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Narcoculture-France

Blog relatif aux événements et informations de la narcoculture, relatés en français

Narcoverse : Far Cry 5 - Le jeu assassiné par la politique

Ce n'est pas un article totalement en porte-à-faux de l'actualité que nous vous proposons ici : le 7 octobre, soit dans un mois exactement au moment où j'écris ces lignes, sortira le prochain opus de la série de jeux vidéo phare d'Ubisoft, Far Cry 6. Prenant racine dans un cadre latino américain que vous me savez cher, plus particulièrement celui de l'île de Cuba (en fait une île fictive rebaptisée Yara mais s'en inspirant largement), il sera par la suite temps d'en consacrer une chronique plus large sur notre blog tant la franchise s'évertue depuis 2013 et son troisième opus à dépeindre une certaine organisation du trafic de drogue international et sa consommation bien sûr (si vous avez joué aux différents jeux vous savez forcément de quoi je parle). A tel point que le dictateur himalayen de son quatrième opus (en fait un ancien membre des triades hongkongais) en faisait une pierre angulaire de son régime totalitaire et propulsait ainsi son trafic au cœur des luttes intestines que dépeignait le jeu. Autre exemple : la consommation de substances psychotropes a été largement saluée par certains experts préhistoriens lors de son itération Far Cry : Primal pour son aspect réaliste. Mais il ne s'agit pour le moment de faire une rétrospective de la série, tant que le sixième opus n'a pas encore livré tous ses secrets (on peut déjà remarquer que la drogue semble moins omniprésente que dans les précédents opus, sans doute pour aller à contre-courants des clichés stigmatisant les peuples latino-américains ; à la place nous devrons lutter contre la culture d'une plante censée soigner le cancer). Je vous demande cette fois de vous replonger en 2018, plus précisément le 26 mars, date de sortie de son cinquième opus et année bénie du jeux vidéo (Red Dead Redemption 2, le moins pire des récents Assassin's creed : Assassin's creed Odyssey, Shadow of the Tomb Raider, Kingdom Com : Delivrance, et Far Cry 5, donc...) Rarement nous avions connus une année aussi faste dans une industrie stéréotypée où les chasses aux dragons et les niaiseries japonaises ont souvent chasse gardée, justement... Le cinquième opus de la saga Far Cry se déroulait donc au Montana, gigantesque état américain à la frontière avec le Canada, et traitait d'une secte religieuse commettant des exactions sur la population motivées par les prophéties apocalyptiques de son énigmatique leader Joseph Seed, en gros. Jusque-là rien de bien clivant, me direz-vous ; c'est omettre un détail d'importance : en effet en 2018, rappelez-vous, cela faisait à peine un an que Donald Trump venait d'accéder au pouvoir, cristallisant les craintes de nombreux pessimistes et/ou crédules. Tout de suite, le cadre rural du jeu, dans "cette Amérique d'après", a été associé à une partie de l'électorat de l'homme politique ; témoignant bien, s'il fallait encore le prouver, que les bobos blancs athées des grandes villes perdent tous leur moyens dès lors qu'il s'agit de dépeindre l'existence rurale de leurs compatriotes. Ben non, la campagne c'est pour les croyants incultes du tiers monde qui ne possèdent pas la connaissance des occidentaux, bien entendu... Bref, dès que le Montana, associé qui plus est à un mouvement religieux, a été annoncé dans Far Cry 5 comme partie intégrante de son scénario, le jeu a aussitôt cristallisé les attentes d'une partie de ces militants de gauche et d'extrême gauche comme un réquisitoire bienvenue contre l'électorat de Trump, à cette période trouble. Sauf qu'il n'en était rien (ce qui, vous le verrez, attisera leur courroux par le suite, c'est le sujet de cet article), puisque tout cet imbroglio découle de ce quiproquo originel : Ubisoft, éditeur français expatrié en grande partie au Québec, pitchait son jeu de la sorte, à quelques mois de sa sortie : "une plongée dans le Montana sauvage et dans un conflit vous opposant à un culte survivaliste"... Un culte survivaliste. Il n'en fallait pas davantage pour perdre les plus incultes, justement. Aussitôt, ces propos ont été déformés (à dessein ou inconsciemment influencé par cet espoir de revanche contre l'électorat de Trump, je vous laisse juger au cas par cas) pour laisser place à : "un conflit vous opposant à un culte de suprémacistes". Survivaliste/ Suprémaciste... Vous voyez la couille, là ? Un bel exemple de notre cher téléphone arabe, non ? Bien évidemment ces deux termes n'ont pas du tout la même signification et cette erreur fut à l'origine du traitement souvent injuste que se verra infliger le jeu par la suite. En gros cela donnait : "ils sont où mes rednecks ? J'ai acheté le jeu pour casser du raciste, moi ! On est bien chez Donald Trump, ou pas ?!"... Effarant de bêtise. Et la plupart des critiques de la presse française et internationale étaient plus ou moins dans le même ton (plus ou moins...), déplorant (une fois n'est pas coutume) les visages basanés "de noirs ou de latinos" au sein de cette secte suprémaciste (entre autres défauts, notamment de redondance et de game design inhérents au média). Sauf que s'ils avaient ouvert un dictionnaire, ils auraient su, tout comme un nombre conséquent de personnes, que le survivalisme signifiait : "les activités de certains individus ou groupes d'individus se préparant à une catastrophe éventuelle (catastrophe naturelle, crise économique, crise sanitaire, ect.) à l'échelle locale ou globale, voire à un événement potentiellement cataclysmique..." ; et que cela n'avait clairement rien à voir avec les quelques tarés prônant la guerre des races que le terme opposé désigne. Survivaliste/ Suprémaciste... Bon, j'ai ouvert Wiki et pas un dico, c'était plus rapide hein, mais la démonstration l'emporte quand même...

Survivalisme :

Les survivalistes se préparent en apprenant des techniques de survie et des rudiments de notions médicales, en stockant de la nourriture et des armes, en construisant des abris antiatomiques, ou en apprenant certaines techniques de bushcraft afin de s'abriter, se réchauffer, avoir de l'eau potable et se nourrir en milieu sauvage ou hostile (chasse, cueillette, production de feu).

Le mouvement émerge aux États-Unis dans les années 1960, sur fond de guerre froide. Il a plus récemment évolué en néosurvivalisme, qui est davantage un mouvement porté sur l'autonomie et l'indépendance par rapport au système économique global, et sur une plus grande proximité avec la nature1.

 La prédiction d'un changement radical en décembre 2012, issue d'une interprétation du calendrier maya, a ravivé également les préparatifs des survivalistes religieux7. Plus généralement, cette peur d'une grande catastrophe est celle de la peur de la mort.

 

Merci Wiki, au rapport. Heil Hitler ! A merde, non, ça n'a rien à voir... La faute à ces bobos blancs anti-chrétiens (mais pro-musulmans, souvent, curieusement ; au moins il n'ont pas tous les défauts) qui feraient mieux d'apprendre à lire avant de critiquer un jeu dont ils n'ont même pas pris le temps de lire avec suffisamment d'attention le résumé. Ainsi, on a pu entendre ces propos fallacieux repris un peu partout par les acteurs traditionnels du secteur, comme par la célèbre starlette et critique de jeux vidéos Julien Chieze qui évoquait une lutte contre "un culte de suprémacistes blancs" lors de sa Preview du jeu, ou par un autre youtubeur, Jean-Baptiste Show, qui déplorait dans son test le manque de parti pris sur "la religion, la place des armes et le gouvernement fédéral aux Etats-Unis" ; mais la palme revient à une obscure chaîne youtube d'extrême gauche, Osmosis, tenus par des bobos à l'accent yankee impeccable, tout contents d'exhiber leurs beaux habits en coton équitable, qui pour "contextualiser" le cadre de Far Cry 5 se penche pendant plus de 20 minutes sur l'évangélisme (par le prisme américain, bien sûr), l'assimilant aux mouvements sectaires et moquant la religion en général, pour parvenir à la conclusion que le jeu passe complètement à côté de son sujet, en venant même à se poser la question du "cautionnement" de celui-ci quant "à un discours qu'il tente maladroitement de critiquer". Traitant le postulat de Far Cry 5, je cite à nouveau, "de lâche et même dangereux" (dans son manque de critique de la droite et l'extrême droite). La folie dans toute sa splendeur. D'autant plus lorsque l'on sait qu'ils en viennent a contrario à saluer la qualité du merdique Ghost Recon Wildlands (sorte de sous Far Cry 5 dans lequel apparaît un postiche de Chino Antrax, auquel nous consacrerons une chronique prochainement). Bref, chacun (enfin les gauchos hein ! Non pas les cow-boys argentins, ceux qui ne font pas classe, les "cotons équitable", toujours) voulaient y voir midi à sa porte en fonction de ses convictions politiques et du degré de ressentiment que lui inspirait l'élection de Donald Trump. C'était sans compter sur le studio québécois, qui choisit de frapper là où on ne l'attendait pas : à contrecourant des mouvances wokes, comme on les appelle aujourd'hui, loin du déferlement de haine qu'ils nous imposent régulièrement sur les réseaux sociaux. Au contraire, Far Cry 5 est plutôt tolérant vis à vis de la religion (un parti pris suffisamment rare pour être souligné), l'épargnant dans la grande majorité de son discours, mais également vis à vis de ces populations rurales dépeintes comme des personnes simples davantage en harmonie avec la nature et une certaine forme de consommation pérenne et régulée (tu sais où tu peux te le mettre ton coton équitable, connard !). A une époque où les enjeux du réchauffement climatique n'ont jamais été aussi importants, dans une œuvre de fiction traitant d'une certaine idée de la fin du monde et de la civilisation, il me semble tout naturel que Far Cry se montre plus compatissant avec les autochtones de ce coin perdu du Montana que vis à vis de ces étudiants narcissiques des grandes métropoles qui passent leur vie entre leur ordinateur et les réseaux sociaux, se targuant de voyages aux quatre coins du monde à bords de gros porteurs ultra polluants. A l'instar de Red Dead Redemption, les "campagnards" sont plus dépeints comme des gens jouissant d'une forme de savoir méconnue des citadins et des bienpensants, ce qui aura pour conséquence vous l'aurez compris d'irriter ces derniers. Ne cherchez pas beaucoup plus loin pour expliquer la majeure partie des critiques qu'a subi le jeu quant à son scénario, ce parti pris original et salvateur étant davantage perçu comme "un aveu de faiblesse" de la part du studio, dont les cadres ont la réputation d'être traditionnellement encrés à droite, à cette époque qui pouvait paraître anxiogène pour de jeunes esprits tournés vers les Etats-Unis. Avec un antagoniste gourou de secte se prenant pour le Jésus Christ des temps moderne, on ne peut m'enlever de l'esprit que certains, sous l'éclairage de notre époque contemporaine, n'attendaient que cette occasion pour voir le dit prophète associé à l'image d'un charlatan. Il faut dire que si le nazaréen revenait de nos jours, il n'y aurait plus grand monde pour le prendre au sérieux... Et non, passez votre chemin, pas de bashing des confessions judeo-chrétienne ici ! Le démontage en règle attendu et espéré n'aura pas lieu, si ce n'est évidemment celui que subira le jeu à sa sortie.

 

 

Mais outre sa vision toute subjective du survivalisme et du mode de consommation dit "traditionnel", quelle histoire Far Cry 5 cherche-t-il à nous présenter : pourquoi ne pas avoir critiqué ces sales tarés d'évangélistes (dont les gabachos pensent qu'ils se cachent seulement aux Etats-Unis) ou ces fachos à la base de l'électorat de Donald Trump s'il s'agissait de leur véritable inspiration ? Et pourquoi la secte comporte-t-elle des membres d'ethnies diverses ? Est-ce véritablement scandaleux, ou cela fait-il seulement de Far Cry 5 un mauvais jeu ? Rien de tout cela, messieurs. En vérité, le scénario de ce Far Cry tant décrié s'inspirait, comme Ghost Recon Wildlands et sa vulgaire parodie de l'affaire Camarena l'avait fait un an avant lui, d'une histoire vraie. Celle du siège dit de Waco, et de la secte des Davidiens, contrôlée par un gourou qui, tiens, c'est curieux, ressemble étrangement à celui du jeu. David Koresh, Joseph Seed, même combat, même rhétorique, il y a visiblement une accointance entre les deux... 

 

 

 

 

                                                             Greg Bryk, interprète de Joseph Seed      

 

L'unique velléité de ce Far Cry était en réalité de nous proposer une histoire originale basée sur ce sordide faits divers, qui, comme tout bon postulat de jeux vidéo, devait nécessairement comporter une myriade d'armes automatiques, d'explosions meurtrières et de méchants très méchants avec lesquels il est inutile de perdre son temps en négociation. La négociation justement, le leader de la secte des Davidiens l'aura fait durer plus de 50 jours, promettant tour à tour de se rendre ou de libérer des otages parmi son groupe (ce qu'il fera pour un certain nombre d'enfants de sa communauté) alors que le FBI érige un véritable blocus, à grand renfort de tanks et véhicules blindés, autour de son compound baptisé Mont Carmel et siège de sa secte. Cette situation insoluble débute alors qu'un stock de grenades destiné à la secte des Davidiens est découvert par un simple postier. Violant ainsi la loi sur la réglementation des armes, l'agence destinée à réprouver ce type d'infractions, l'ATF, est dépêchée sur place pour appréhender les membres de la secte et son leader, David Koresh. Ils infiltrent même un agent au sein de cette dernière pour engranger un maximum d'informations. Seulement, alors que l'ATF décide de mener l'assaut contre leur quartier général, et que l'agent en question parvient à s'exfiltrer de là-bas sans trop attirer l'attention, les Davidiens flairent le piège à l'approche des remorques pour chevaux dans lesquelles se cachent les forces d'intervention. C'est un véritable feu nourri qui les accueille. Pendant plus d'une heure, et alors que des milliers de munitions sont tirées, les Davidiens parviennent à repousser l'ATF, faisant 4 morts et 20 blessés dans leurs rangs, jusqu'à ce que ces derniers soient contraints à se replier. L'opération est un échec total, le FBI prendra ensuite le relai. Cette sombre journée fait échos au début de l'aventure de Far Cry 5, où un Marshall des Etats-Unis épaulé de quatre shérifs font irruption dans la base sécurisée de la secte pour arrêter son leader. Mais là aussi rien ne se passe comme prévu ; trois agents se font capturés, au terme d'un crash d'hélicoptère et de milliers de munitions tirées (on est dans un jeu vidéo, hein). Explosions en pagaille et sacrifices désespérés des membres de la secte viendront ponctuer le prologue, établissant en quelque sorte un parallèle avec la réalité. Au long du siège de Waco, David Koresh exige à plusieurs reprises que ses sermons soient diffusés à la radio et à la télévision. Le FBI accédera à sa requête à au moins deux reprises, en échange de la libération d'enfants prisonniers à l'intérieur de Mont Carmel. Et devinez quoi, la rhétorique de ce sinistre individu est exactement la même que celle du personnage du jeu. En gros, il prêchait la fin du monde, exhortant les membres de son groupe à se repentir et se préparer à celle-ci, de la même manière que notre secte survivaliste. Selon lui, reprenant des passages du Nouveau Testament, l'équilibre du monde reposait sur sept seaux, qui conduiraient inévitablement à la fin du monde s'ils venaient à être ouverts... Tiens, j'ai déjà entendu ça quelque part.

 

 

 

Pour composer sa secte imaginaire et ses personnages, Ubisoft a fait appel à une sommité en la matière : Rick Alan Ross, écrivain et spécialiste des mouvances sectaires aux Etats-Unis, qui, lors d'une interview promotionnelle du jeu pour jeuxvideo.com, mentionne à la volée la Colonia Dignidad (secte établie au Chili) ou encore les Rajneeshees, qui en Oregon ont également eu maille à partir avec la population locale, comme source d'inspiration potentielle. Néanmoins aucun de ces groupes ne partagent autant de caractéristiques communes avec le culte de Far Cry que celui des Davidiens, dont l'impressionnant arsenal comportait des centaines de fusil d'assaut et d'armes de guerre. Pour conclure le récit de ces derniers, après avoir fait la sourde oreille aux multiples tentatives de médiation de la part des autorités, et alors que le FBI s'apprêtaient à lancer un second assaut après avoir déployé des gaz lacrymogènes à l'intérieur du sanctuaire sécurisé, David Koresh donne l'ordre d'incendier les lieux, alors même que vingt-cinq de ses propres enfants se trouvent encore sur place. Preuve qu'il était prêt à tout. Il donne également l'ordre à ses subordonnés d'exécuter tous les membres de la secte encore présent, y compris lui-même, avant de retourner leurs armes contre eux. Le Mont Carmel se transforme en un gigantesque brasier où brulent bientôt les corps des Davidiens et de leur leader. La tragédie du siège de Waco aura coûté la vie à 82 Davidiens et duré 51 jours. On peut donc aisément comprendre la volonté de certains de voir le procès de ce genre d'extrémisme dans le jeu, n'eut été la récupération politique dénoncée plus haut et l'amalgame avec l'évangélisme et l'électorat de Donald Trump. Je m'amuse aussi de la réaction de quelques journalistes assermentés spécialistes du jeux vidéo, dont certains s'étonnaient de voir le minois basané des membres de la secte, ignorant sans doute que les Davidiens comportaient plusieurs membres de différentes ethnies, afro-américains ou asiatiques, et probablement aussi latino-américains. D'ailleurs l'agent de l'ATF infiltré dans leurs rangs se nommait Robert Rodriguez (non, pas le pote de Tarantino) ; un patronyme hispanique qui fait échos aux apparentes origines latino-américaines des agents de l'ATF présent ce jour-là témoignant dans divers reportages. Certes, il est de notoriété publique que le Texas est bien plus cosmopolite que le Montana, et ce bien que les faits remontent à une trentaine d'années maintenant, mais il n'est pas étonnant de voir cette belle diversité retranscrite dans Far Cry 5, au vu du faciès de certains Davidiens. Les Rajneeshees, responsables de l'attaque bactériologique de The Dalles en 1984, obéissaient eux au gourou indien Rajneesh Chandra Mohan Jain, autant dire qu'ils n'avaient rien à voir avec l'extrême droite que beaucoup auraient pourtant aimé (étrangement) voir représentée ici.

 

 

 

Tout cet imbroglio pour une simple erreur de lecture : survivalistes/suprémacistes ; du coup, le jeu décevra immanquablement les attentes de nombreux militants (comme nos amis de la piètre chaîne youtube précédemment citée) qui dénonceront un scénario timide et expédié qui ne traite pas son sujet. On dirait les commentaires de mes profs au collège sur mes expressions écrites de 70 pages... Qui ne traite pas son sujet ? Mais lorsqu'il s'agit d'implanter pléthore de personnages féminins et homosexuels, comme dans les récents assassin's creed, on prêche justement la liberté de création de ses auteurs ! On ne leur impose pas un cahier des charges ou une ligne de conduite à tenir, eux ! Même lorsque cela va à l'encontre du bon sens (des femmes chefs grecs ou vikings à la tête d'armées entières, homosexuelles, non mais sérieusement plus kitsch tu meurs)... Les scénaristes de Far Cry 5 n'ont-ils pas, eux, le choix de ce qu'ils veulent traiter ? Visiblement, ça ne fonctionne pas dans les deux sens. Et laissez-moi vous dire que le survivalisme, le jeu le dépeint parfaitement : philosophie des principaux antagonistes bien sûr, mais aussi de nombreux alliés, élément phare de la culture locale de ce coin fictif du Montana, parfois mêlé de religion comme d'athéisme, le traitement de ce mode de pensée est pour le moins ambivalent et consensuel tout au long du scénario, à des lieux du manichéisme citadin qu'on cherche souvent à nous imposer. Les gentils d'un côté, les méchants de l'autre ; le cancer de notre époque ! Comme si nuancer ne semblait plus importer, désormais, tant que la ligne de front idéologique demeure tenue. Si une partie du jeu traite du conditionnement des soldats qu'un esprit mal intentionné pourrait reprendre à son compte, une autre se faisait plus fantaisiste : celle impliquant l'unique antagoniste féminin (très réussi) du jeu, Faith Seed. Sa région, en proie à la culture d'une drogue dévastatrice (tiens, tiens) tirée d'une mystérieuse fleur, impliquait des combats contre des hordes de toxicomanes, véritables morts-vivants, omniprésents dans la culture populaire de la dernière décennie. Et oui, la seule velléité de Far Cry 5 étant de proposer un monde et une histoire articulés autour de ce fantasme de la fin du monde, il s'agissait d'un passage obligé. Comme un parallèle avec l'une des meilleurs œuvres contemporaines sur le sujet, The Walking Dead, série atteignant aujourd'hui un certain degré de médiocrité dont la seconde saison aura portant touché le firmament. Et il ne s'agit pas uniquement des hordes de toxicomanes morts-vivants ; le terrain de jeu, entre forêts oppressantes et ranchs cernés de cultures dignes de celui d'Herschel Green se rappellera constamment à vos souvenirs de la série d'AMC. La prison réhabilitée en quartier général attaquée par des hordes de fanatiques et de presque-zombies, commandée de surcroît par un shérif jouant systématiquement avec le rebord de son chapeau et peuplée de personnages dispensables, achèvera de vous en convaincre. Le jeu, divisé en 3 actes indépendants, se permet ainsi dans l'un d'eux de jouer les Walking Dead simulator prenant place dans un "univers réaliste", pour notre plus grand plaisir. Et il n'y a pas de merde ou de message politique à soulever, ici (C'EST UN JEU, BORDEL !), sinon la réécriture d'un sordide fait divers et l'hommage à une série populaire. C'est pas cette bouse de Game of Thrones, ça c'est sûr... Mais comme à l'époque il suffisait de foutre des zombies un peu partout, rajoutez des dragons en 2020 et tout le monde sera content. De toute façon, je n'attends plus rien d'une société qui s'extasie devant les spots de 2 heures et demie de la société Marvel, moi ! Bref, bien que le final du jeu est aujourd'hui connu de tous, on ne vous spoilera pas ici ; si ce n'est pour vous avertir qu'à mon sens, le jeu semble véritablement pensé en deux parties distinctes, complété l'année suivante par son spin-off Far Cry New Dawn qui sortira donc en 2019, pour percevoir pleinement la richesse de son scénario dans son entièreté. Un scénario axé sur le survivalisme et la fin du monde, donc, occasionnellement sur les sectes, mais nullement sur les suprémacistes ou une quelconque forme de racisme. Et Dieu merci, parce que l'actualité se charge suffisamment de nous prendre la tête avec ça ; ne vaut-il pas mieux se tourner vers un sujet plus fantasmagorique pour une œuvre de divertissement ? La caractéristique même de la saga Far Cry... Fantasmagorie et divertissement ; références à la culture populaire aussi... "Il s'appelle Buck (non, pas l'hippogriffe) et ça rime avec fuck", commentait ainsi (déjà) le héros du troisième opus.

 

                                       Un militant pro-Trump dans son milieu naturel

 

Je vous dirige présentement vers cet excellent article, très complet, si vous souhaitez un second avis :

https://theconversation.com/limaginaire-sectaire-dans-la-pop-culture-far-cry-et-les-davidiens-94241

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