s'était évadé en mars avec les autres et ne trouve finalement la mort en avril de la même année. Ouais, le mec n'a clairement pas le temps. A l'instar de Prison Break, certains connaissent un destin funeste, une fois dehors, comme lors de la remarquable saison 2 (la meilleure !) ; comme quoi, s'évader n'est souvent que la première étape d'une périlleuse cavale au lieu de l'accomplissement qu'on veut nous faire croire dans des films comme Les Evadés, pour n'en citer qu'un seul. L'opérateur d'El Mayo Zambada, El Limon, demeure aussi discret qu'avant son évasion. Pour ce qui est d'El 20 Peña, c'est grosso modo la même, bien qu'on lui attribue de sanglants messages les mois suivants son évasion, comme mentionné plus haut. En fait, c'est Miguel Gaxiola, l'identité que l'on prête à El Ruso, qui est devenu l'élément le plus important parmi les sicarios de Ismael Zambada et qui est désormais chargé de sa sécurité (avec d'autres, quand même), supplantant en quelque sorte Peña dans ce rôle. El Changuito Antrax, pour sa part, orphelin de Chino Antrax, s'était fait discret quelque temps, avant de réapparaître en milieu d'année 2021. Car c'est à lui qu'Ismael Zambada a confié le commandement de ses troupes dans la dispute les opposant aux autres groupes criminels et plus particulièrement au CJNG dans l'Etat de Colima, comme en témoigne les messages diffusés par ce dernier et le Cartel, dans lesquels il se retrouve cité. Quant au moteur de toute cette évasion et principal protagoniste, Juan Jose Esparragoza Monzón, El Azulito, nous n'avions plus de nouvelles et il continuait d'échapper aux autorités avant qu'un coup du sort ne le frappe finalement et la vie, ne se joue de lui. Il n'aura pas su berner le Covid aussi bien que l'armée, semble-t-il, et la réalité l'aura rattrapé. Après quelques semaines passées à lutter contre les problèmes respiratoires caractéristiques de la maladie, il s'éteint en ce 18 janvier 2021, à l'âge de 49 ans. Il est inhumé au célèbre "narco-cimetière" de Jardines del Humaya en grande pompe, au son d'un orchestre de banda qui ordonne à la petite foule venue lui rendre ce dernier hommage un grand lâcher de ballons gonflés à l'hélium, de couleur bleue, bien sûr. DEA, FBI, ATF, Policia Estatal et Federal (jamais bien compris la différence) et la marine mexicaine devaient tous ce jour-là, immanquablement, avoir un œil sur le cimetière de Culiacan : en effet, personne ne sait véritablement si le fondateur du Cartel de Sinaloa et père du défunt a bel et bien trouvé la mort comme sa famille le prétend en 2014. Même si on le suppose en effet, une aura de mystère plane encore autour de Juan Jose Esparragoza Senior, ancien agent de la police secrète mexicaine, sur la tête duquel le FBI continue de placer la bagatelle de 5 000 000 $ de récompense, jugeant les informations sur sa mort "invérifiables". Mais c'est un autre "capo de capos" qui a attiré à cette occasion l'attention sur lui ; sans surprise, El Azul n'est pas sorti de sa tombe pour passer une tête à l'enterrement de son fils. Le parrain de celui-ci en revanche, qui n'est nul autre que le non moins fameux Rafael Caro Quintero, chef du Cartel de Caborca et actuellement narcotrafiquant sur lequel pèse la plus grosse récompense offerte par les Etats-Unis,  20 000 000 $ "pour toute information menant à sa capture", s'est fendu d'une couronne de fleur dédicacée expédiée ce jour-là en l'honneur de son défunt filleul. Et oui, l'ami Azulito connaissait du beau monde ; d'ailleurs, parmi les cinq évadés de Aguaruto, trois étaient sur le point d'être extradés vers les Etats-Unis, dont El Azulito lui-même. Une évasion qui ne finit plus de soulever des questions... Tout au long de l'année, les groupes et chanteurs norteños se sont succédés pour rendre à leur façon hommage à l'un des derniers membres de l'une des trois familles fondatrices du Cartel de Sinaloa.  

Corrido - La Ventaja - Se despide Juanito - YouTube - 2021

Corrido - Revolver Cannabis - Azulito Esparragoza - YouTube - 2021

 

 

 

 

Le dernier des antrax

 

On continue dans la rubrique nécrologique pour mentionner le regrettable trépât de l'un des derniers membres de l'ancien bras armé du Cartel de Sinaloa, Los Antrax (toujours eux !), ayant survécu à l'hécatombe les ayant tous inexplicablement frappés aux alentours de l'année 2011, voilà dix ans maintenant. L'un des plus discrets, aussi... Ceci explique peut-être le pourquoi... Il faut dire que les antrax n'étaient pas vraiment des modèles de discrétion, entre leurs fêtes, leurs amitiés bien connues avec des chanteurs norteños, les pas de danse de Güero Bastidas et de Dorian, la tête de Sargento Phoenix à lui tout seul, les millions de followers des fils Zambada et de Chino Antrax sur les réseaux sociaux, sans parler de la supposée liaison de ce dernier avec Paris Hilton, et de Claudia Ochoa qui servait de mascotte à tout ce beau monde. Je vous parle de ça, mais tous ces gens sont morts, maintenant... Enfin, sauf Paris Hilton, quoi. Et les frères Zambada, qui sont tous trois restés au trou un bon moment ; le véritable avantage d'être les fils du patron c'est peut-être de ne pas se faire plomber, après tout. Mais il y en avait un autre, un autre à avoir survécu. Bon, en fait ils sont trois, possiblement quatre (j'ignore si Traka Antrax a survécu, mais comme il faisait partie de la clique de planqués : Chavo Felix, Samuel Fuentes et consorts, il y a des chances) ; d'ailleurs je vous parle de l'évasion de Changuito Antrax plus haut, en 2017... Mais c'est d'un autre antrax survivant dont je vais vous parler ici, nom de code "Javi 23". Originaire de Culiacan, ami d'enfance de Rodrigo El Chino Antrax, et grand poto d'un autre antrax, El Wiwi (on ne rigole pas). C'est en tout cas ce que nous rapporte les chanteurs de corridos qui semblent l'avoir bien connus. D'après eux, il faisait partie de ces types qui jouaient au foot avec Chino, gamins ; un antrax de la première heure, donc. C'est le 22 mars dernier que la mort de celui connu comme "Javi 23" semble être survenue, même si des zones d'ombre entourent encore celle-ci : puisque les autorités l'ont découvert à son domicile, mort d'une balle dans la tête. Evidemment, en de telles circonstances, les suppositions vont bon train. Même si une version semble se détacher maintenant, à savoir que le dénommé Javier se serait en fait suicidé. Autorités de l'état et chanteur de corridos semblent cette fois se mettre d'accord sur ce point, chose suffisamment rare pour être soulignée. Plutôt ironique, vous ne trouvez pas, de s'ôter soi-même la vie alors que l'on est un des derniers survivants d'une clique de meurtriers, ayant survécu aux conflits toutes ces années ? Il faut dire que la particularité des antrax était de représenter une clique d'amis, pour la plupart amis d'enfance, aussi sanguinaires fussent-ils, plutôt que de simples collègues de boucherie. Toutes ces disparitions auront peut-être finies par peser sur le moral de l'ami Javi, d'autant plus que son ancien chef eu trouvé la mort en mai 2020 après 6 ans passés derrière les barreaux aux Etats-Unis, le regretté Chino Antrax, qui laisse depuis lors son ancien groupe orphelin de son influence et de son aura. Les antrax ne semblent plus exister en tant que tels, sinon dans nos souvenirs désormais, faits d'armes passés pour l'éternité à la postérité. D'ailleurs, pour la petite histoire, Javi 23 n'est pas le seul de ce bras armé qui se serait suicidé : se serait également le cas de Christopher Castro, il y a bien longtemps cependant, alors que les antrax se trouvaient encore au sommet de leur influence. Les frères Chris et Redel Castro "Pocho Antrax" sont des américains d'origine mexicaine ayant grandi à Los Angeles avant d'intégrer le Cartel de Sinaloa à peu près au moment de la création des Antrax, selon la légende par l'entremise de leurs cousines restées au pays qui les auraient pistonnées tous deux auprès de la mafia. Si le plus célèbre des deux frères se trouve être Redel, alias Pocho Antrax, mort dans une gigantesque fusillade opposant le Cartel de Sinaloa aux survivants de la faction dissidente des Beltran Leyva en 2010, Christopher (pas d'alias connu) est néanmoins fameux pour le corrido que lui dédia El Komander après sa mort. Selon ce dernier et des sources officielles/officieuses, il se serait également tiré une balle dans la tête en apercevant les militaires encercler sa maison. Comme une malédiction paraissant poursuivre ces pauvres bougres pour leurs péchés à tous, ceux qui portaient la célèbre tête de mort au doigt, jusqu'au dernier d'entre eux...

 

 

 

First Lady du Cartel ou propagande néo-féministe ?

 

Emma Coronel Aispuro a l'habitude de faire l'objet d'articles de la part de célèbres magazines féminins, de revues d'investigations aussi prestigieuses que Voici, Gala ou Elle.

 

Après la rubrique nécrologique, qui occupe inévitablement toujours une place de choix dans les chroniques de la mafia, place à un autre passage obligé de cette sphère nébuleuse : celui de la liste des arrestations. Et cette année, une seule notable à se mettre sous la dent : celle d'Emma Coronel, la femme d'El Chapo. Oui, et accessoirement la nièce de Nacho Coronel, si vous êtes un habitué de ce blog (anciennement le numéro 4 du Cartel de Sinaloa). Emma Coronel c'est une image de marque. Emma Coronel c'est une femme (une belle femme, déjà) connue dans le monde entier. Emma Coronel c'est un des rôles principaux de la série El Chapo, de Netflix. Emma Coronel c'est tout un business généré grâce à ses shows télévisés et aux marques (notamment dans le prêt-à-porter) qu'elle a su développer autour de l'image de son mari. Mais Emma Coronel, c'est avant tout la femme d'un des plus grands barons de la drogue de notre temps et, semblerait-il, une femme associée au monde du crime organisé. Après tout, on le mentionne plus haut, mais le tonton ce n'était pas n'importe qui. Bref, en substance, voilà ce que dit sa biographie : née à San Francisco Californie en 1989, elle a néanmoins grandie a Angostura, un village de l'Etat de Sinaloa où elle est devenue une reine de beauté, comme on en voit beaucoup au Mexique. C'est également là-bas qu'elle rencontre Joaquin Guzman, qu'elle épouse 1 an plus tard en 2007 alors qu'elle venait de fêter ses 18 ans (et Guzman ses 50 ans), avec qui elle aura par la suite deux jumelles en 2011. La suite, vous la connaissez, El Chapo se fera recapturé pour la troisième et dernière fois en janvier 2016 avant d'être extradé vers les Etats-Unis et condamné à la perpétuité en 2019. L'ancienne reine de beauté l'avait d'ailleurs accompagnée tout au long de son procès et s'était faite remarquée à cette occasion par les télévisions et journaux du monde entier, y compris par chez nous, en France, j'entends. Tout le monde semblait alors se demander qui pouvait bien être cette jolie trentenaire associée à l'image d'une des organisations criminelles les plus sanguinaires de la planète, restée fidèle envers et contre tous, en l'occurrence, à son mari. A l'époque d'un féminisme ridiculement exacerbé, certains paraissaient également plaindre cette jeune femme, laissée avec deux petites filles à sa charge (comme si elle galérait pour payer ses fins de mois !)... Epouse dévouée, mère courage, reine de beauté et femme d'affaires, Mme Coronel semble cocher toutes les cases des stéréotypes de la parfaite success story à l'eau de rose. Jusqu'à ce lundi 22 février 2021, où elle est arrêtée à l'aéroport international de Washington, pensant s'y rendre sans trop de problèmes puisque bénéficiant de la sacrosainte double-nationalité (beaucoup de mexicaines accouchent aux Etats-Unis pour y bénéficier de la qualité des soins et léguer de facto la nationalité américaine à leur enfant, sans nécessairement y immigrer) ; c'était sans compter sur le FBI, qui a procédé à son arrestation sur place, lui reprochant sa participation dans un "réseau international de trafic de stupéfiants à destination des Etats-Unis". Aïe, ça s'annonce mal. Ce n'est pas tout, puisque les fédéraux lui reprochent également sa participation dans l'évasion de son mari de la prison de haute sécurité de l'Altiplano, en 2015, par le biais du célèbre tunnel creusé sous sa cellule. Là, c'est clairement la merde ! Placée aussitôt en détention, elle plaidera coupable pour les chefs d'accusation suivants : "participation à un trafic de drogue, blanchiments d'instruments monétaires et transactions avec un narcotrafiquant étranger". Rien en revanche concernant sa participation (supposée) à l'évasion de son mari, même si les procureurs n'en démordent pas ; elle sera finalement condamnée le 30 novembre 2021 à trois ans de prison pour les faits précédemment cités, un an de moins toutefois que ce que réclamait le ministère de la justice américain ; le juge chargé de l'affaire arguant que la prévenue a coopéré avec les autorités depuis son arrestation et que celle-ci ne possédait pas d'antécédents judiciaires. Chose étonnante (ou pas), l'intéressée a elle-même fait savoir par le biais de ses avocats que les allégations concernant sa collaboration avec la justice américaine étaient infondées, craignant probablement de s'attirer ainsi les foudres du cartel. Et plus particulièrement de ces beaux-fils en l'occurrence, à la tête de celui-ci, qui ne sont clairement pas des modèles de tolérance ni d'intelligence. On la comprend donc, d'une certaine façon. Emma Coronel a continué à clamer qu'elle se soumettrait à la justice américaine et s'acquitterait de sa peine sans dénoncer qui que ce soit, du moins devant les médias. Quant à savoir si c'est vrai... Ce n'est en tout cas pas ce que semble penser la célèbre journaliste Anabel Hernandez, une sommité en ce qui concerne le crime organisé au Mexique. D'après elle, en promotion pour son livre propagandiste mettant en avant le rôle prépondérant des épouses des barons de la drogue au sein de ces structures criminelles, Emma Coronel, qu'elle appelle La First Lady, serait une sorte de marraine des marraines, entre autres calembredaines, s'appuyant sur le fait qu'elle a plaidé coupable pour étayer sa thèse. Et quand on lui oppose la faible condamnation de seulement 3 ans requis contre son idole, Mme Hernandez, toujours très bien informée, voit soudain ses sources se tarir : "elle pense", malgré les démentis d'Emma Coronel, que cette dernière a en fait bel et bien collaboré avec la justice, pour voir réduire sa peine que la journaliste estime plutôt autour de 10 ans... Bref, rien de bien sérieux là-dedans. En fait, après avoir contaminé et dénaturé les œuvres culturelles, cinéma et littérature, le néo-féminisme outrancier s'attaque maintenant à la désinformation en plus de la réécriture constante de l'Histoire, dont elles souhaitent faire table rase. Autour du monde on déboulonne les statues des grands hommes, on instaure une parité ridiculement kitsch dans des œuvres traitant pourtant d'évènements historiques où, navré de le dire, les femmes ne jouissaient malheureusement pas des mêmes prérogatives que les hommes. Clin d'œil à toutes les vikingettes de ces séries et jeux vidéo décérébrés ainsi qu'au jeu Battlefield, où la moitié des combattants de la seconde guerre mondiale sont des femmes. C'est d'autant plus navrant ici, avec ce flan monté de toute pièce autour de la personnalité singulière d'Emma Coronel, que Mme Hernandez est pour moi la spécialiste numéro 1 des cartels au Mexique à l'heure actuelle, après la mort du journaliste Javier Valdez, à égalité avec l'ancien agent de la DEA Mike Virgil, peut-être. Mais surestimer le rôle d'Emma Coronel au sein du Cartel de Sinaloa, ce n'est décidément  pour moi pas sérieux ; ne vous y trompez pas, il ne s'agit que d'hypothèses infondées, seulement de bon ton pour apporter du grain à moudre au sinistre moulin néo-féministe. Est-ce qu'elle était dans la confidence des affaires de son mari ? Evidemment ! Est-ce qu'elle a aidé à blanchir l'argent du cartel ? Le contraire m'étonnerait ! Mais la First Lady des cartels, ce n'est assurément pas Mme Coronel... D'ailleurs, pour en revenir à cette série de piètre facture, "El Chapo", de Netflix, le personnage censé représenté Emma Coronel à l'écran n'est absolument pas investi de telles attributions, et bien éloigné de ces aventureuses élucubrations ; au contraire, elle représente l'épouse dévouée du narcotrafiquant au long des différents épisodes, semblable à ce que paraissait Emma dans la vraie vie, au procès de ce dernier. Pensez-y, alors même que toutes ces séries n'hésitent pas à coller un personnage féminin, homosexuel, ou je ne sais quoi encore, chaque fois qu'elles le peuvent ; là, pourtant, le rôle d'Emma Coronel échappe à ces quotas imposés d'ultra-féminisme exacerbé. Quand on sait que Netflix ce ne sont pas les derniers pour cela, qui plus est, pour nous submerger de personnages wokes, quitte à parfois aller contre toute véracité historique... C'est bien que les informations engrangées autour de Coronel Aispuro ne justifiaient pas de la dépeindre en une First Lady des cartels style "reine du sud", même pour eux. Et pour ce qui est de sa possible complicité dans la rocambolesque évasion de son mari ? En fait, cette accusation à son encontre part du témoignage d'un personnage bien connu du Cartel de Sinaloa, celui de Damaso Lopez Nuñez, alias El Licenciado. Damaso, c'était le directeur adjoint de la prison de Puente Grande qui a aidé à faire s'évader El Chapo lors de la première évasion de celui-ci, en 2001. Puis il a prit la tête d'une faction du Cartel de Sinaloa et épaulé El Chapo jusqu'à la dernière arrestation du baron moustachu, où a alors commencée une sanglante guerre de succession entre Damaso et son fils contre les rejetons d'El Chapo. Guerre qui coûtera d'ailleurs la vie au célèbre journaliste mentionné plus haut, Javier Valdez, qui avait accordé une interview à l'ami Damaso, juste avant sa mort (les Damasos et les Chapitos se rejettent depuis mutuellement la responsabilité du meurtre, chacun prétendant détenir des preuves sur l'implication de l'autre camp). Damaso se fera finalement arrêté en 2017 et son fils ira se rendre aux autorités américaines dans la foulée. Et contrairement à Emma Coronel, eux, ils ne se sont pas gênés pour dénoncer à tour de bras ; de toute façon ils s'étaient déjà attirer les foudres des fils d'El Chapo, alors pourquoi pas, après tout ? Damaso Jr est depuis contraint d'être régulièrement transféré d'une prison à une autre, constamment sous la menace de tentatives de meurtres plus ou moins avancées de la part de ses amis d'enfance. D'abord condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, son père a été l'un des témoins clé du procès de Joaquin El Chapo Guzman, avec Vicente et Rey Zambada. Selon lui, Mme Coronel transmettait les messages de son époux aux employés qui construisaient le tunnel débouchant sous sa cellule, et servait donc d'intermédiaire dans les préparatifs de son évasion. Qu'un proche d'El Chapo ait fait la passerelle entre lui et ses complices dans le cartel me semble en effet couler de source... La personnalité et l'implication d'Emma Coronel dans les crimes de son mari sont cependant plus complexes qu'on veut bien nous le faire croire, et elles ne doivent être soumises à aucune récupération politique que ce soit dans le cadre d'un travail journalistique sérieux comme nous nous y employons nous-mêmes sur ce site. Damaso Lopez Nuñez, pour sa part, a vu sa peine de prison à perpétuité finalement commuée cette année, et le narco de 55 ans devrait sortir (au plus tard, donc) en 2032.

 

 

 

 

 

La guerre de Zacatecas

 

 

Voilà on y est. Le temps fort de l'année 2021 des narcos, et de tout le Mexique s'il en est, qui s'est prolongé durant toute l'année en question et est malheureusement appelé à durer encore : la guerre au Zacatecas... La guerre, la vraie. La guerre avec son lot de monstruosités, son flot de réfugiés, ses pseudos exploits guerriers survenus sur le champ-de-bataille, la guerre ou l'échec de la politique lorsque les balles supplantent tout le reste. Le Zacatecas, c'est cet état tout au centre du Mexique, peuplé d'environ 1 600 000 habitants. Jusque-là, malgré sa proximité avec les Etats de Sinaloa et de Jalisco, l'emprise de la mafia se faisait plus laxiste qu'ailleurs. Mais, fin d'année 2020, déjà, une vidéo attirait mon attention (pas que la mienne, d'ailleurs) : 700 à 800 hommes équipés d'armes lourdes faisaient de nuit irruption dans l'état en question, arrêtés au milieu d'une voie rapide afin de parader et faire démonstration de leur force. 700 à 800 hommes... Le tout filmé et posté sur les réseaux sociaux afin de donner plus de résonnance à leur action, qui avait pour but d'être connue de tous et d'intimider leurs rivaux. De toute façon, un tel convoi, ça ne passe pas inaperçu. Tous ces tueurs armés et entraînés répondaient à un seul homme : le parrain des parrains Ismael Zambada. "Pura gente del Mayo", "Arriba el señor del sombrero", "Viva MZ", entre autres slogans bien connus de la clique, retentissaient copieusement sur l'enregistrement. Il s'agissait en réalité de renforts mandatés par le parrain de Sinaloa visant à contenir l'avancée de leurs ennemis héréditaires à Zacatecas ; le Cartel de Jalisco Nueva Generacion, ou CJNG. Tout cela présageait de l'affrontement à venir... Mais en cette fin d'année 2020, nous n'en savions encore rien ; l'état le plus violent du pays était alors, de mémoire, celui de Guanajuato, où le CJNG menait la vie dure au Cartel dirigé par El Marro, Santa Rosa de Lima. Mais avant de voir les sinistres conséquences que la dispute entre Zambada et ses ennemis a eu en 2021, revenons à la Genèse de cette guerre, avant les renforts débarqués en 2020, qui commettront leur part d'exactions dans celle-ci. D'abord, pourquoi l'Etat de Zacatecas se retrouve-t-il aujourd'hui au cœur de luttes meurtrières pour son contrôle, puisqu'il ne s'agit du fief traditionnel d'aucune de ces deux organisations criminelles ? Totalement enclavé, ce n'est pas non plus comme à Colima, où elles se battent pour le contrôle du port, l'un des plus important du Mexique, et les voies d'accès maritimes en provenance d'Asie. En fait, c'est cette position centrale dans la géographie du Mexique, qui fait de Zacatecas un passage quasi obligé dans l'acheminement de substances illicites vers le Nord, les Etats-Unis, donc. 

 

 

Toutefois, comme le rappelle le média Grillonautas, la guerre au Zacatecas a ceci de diffèrent par rapport aux précédents conflits impliquant le crime organisé dans le pays (pour le contrôle du passage de la frontière américaine : à Ciudad Juarez, Tijuana, Reynosa ou Laredo ; pour les zones de productions de drogue : Sinaloa, Durango, Michoacan et Guerrero ; ou le contrôle des grands points de vente et du blanchiment d'argent : CDMX, Guadalajara ou Monterrey) que selon eux, l'Etat de Zacatecas ne semble pas comporter de valeur stratégique proprement dite. Moi, je vous rapporte seulement que Zacatecas est un point de passage névralgique du sud du Mexique vers les Etats-Unis ; d'après Grillonautas toujours, nous assisterions en fait à une "guerre hégémonique", une guerre de territoire pour s'approprier le contrôle total et absolu par ces organisations criminelles du Mexique dans son entièreté (ou en tout cas contrôler plus de territoires que ses rivaux, exactement comme au Risk). En gros, ces deux cartels se feraient un devoir de se foutre sur la gueule dès qu'ils le peuvent, et y mettraient même un point d'honneur. Le média fait remarquer que cette mouvance semble se répéter désormais dans de nombreux états mexicains : Nayarit, San Luis Potosi, Aguascalientes, Guanajuato, Hidalgo, Tlaxcala, tous soumis à des affrontements sanglants ; des Etats considérés jusqu'ici comme "de faible importance stratégique" dans la guerre que se livre les narcos. En ce cas, comment endiguer la violence ? En effet, au Mexique, les choses paraissent empirer chaque année. 2021 ne fera pas exception...

 

Les années passées, le ministère du tourisme de Zacatecas décrivait l'endroit comme "sûr", regorgeant de magnifiques sites naturels.

 

Avant que le décidément très gourmand Cartel de Jalisco, dirigé par son leader El Mencho, ne jette à son tour son dévolu sur Zacatecas, la plaza était contrôlée par deux cartels différents, qui se la partageait jusque-là en bonne intelligence. Celui de Sinaloa, la faction dirigée par El Mayo Zambada, et le Cartel del Golfo. Seulement, voilà, le cartel le plus puissant du Mexique (et l'organisation criminelle la plus puissante du monde, soit dit en passant, si on exclut les talibans d'Afghanistan) c'est désormais le CJNG et celui-ci, mi-2020, voit son ennemi pour le contrôle de l'Etat de Guanajuato, El Marro, arrêté. Un pas de plus de fait vers l'hégémonie suprême et totale du señor Mencho sur tout le Mexique. Le cartel de Jalisco profite également que les têtes pensantes du Cartel del Golfo à Zacatecas se fassent capturées pour mettre la pression sur le reste du cartel, apparemment par la violence, dans un premier temps. Puis, quelque chose d'assez étonnant se produit : El Mencho contraint un Cartel del Golfo affaibli à lui vendre la plaza ; à la lui vendre, vous avez bien lu ! Ce qui revient plus ou moins à une forme d'alliance, stratégie assez rare de la part du CJNG qui préfère généralement attaquer de front et faire parler la poudre. Tout cela apparemment à l'insu de l'ancien allié du Cartel del Golfo dans l'Etat, El Mayo Zambada. C'est ainsi que le CJNG y a fait son trou, débarquant à Zacatecas clés en main pour prendre le contrôle de la région. En mars 2020, un important convoi du cartel originaire de Jalisco déboule dans la commune de Valparaíso et les désormais célèbres narcomantas (bannières de propagande) commencent à fleurir un peu partout, revendiquant le contrôle de plusieurs régions par le cartel. Ce n'était cependant pas du goût de leur ennemi, le baron mentionné plus haut, qui escomptait bien défendre son bout de gras sur place, conscient de l'appétit vorace de ces derniers. Visiblement, cette fois, aucune entente en bonne intelligence ne semble possible entre Sinaloa et Jalisco à Zacatecas, les deux ennemis héréditaires et cartels les plus important du Mexique. Fait cocu par cette alliance impromptue, c'est dans ce cadre qu'El Mayo envoie ses 700 gus en renforts dans la plaza, fin d'année 2020. Les premiers à payer le prix sont, déjà, les forces de police locales : quatre policiers exécutés dès le mois où débarque le CJNG à Valparaíso, puis on vint à déplorer les meurtres du directeur de l'entité de police locale de la commune de Juan Aldama et de son adjoint ; leur prédécesseur au poste de directeur de la police municipale avait également été assassiné l'année précédente lors d'une embuscade dans la commune de La Ciénega, avec un membre de son escorte... L'attaque doublement meurtrière c'est cette fois produit au siège même de la Comandancia de la Policia, lorsqu'un groupe d'hommes armés a débarqué à l'intérieur aux alentours de huit heures et demies et ouvert le feu. Suite à ça, seuls 4 des 11 hommes affectés sur place se présentèrent pour reprendre leur service dans la petite antenne de police locale. Le champ était libre pour les cartels.

La cruelle chasse à l'homme s'est aussi poursuivie en 2021. Le 8 novembre de cette année, deux policiers de la commune de Loreto ont été capturés par des hommes armés, cette fois encore à l'intérieur du commissariat local, avant d'être conduits par ces derniers au domicile de leur supérieur, le "directeur de la sécurité municipal", Rafael Hernandez Lopez, qu'ils ont également kidnappé sur place. Les trois hommes n'ont dès lors plus donné de signes de vie. Dans le même temps, des policiers de l'état ont été pris pour cible dans la commune de Villa Garcia alors qu'ils participaient aux recherches de leurs collègues disparus. 7 membres de cartels furent appréhendés suite aux affrontements, qui laissèrent un policier blessé. Une semaine plus tard, le 14 novembre, les corps des deux policiers kidnappés et de leur supérieur furent découverts sur la carretera federal 25, près de Asientos, aux limites de l'Etat. Ces meurtres eurent pour conséquence d'effrayer un peu plus encore leurs collègues à Loreto qui, après les faits, refusèrent tous de reprendre leur service. Probablement l'effet recherché par les cartels, puisque le groupe connu comme Operativa MZ, aux ordres de Zambada, en profita pour prendre le contrôle de la commune et parader dans les rues, libres de toute présence policière. Même cause mêmes effets dans la ville de Cuauhtémoc, qui ne compte plus aucun policier sur place depuis la découverte de dix personnes assassinées pendues à un pont de la ville. On ne peut cependant blâmer les policiers de ces petites communes qui en plus de faire face à un ennemi largement mieux équipé et supérieur en nombre, souvent même mieux entraîné, doivent faire face au manque de moyen et aux coupes budgétaires qui sapent un peu plus encore leur travail. Les sept policiers que compte la petite commune de Vetagrande se sont mis en grève au milieu de tout ce bordel pour attirer l'attention sur les quelques 3000 pesos à peine de la solde qu'ils perçoivent tous les quinze jours (donc ça fait 256 balles par mois, quand même peu pour risquer sa vie) et sur laquelle ils doivent déduire leurs frais d'équipement, entièrement à leur charge. Jusqu'à leurs uniformes, qu'ils doivent acheter eux-mêmes ! Résultat, face à ces vagues de violence, les policiers de 9 communes ont totalement jeté l'éponge à Zacatecas, privées de forces de l'ordre et livrées aux exactions des narcos ; ces villes sont : Apulco, Loreto, Monte Escobedo, Cuauhtémoc, Mazapil, Tepetongo, Villa Garcia, Villa Hidalgo et Melchor Ocampo. Bien sûr, la garde nationale a bien été déployée pour contenir ces violences, mais avant que ne parviennent les renforts en provenance d'autres états mexicains (eux-mêmes soumis à la violence des narcos) en cette fin d'année 2021, elle comptait bien trop peu d'effectifs pour couvrir un si large terrain. La ville de Cuauhtémoc comporte par exemple près de 11 000 habitants, mais plus aucun policier devant l'avancée des sicarios. 

 

 

 

 

 

Guerre de position

 

 

De ce qu'il nous parvient de cette véritable zone de conflit (d'ailleurs je ne vous la conseille pas pour y passer vos prochaines vacances), El Mayo Zambada serait engagé dans une sorte de processus de reconquête de l'Etat de Zacatecas, dans lequel le Cartel dirigé par son rival El Mencho a su s'établir de manière pérenne et efficace, nous verrons plus bas pourquoi. Les 700 à 800 gus de l'Operativa MZ reprend ainsi peu à peu du terrain, en paraissant toutefois subir des pertes. Les hommes d'El Mayo contrôleraient ainsi le Nord et Nord-est de Zacatecas (en direction de Sinaloa, même si les deux Etats n'ont pas de frontière commune), c'est à dire les régions frontalières avec les Etats de Durango, Coahuila, et Nuevo León. Mais aussi une partie Sud, à la frontière avec Aguascalientes. Au Sud-est cependant prédomine le CJNG rival, dans la région de Tlaltenango, et dans les zones bordant ses bastions de Jalisco et Nayarit, ainsi qu'au centre de Zacatecas. La principale ligne de front de cette nouvelle guerre se situe dans la sierra de Zacatecas, dans sa partie occidentale, et les villes les plus touchées par cette vague de violence sont : Jerez, Monte Escobedo, Valparaíso et Sombrerete. La ville de Loreto, également mentionnée plus haut pour avoir été le théâtre des kidnappings et des meurtres du directeur de la sécurité municipal ainsi que de deux policiers municipaux, bien que située à l'extrême sud de Zacatecas, s'est ainsi faite envahir par des membres du cartel de Sinaloa, désireux d'asseoir leur présence sur place. Selon des internautes se disant résidents de Zacatecas, on ne les apercevaient jusque-là que dans le Nord de l'Etat, avant que ceux-ci ne soient maintenant présents sur tout son territoire, jusqu'aux portes de Jalisco, le principal bastion de leurs ennemis du CJNG avec l'Etat du Michoacan. Les tensions se porteraient désormais en grande partie sur la ville de Valparaíso, sous l'emprise des hommes d'El Mencho, notamment de son leader local : El Jardinero. Si ce dernier venait à échouer à défendre la ville face aux légions de sicarios sinaloans, ceux-ci s'ouvriraient alors une voie d'accès vers Jalisco et Nayarit, ce qu'El Jardinero ne peut décemment permettre. Comme au Risk, on vous dit ! Difficile cependant de savoir qui perd ou gagne vraiment du terrain... Un internaute se disant anciennement résident de l'Etat témoigne dans un reportage de Grillonautas : "Tout a commencé il y a un an, pour la commune de Sarabia (dont nous vous parlons justement un peu plus bas), près de Jerez ; quand ont commencé à arriver ceux de l'Operativa MZ (les troupes de reconquête d'El Mayo) à bord de camionnettes blindées avec un fort équipement tactique ainsi que tout le matériel nécessaire à l'établissement d'un campement, qu'ils ont ensuite construit à proximité du village. Les mecs de l'Operativa MZ passaient jour et nuit dans notre village armés de calibre 50 à bord de camionnettes. Ils n'ont jamais manqué de respect à personne, ils saluaient tous ceux qu'ils croisaient dans la rue, ils allaient dans les 4 tienditas que comportait le village et consommaient beaucoup. Les gens ne touchaient pas mot, parce que nous nous sentions en sécurité, parce que grâce à eux a diminué drastiquement le vol de recettes qui était un vrai problème les années passées. Tout marchait bien nous nous sentions en sécurité. Mais tout a changé quand la guerre entre le CJNG et les hommes d'El Mayo est finalement parvenue jusqu'à notre village, guerre qui existait déjà, mais dans les villages éloignés du nôtre. Ceux du CJNG ont réussi à arracher des territoires aux MZ et avancer vers le Nord de l'Etat par cette région, parce que les sicarios du CJNG n'utilisaient pas de véhicules pour les combattre, et sont arrivés à pied à travers champs jusqu'au village sans être détectés par ceux de l'Operativa MZ. L'arrivée du CJNG s'est faite par surprise et ils ont tué deux MZ dans le village dans une fusillade. Depuis ce jour notre village a complètement changé, ceux du CJNG ont commencé à dépouillé les gens de leurs véhicules un par un, jusqu'à maintenant environ 13 camionnettes et un tracteur (je vois pas ce qu'ils foutraient d'un tracteur, ces cons-là). Depuis ce jour les affrontements sont quasi quotidiens, pouvant durer pendant 5 heures sans discontinuer, de jour comme de nuit, sans que le gouvernement ne se rapproche de cette région ; les maisons ont soudain été mises à sac et les gens ont commencé à partir..." 

 

 

 

"J'ai plus peur des cartels que du Covid..."

 

Chers amis, après cette lecture déjà peu réjouissante, place à l'inévitable moment statistique et comptable de ces tristes affrontements, terriblement impersonnel : fin novembre, on déplorait déjà 1 277 morts au Zacatecas (le mois de décembre n'est pas encore achevé au moment où j'écris ces lignes) en 2021, contre 920 en 2020 et (à peine) 560 en 2019, comme le rapporte le média français Sud-Ouest, dont vous pourrez retrouver l'article en français plus bas. Souvent, malheureusement, la guerre de la drogue n'est réduite qu'à ça : une triste et insipide suite de chiffres. A peine déplore-t-on l'étendu du marché de la drogue aux Etats-Unis et l'inanité des mesures prises par le gouvernement mexicain... C'est pour ça que je m'évertue à écrire et documenter le mieux possible cet article ; en n'hésitant pas à lever le voile sur les grandes figures du crime organisé, quitte à parfois en servir le mythe (comme je le fais parfois sur ce blog), vous êtes à même de comprendre maintenant les enjeux et les forces à l'œuvre derrière tous ces assassinats anonymes. Aucun média européen ne fait en effet mention de la velléité de reconquête d'El Mayo Zambada et de l'Operativa MZ sur ses territoires perdus de Zacatecas, autrefois partagés avec le Cartel del Golfo, désormais aux mains des hommes d'El Mencho ; et c'est pour moi un aveu de faiblesse, si on veut percevoir le peu de logique qui entraînent ces violences et les comprendre. Derrière ces chiffres, riverains ou assassins, bons ou mauvais (si ça veut vraiment dire quelque chose), il y a des gens derrière ! Comme il existe bien des gens qui commanditent ces meurtres, ou en tout cas la conquête d'un territoire, qui y trouvent leur compte ! Je trouve ça absurde de résumer la situation au Mexique à un simple échec de la politique (un de plus), lorsqu'on fait d'intarissables débats sur les différences religieuses ou ethniques qui dissocient les différentes factions djihadistes. 

On vous traduisait plus haut le témoignage d'un ancien habitant de Sarabia, agglomération rurale de Jerez, Zacatecas. Celui-ci nous expliquait qu'après la venue des hommes d'El Mayo puis du CJNG, les gens ont commencé à abandonner leurs maisons pour fuir le climat de violence qui s'était emparé de leur village. Dans un reportage pour Imagen Televisión, le journaliste Humberto Padgett accepte de déambuler dans les rues du village de Sarabia, hébergeant autrefois près de 100 familles. Pourquoi cette petite bourgade attire-t-elle l'attention dans un Etat de toute façon en proie à la guerre ? Parce qu'elle est devenue le symbole de l'exode de ces habitants, se changeant peu à peu en un véritable village fantôme. Seules 10 de ces familles y subsistent encore, selon une de ces dernières habitantes, pour la plupart de petits vieux refusant de quitter la maison qui les a souvent vu naître eux-mêmes ou leurs enfants... Ceux qui ont fait le choix de partir n'ont pour certains même pas eu le temps de réunir leurs affaires ; ils sont partis, tout simplement. Comme le constate Humberto Padgett en pénétrant les maisons vides de ses occupants et en examinant des effets aussi divers que des lunettes, des photos de famille ou des jouets laissés à l'abandon comme si leurs propriétaires s'apprêtaient dans l'instant à revenir. Pire encore, ils n'ont pas eu le temps de décider du sort de leurs animaux, chiens, vaches, ect..., certains parcourant encore les rues de ce village désert en quête de nourriture. Tout cela semble s'être produit au cours des 6 derniers mois. Sur les murs de ces foyers maintenant abandonnés, la marque du CJNG se fait voir par endroits, revendiquant le village comme son territoire. La femme interrogée par Humberto Padgett explique que les gens n'ont eu d'autres choix que de partir face aux enlèvements, 7 personnes disparues au total dans ce petit village. Des hommes armés les ont sortis de leur maison, on ne sait trop qui exactement. Une autre témoigne qu'ils ont déjà emmené son beau-frère, un oncle, un cousin, plusieurs de ses voisins. Tous disparus il y a environ 6 mois. Ils n'ont plus donné de nouvelles depuis. La même femme témoigne qu'elle ne se voit pourtant pas partir de Sarabia : c'est son village, chez elle. Ceux qui devaient s'en aller l'on fait depuis longtemps ; à Sarabia, il ne reste plus que des résistants.

 

 La guerre entre les sinaloans et le cartel aux quatre lettres impacte bien évidemment de plus importantes communes, tout aussi durement. On vous parlait plus haut des 9 villes laissées sans police locale affectée sur place ; à Valparaíso les fêtes régionales et de nombreux évènements ont été annulés à cause de l'insécurité, instaurant un véritable climat de terreur. Les autorités encouragent vivement à ne pas sortir à la nuit tombée, une recommandation de bon ton, en ces temps d'épidémie de Covid 19, qui n'aide cependant pas à faire passer la pilule. Si les violences se font encore plus exacerbées dans les petits villages de campagne, forçant nombre de leurs habitants à se réfugier dans les villes voisines de Valparaíso, Jerez et Tepetongo, certains n'hésitent plus à quitter l'Etat de Zacatecas et même le Mexique, pour nombre d'entre eux, choisissant d'immigrer vers les Etats-Unis, lassés de la violence des cartels. Si ça ne tenait qu'à moi, on leur accorderait à tous l'asile politique, à ces pauvres bougres. Il n'existe cependant pas, malgré mes recherches assidues, de statistiques officielles ou officieuses sur le nombre de "déplacés" qu'a d'ores et déjà engendré le conflit. La guerre de Zacatecas ; où lorsque les chiffres ne parviennent plus à suivre le désespoir des Hommes...

 

Les protagonistes

 

Cartel de Sinaloa d'Ismael Zambada / Operativa MZ :

              -Grupo Flechas 

         Créé pour l'occasion à Zacatecas, dédié à un seul objectif : la traque et l'élimination des hommes d'El Mencho. Dirigé par El Flechas, ça ne s'invente pas. Les médias soulignent qu'en pleine seconde vague de Covid 19, l'apparition de ce groupe armé est quasiment passé inaperçu. Pourtant, il sera à l'origine de nombre d'exactions survenus au Zacatecas.

                                                   

 -Grupo Azteca 

    Autre bras armé de l'Operativa MZ. Dirigé par un certain El comandante Azteca 03, tiens donc.

 

 

Los Talibanes

 

C'est en 2007 qu'Ivan Velazquez Caballero (ce type-là, au-dessus) reçu des mains de "Z-40", le numéro 2 du tristement célèbre cartel de Los Zetas (groupe d'anciens militaires déserteurs psychopathes), la distinction de "Z-50", en même temps que la charge de la plaza de Zacatecas pour le compte du cartel. C'est là-bas que l'intéressé gagna également un autre surnom, celui d'El Taliban, pour sa propension à décapiter ses ennemis. Un surnom qu'il léguera d'ailleurs aux membres de sa clique, comme ses sinistres méthodes. En effet, une fois à Zacatecas, Ivan "Le Taliban" en profita pour couper les ponts et déclarer la guerre à son ancien mentor, Miguel Angel Treviño Morales, alias "Z-40", après s'être allié avec le cartel du Golfe sur place (que d'ironie, quand même...). De sa défection découlera la création d'un tout nouveau cartel, Los Talibanes. Ivan Velazquez Caballero, anciennement "Z-50", fut arrêté en septembre 2012 lors d'une opération de la Marine à San Luis Potosi, et extradé aux Etats-Unis.

 

 

 

 

Cartel de Jalisco Nueva Generación :

 

 

                                                -Grupo Elite

 

Le Grupo Elite est le nom que l'on donne au principal bras armé du Cartel d'El Mencho, impliqué dans toutes les guerres que celui-ci décide de mener à travers le pays. Le chef de ce bras armé, à l'origine de sa création, est connu comme "El Doble R". Véritable star grâce aux narcocorridos dont il est devenu ces deux dernières années une véritable coqueluche, y compris pour des artistes originaires de Sinaloa, on ne sait cependant que peu de choses sur lui. En réalité, deux versions s'affrontent au travers de ces chansons : selon certains, il s'agirait d'un jeune homme frivole et raffiné qui baignerait dans le luxe ; pour d'autres, tout le contraire : un homme d'âge mûr se contentant de choses simples. Au final, ils ont finis par trouver un compromis ; je ne me souviens plus dans quel corrido je l'ai entendu, mais un chanteur proclamait en effet à son encontre : "je ne suis ni vieux, ni jeune, j'aime autant la bière que le Don Perignon..." Ce qui est quasiment certain en revanche, c'est que, jeune ou vieux, El Doble R ne prend part aux affrontements à Zacatecas ; en effet, celui-ci a déjà fort à faire à pacifier Guanajuato, où El Mencho l'aurait expédié. Le représentant le plus notable du Grupo Elite à Zacatecas est connu comme El Jardinero.

 

Cartel Del Golfo

 

Le cartel del Golfo est une des plus vieilles organisations criminelles du Mexique, qui avait pour activité originelle la contrebande de liqueur à la frontière américaine, nous dit Wikipedia. Comme expliqué plus haut, il partageait jusque-là la plaza de Zacatecas en bonne intelligence, dans la joie et l'allégresse, avec les sinaloans. Sauf que vlà le Mencho qui débarque avec une bonne offre à soumettre au cartel, dont les têtes pensantes à Zacatecas viennent d'être capturées. Du coup, une alliance se crée entre les deux organisations, la première venant à rompre ses relations avec le Cartel de Sinaloa. C'est la raison de la percée fulgurante d'El Mencho dans l'Etat : son alliance avec le Cartel du Golfe, établi de longue date à Zacatecas. Et la raison qui fait de Mayo Zambada le dindon de la farce. Vous voulez savoir le plus ironique ? Non, le plus ironique on le garde pour plus tard encore, mais sachez ceci : avant que chacun ne vienne à prendre parti pour un camp différent, la faction de los Talibanes et le Cartel du Golfe étaient alliés dans leur lutte contre Los Zetas, au cours de la dernière décennie. Comme quoi, ne vous fâchez jamais avec vos amis.

 

Grupo del comandante Fantasma

La faction del comandante fantasma est apparue en 2019, cette fois encore suite à une division avec le Cartel du Golfe, dont elle est issue. El comandante fantasma en avait apparemment marre de son rôle de subalterne et décidé de se la jouer en solo en créant sa propre organisation criminelle. Chose surprenante : ils ont choisi le même camp que leurs anciens alliés du Golfe dans la guerre opposant El Mencho à El Mayo à Zacatecas. Le groupe a fait de la cité de Monte Escobedo sa chasse gardée et son bastion, y instaurant la terreur, duquel l'armée tente maintenant de reprendre le contrôle, en l'absence de policiers. On ne connait pas l'identité exacte du comandante Fantasma, le plus mystérieux de tous ces protagonistes. Même à "El Doble R", le leader du Grupo Elite d'El Mencho, on attribue un nom et une photo, sans savoir s'il s'agit bien de la même personne. Pour El fantasma en revanche, rien. Le gars porte assurément bien son nom.

 

 

La guerre au Zacatecas : le bilan

 

Jouer les gros bras et débarquer en force avec son ou ses bras armés ne suffit pas ; les forces en présences ont également dû se trouver des alliés dans la zone pour prendre l'ascendant sur leurs ennemis. Pour ce qui est d'El Mencho, ce fut le Cartel del Golfo, qu'il convainquit de l'aider à asseoir sa domination à Zacatecas. Cartel del Golfo qui, on vous le disait, contrôlait jusque-là l'Etat dans une entente cordiale avec El Mayo. Mais le baron de Sinaloa n'est pas en reste ; et c'est là que nous vous révélons un détail des plus ironiques ! En effet, si le Cartel del Golfo prenait jusque-là plus ou moins le parti de Zambada, celui-ci a lui aussi décidé de la faire à l'envers à ses ennemis en concluant un pacte avec la faction de Los Talibanes, découlant jadis de Los Zetas. Los Talibanes qui eux étaient jusque-là alliés à... El Mencho ! Vous avez bien lu : Los Talibanes et le Cartel du Golfe, qui étaient eux-mêmes alliés entre eux il y a quelques années, ont chacun fait le chemin inverse en changeant d'allégeance. Le Cartel del Golfo est ainsi passé du camp de Zambada à celui d'El Mencho, et los Talibanes, de celui d'El Mencho à celui d'El Mayo ! Bref, dans le petit monde de fous des cartels, les alliances se font et se défont aussi vite, semble-t-il... Martin Del Rio Espinosa, le chef de Los Talibanes après la chute du taliban en 2012, qui avait conclu une alliance avec le chef du CJNG, a lui aussi été capturé l'année passée, permettant à Zambada d'approcher le reste de sa faction, pendant que son rival tirait profit des mêmes méthodes en soudoyant un Cartel du Golfe également affaibli. Aujourd'hui, un autre profil se distingue au sein de la faction de Los Talibanes : celui de La Madam, ou La Tosca, qui selon les rumeurs en plus de s'exhiber sur les réseaux sociaux avec des armes lourdes serait aussi une cheffe influente du groupe à Zacatecas. Aujourd'hui, impossible de savoir cependant si ces informations sont crédibles ou si la figure de La Madam n'est qu'une autre de ces légendes urbaines.

 

Ce n'est pas le cas en revanche d'El Comandante Azteca 03, leader du bras armé de l'Operativa MZ Grupo Azteca, mort au combat en octobre 2021. Apparemment, il aurait été pris dans un affrontement avec des forces de polices estatalières de différents Etats, à la limite de ceux-ci avec Zacatecas (comme quoi, quand ils s'y mettent, ceux-là !). L'affrontement en question a causé la mort de deux personnes, un membre des cartels et un membre du 40ème bataillon d'infanterie du ministère de la défense nationale (traduction littérale, je galère toujours à trouver des équivalents d'institutions en français, ne cherchez pas à comprendre). Opération qui, tout de même, a conduit à la libération de 16 personnes retenues prisonnières ; belle victoire pour les verts ! Pour ce qui est du comandante Azteca, aux ordres de Zambada, on ne sait pas trop s'il s'agit du sicario abattu sur place ou s'il a trouvé la mort plus tard suite à ses blessures.

 

Au rang des pertes à déplorer parmi les acteurs du conflit, il faut également ajouter celle du Comandante Tecolote (photo plus bas), également membre de la Operativa MZ, également adepte des réseaux sociaux, tué par le cartel d'en face. Le rôle et les attributions précises de cet homme dans le Cartel de Sinaloa demeurent toutefois inconnues.

 

 

Dans le camp d'en face, justement, c'est surtout le comandante fantasma, leader de son propre cartel mais allié à El Mencho, qui fait parler de lui. Son influence dans son bastion de Monte Escobedo est telle qu'il se permet de capturer des individus auteurs de vols et de larcins, de les menacer, puis d'obtenir leur repentir face caméra, avant de leur accorder sa grâce, dans sa miséricordieuse et infinie bonté. Evidemment, si les voleurs récidivent, pas de pardon à espérer cette fois de la part du comandante fantasma... Sinon le maigre espoir d'une mort rapide au lieu d'une longue séance de torture. Le mafieux/nouveau maire autoproclamé du village se permet même d'envoyer colis et aides alimentaire aux plus nécessiteux (une stratégie de communication bien connue des cartels mais dont ses alliés du CJNG ont depuis fait une véritable marque de fabrique) et de pondre diverses notes informatives à destination de ses nouvelles ouailles habitant Monte Escobedo. Sans police pour lui barrer la route, le gars se croit définitivement chez lui.

 

Finalement, l'étau se resserre pour la première fois depuis longtemps sur les grands pontes mafieux auteurs d'autant d'infâmie : en septembre de cette année, le gouvernement américain a annoncé tripler la récompense offerte pour toute information menant à la capture du parrain Ismael Zambada, la faisant ainsi passer de 5 à 15 millions de dollars. Il est désormais le narco pour lequel les américains offrent la plus grande récompense, derrière Rafael Caro Quintero (20 000 000 $), avec qui la DEA a un compte personnel à régler pour le meurtre de l'agent Camarena, dont on l'accuse toujours.

 

 

Dans le même temps, les Etats-Unis ont aussi annoncé offrir la prime de 5 000 000 $ (putain, à chaque fois ça me fait penser à One Piece) pour la tête d'Audias Flores Silva, du Grupo Elite d'El Mencho, plus connu sous le sobriquet de : El Jardinero. Une louable initiative, quand on sait que l'individu est probablement en charge des opérations du CJNG à Zacatecas. El Jardinero a déjà purgé une peine de 5 ans de prison aux Etats-Unis avant d'être renvoyé dans les prisons mexicaines où il multipliait les fausses identités, et d'être libéré en 2019, faute de preuves suffisantes pour le maintenir davantage sous les verrous. Il n'aura pas mis longtemps à refaire parler de lui.

 

Pour finir, chers amis (merci d'être restés jusqu'au bout), l'un des temps forts de cette année 2021 au Mexique a incontestablement été la visite du président en fonction Manuel Lopez Obrador à Zacatecas, une visite centrée bien évidemment autour des problèmes de sécurité que connaît l'Etat. C'est à cette occasion que le président mexicain a annoncé l'entrée en vigueur du plan baptisé plan Zacatecas 2, une sorte d'opération de secours de la dernière chance à destination des malheureux habitants de Zacatecas, si je devais le définir avec une pointe (amère) d'ironie. Dans les faits, on n'en est pas loin pourtant : le président a annoncé la venue de 3848 nouveaux effectifs en renfort, dont deux hélicoptères de combat qui tiennent d'ores et déjà lieu de symboles de l'absurdité et du surréalisme du conflit. A ces nouveaux effectifs déployés à Zacatecas s'ajouteront les quelques 8000 forces policières et militaires des Etats voisins, qui renforceront leur présence aux frontières de l'Etat. Depuis la visite du président survenue en ce 24 novembre, le gouverneur de l'Etat David Monreal affirme que les chiffres de la délinquance (si on peut qualifier ainsi deux armées issus d'entités différentes qui se foutent sur la gueule à coup de calibre 50) vont chaque fois décroissant ; un optimisme qui, comme le raconte le média Grillonautas, est dans les faits difficilement observable à Zacatecas. Les sinaloans comme les michoacanos à la tête du cartel de Jalisco ne comptent pas tirer un trait sur leur pré carré dans l'Etat sans tout intenter pour le défendre, et aucun observateur du crime organisé dans le pays n'est pour l'instant capable d'établir un pronostic quant à celui qui entre ces deux mastodontes ressortira vainqueur de ces sanglants affrontements. Ou même s'il y en aura un, au milieu de toutes ces horreurs.

 

 

La ville de Zacatecas, capitale de l'Etat, avait reçu l'insigne honneur cette année de se voir nommée "Capitale Américaine de la Culture 2021".

 

 

Voilà, chers lecteurs, c'est sur cette note peu réjouissante que s'achève notre article. J'avais prévu de vous parler de beaucoup d'autres choses encore, comme les fils d'El Chapo dont les têtes viennent enfin d'être mises à prix par les Etats-Unis au moment où j'écris ces lignes (ce qui peut laisser entrevoir de futures conséquences pour la suite, peut-être la fin de leur impunité), c'était sans compter, vous l'aurez compris, sur le fait que les deux plus grands cartels du pays viendraient à s'étriper dans un Etat jusqu'ici relativement préservé du centre du pays. Et ben vous savez quoi ? Ce n'est que partie remise ! J'annonce ici une partie 2 à venir, sur les faits marquants de l'année 2021 du crime organisé au Mexique, et leurs conséquences pour la suite. Bon, ça ne devrait pas arriver avant fin février/début mars prochain, mais si vous tenez toujours à comprendre l'incompréhensible et vous faire votre propre opinion sur tous ces évènements, nul doute que vous en serez aussi.

 

 

 

Mes sources (non exhaustives)

 

Mort d'El Azulito :

https://youtu.be/b7GeCgXYa-A

https://www.elfinanciero.com.mx/estados/despiden-al-azulito-hijo-del-narcotraficante-juan-jose-esparragoza-en-funeral-sin-medidas-sanitarias/

 

Mort de Javi 23 :

https://www.infobae.com/america/mexico/2021/03/31/la-misteriosa-muerte-de-el-javi-23-uno-de-los-ultimos-integrantes-de-la-celula-criminal-de-los-antrax/

https://youtu.be/3yCW5VZRTas

 

Arrestation de Emma Coronel :

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/11/30/emma-coronel-la-femme-d-el-chapo-guzman-condamnee-a-trois-ans-de-prison_6104213_3210.html

https://www.lesoleil.com/2021/12/18/femmes-de-narco-et-musique-populaire-les-ombres-et-lumieres-du-mexique-en-deux-livres-bfa441d643143c4e0b7cd10698370d89

https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/2021-02-23/qui-est-vraiment-emma-coronel-la-femme-del-chapo-interpellee-a-washington-28fe0784-8120-4db2-8995-2c6ce01d3d05

 

Guerre au Zacatecas :

https://www.sudouest.fr/faits-divers/mexique-renforts-militaires-face-aux-violences-des-narcos-7092666.php

https://www.courrierinternational.com/article/narcotrafic-letat-mexicain-de-zacatecas-submerge-par-la-violence-1-500-morts-dans-lannee

https://www.infobae.com/america/mexico/2020/09/22/juan-aldama-el-poblado-de-zacatecas-que-quedo-sin-policias-por-medio-a-los-narcos/

https://youtu.be/lFC4IKwloR4

https://youtu.be/EySTbo39KVA

https://youtu.be/a-0I0g5xmJs

 

 

 

 

Narcoculture-France/wikipedia

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