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Narcoculture-France

Blog relatif aux événements et informations de la narcoculture, relatés en français

Narcotidien : Mes 10 meilleurs narcocorridos

 

 

 

10- El balido de mi ganado / Los tucanes de Tijuana

https://youtu.be/bjoe-KrhEUo

Composé comme une vaste menace à l'encontre de quelques obscurs ennemis, le corrido de Los Tucanes déroule son fiel au long des quelques 3 minutes que dure ce dernier, dans un exercice de style qui n'est pas sans rappeler ce qui se fait dans le hip hop du monde entier, la voix autotunée en moins... Ici pas de biographie de narco à l'horizon donc, ni de récit d'évènements s'étant réellement produits, mais la voix reconnaissable entre mille de l'ami Mario Quintero, menaçant de mort, ou à défaut de représailles, ceux qui auraient le malheur de s'attaquer à lui. Manque plus que Kaaris sur son mur de parpaings ; "moi, je n'ai pas de famille, pas d'amis, dans cette chienne de vie..." ; et on s'y croirait presque. Curieusement, si les deux styles se rejoignent ici sur le fond, la forme est bien évidemment diamétralement opposée : on reste ici sur du norteño, éloge autant à la vie rurale qu'à celle de narco, accordéon en main. Les champs, les récoltes et les chevaux, le quotidien du ranchero, colt à la ceinture, évoque davantage un western de Sergio Leone que la vie de barrio dépeinte par les rappeurs et leur clique/cirque. Et ça fait du bien : un peu d'évasion dans la Sierra du Sinaloa, même si une balle peut vous faucher à chaque instant ; c'est du moins la morale qui imprègnent généralement ce type de chansons. Mais si comme moi le peu de bagages neuronales qu'apportent avec eux ces mojados africains dans ces cités de bétons tout droits sortis de l'esprit torturé de peintres du 19ème siècle suicidaires vous déprime plus surement qu'une mort de toute façon imminente, causée par les balles d'un sicario juvénile ou d'un soldat de Daesh, dans la Sierra ou le désert implacable, les narcocorridos sont faits pour vous. Bon, comme exemple, il faut dire que je n'ai pas choisis le moins talentueux des rappeurs de notre pays, et qu'on ne peut décemment reprocher à ces derniers de conter une vie rurale qu'ils ignorent et méprisent de toute façon, sur fond d'accordéon... A vous de voir pour quel univers vous avez le plus d'appétence ; ici on ne juge pas, vous êtes libres d'écouter la musique qui vous plaît, après tout ! Néanmoins, avec cet instrument faussement guilleret, comme un pied de nez à la mort, revêtant parfois dans ses accords les plus stridents de sinistres allures satanistes, lorsque le corrido invoque la figure de La Santa Muerte ou de Satan en personne, les narcocorridos ont, je le défends, une profondeur que peine à égaler le gangsta rap et son bit abrutissant. Les "kalash" deviennent des "cornes de bouc" (référence au chargeur étendu de l'AK, semblable à la forme d'une corne de bouc), "les chiennes qui sucent comme des aspis de chez Dyson" des "belles brunes" ou des "jolies dames", et des "lambos" des "lambos", ça, ça ne change pas. Pour faire court : si Dr No existait dans notre monde piètrement classieux, il boirait du Château Petrus et écouterait des narcocorridos, un point c'est tout. Ah, et son arme de prédilection serait bien évidemment un Luger à la crosse en ivoire ; un peu d'allure et de personnalité, merde !

 

 

 

 

 

 

 

9- El cartel de Medellin / El Puma de Sinaloa

https://youtu.be/yLASdMFbj6s

 

Malgré son instrumental vieillot, spécificité inhérente aux corridos et au genre norteño, c'est bien en 2014 que Freddy Bojorquez, alias El Puma de Sinaloa, sortit ce corrido dédié, comme son nom l'indique, au "Cartel de Medellin". Un peu tard donc, vingt ans après la mort de son leader Pablo Escobar, mais avec ses airs de corrido rétro, on pourrait croire qu'il date du vivant de ce dernier, à l'époque de l'hégémonie des colombiens sur le trafic de cocaïne. Chose intéressante dans cette ballade, loin de se concentrer sur "El patrón del mal", comme aurait pu le faire pléthore de rappeurs, "El Cartel de Medellin" dresse ici un portrait des têtes pensantes de l'organisation dans son ensemble ; un modèle que l'on retrouve d'ordinaire pour dépeindre les pérégrinations du Cartel de Culiacan. Tonio Cabrera, Fabio et Jorge Luis Ochoa sont de ceux-là, même si le corrido s'attarde plus particulièrement sur "El Mexicano" Gonzalo Rodriguez, et son triste épilogue. Comment "avec une grenade il s'est donné la mort, avant que dans un autre pays il n'aille souffrir"... Tous les protagonistes de la série Narcos sont réunis avant l'heure, si l'on peut dire. On appréciera d'autant le clin d'œil à l'organisation criminelle disparue, de la part d'un vieux de la vieille de Culiacan.

 

 

 

 

8- El jefe de jefes / Los Plebes del Rancho

El jefe de jefes - Los Plebes del Rancho

 

C'est en 2015 que se produisit l'un des drames qui émut le plus le monde de la musique norteña. La mort du jeune chanteur Ariel Camacho, connu pour des titres comme El Karma, El señor de los cielos et un large répertoire de ballades romantiques, à la suite d'un accident de voiture. Agé de seulement 22 ans, Ariel était considéré par d'aucuns comme le plus emblématique et prometteur de la jeune génération de chanteurs norteños, la figure de proue de Angel Del Villar et de DEL Records, un digne successeur du "roi", Chalino Sanchez. On peut d'ailleurs noter entre les deux artistes une vague ressemblance physique et surtout, plus saisissant, une similarité dans le caractère atypique de leurs timbres de voix. Roi indétrôné du genre corrido, Chalino Sanchez trouva lui-même la mort à l'âge de 31 ans, séquestré et assassiné par des inconnus vêtus en policiers. Tous deux figures incontournables de leur époque, fauchés dans la grâce et la fleur de l'âge ; le triste schéma semble se répéter pour celui qui était l'homme en vogue du répertoire norteño, alors… Une perte d'autant plus douloureuse qu'elle intervint alors que Ariel rentrait d'un concert auquel il n'était pourtant pas censé participer, sinon comme simple spectateur, avec quatre de ses amis dont deux perdront également la vie dans l'accident. Quelques mois auparavant, le jeune homme avait déjà réchappé d'un accident de voiture, et se disait alors, sur son lit d'hôpital via les réseaux sociaux, "impatient de retrouver les belles jeunes femmes et la scène". On ne compte plus les hommages qui lui seront adressés suite au drame, de la part de collègues aussi illustres que Lenin Ramirez, Gerardo Ortiz ou encore le fils de Jenni Rivera. Mais les plus saisissants seront sans conteste ceux des membres de son propre groupe, Los Plebes del Rancho de Ariel Camacho (rebaptisé plus simplement Los Plebes del Rancho), orphelins de leur talent, qui s'évertueront néanmoins à faire perdurer le groupe et lui rendre hommage. Après 2015, le groupe poursuit sa carrière musicale malgré de nombreux bouleversement et jusqu'à aujourd'hui : séparation avec DEL tout d'abord, puis changement de tubiste et enfin de chanteur, avec la défection de José Manuel Lopez Castro en 2018. Les anciens frères d'armes de Ariel Camacho finiront par se dispatcher aux quatre coins de la scène musicale norteña... Mais avant cela, ils nous auront tout de même gratifiés de quelques bons corridos, comme c'est le cas ici, puisque nous tenions à mettre plus particulièrement le curseur sur la ballade que le groupe a dédié au chef du cartel de Jalisco Nueva Generacion : "El jefe de jefes". Et c'est le chanteur scissionnaire qui en est le principal interprète, accompagné de la base de guitare et de tubas brut de décoffrage caractéristique du groupe. Pour fans de norteño uniquement, cela va sans dire.

 

 

 

 

 

7- Rafa Caro / Tercer Elemento

Rafa Caro - Tercer Elemento

On vous le dit direct : on a assez peu apprécié le traitement du personnage de Rafael Caro Quintero dans la première saison de Narcos : Mexico ; tout comme la performance globale de Michael Peña pour incarner sa némésis, l'agent de la DEA Enrique Camarena. Et ce, alors même que le traitement imparti à ce dernier soit plutôt juste, que ce soit dans la travail d'écriture des scénaristes ou les faits avérés qu'ils prétendent relater. Malheureusement l'ami Michael, plus habitué aux comédies, ne parvient pas à rendre ce personnage suffisamment attachant ni se départir de son air austère au fil des épisodes, écrasé par le sérieux de son rôle. Quant à l'intéressé, Rafa, et bien disons que la série a préféré se concentrer sur la légende urbaine du "narco amoureux", parfois (souvent) au mépris de la véracité des évènements ; on peut d'ailleurs emmètre la même critique à l'égard de son interprète Tenoch Huerta (très bon dans Sin Nombre) qu'à l'ami Michael Peña. On le redoutait en apercevant la frimousse imberbe d'indien de l'acteur dans la bande annonce : les scénaristes de Narcos livrent ici une version antipathique et tout aussi austère du narco de Badiraguato, se conformant aux stéréotypes de l'indien taiseux "en contact avec les forces de la nature"... On le croirait en train d'aiguiser un pieu en bois en se demandant lequel de ses acolytes poignarder tout au long de la série, ou tout droit sorti d'un album de Tintin. Le cliché typique de l'indien, quoi ! A mille lieux du caractère jovial et sarcastique que démontra le véritable Rafa à la suite de son arrestation, lors d'une ubuesque conférence de presse qu'il donna en prison, ou de la loyauté qu'il témoigna à ses complices à cette occasion.

"-Quels sont vos rapports avec Don Neto ? 

-Je n'en ai aucun... Je ne le connais pas, monsieur."

On peut dire que ça, c'est de l'allégeance : accepter de purger ses 28 années de réclusion sans jamais mettre en cause ses anciens acolytes. A contrario, dans la série, Rafa semble un élément ingérable du Cartel de Guadalajara, que Miguel Angel est tenté d'évincer ; pas tellement en accord avec les faits, donc. Au moins, seul bon point a apporter à cette autre série que tout le monde a déjà oublié : dans "El Chapo", le premier épisode s'ouvrait sur Miguel Angel et Amado sur leur canap' qui remerciaient l'ami Rafa en entendant cette déclaration à la télé. Bon, je pars ici du principe que vous avez déjà vu la série et que ça ne vous dérangera donc pas de vous faire spoiler ; une curiosité de cette première saison de Narcos : Mexico est le fait que Rafael Caro Quintero n'est pas présenté comme le meurtrier de l'agent Camarena, alors même qu'il en fut reconnu coupable et qu'il purgea pour ces faits une peine de 28 ans de prison. Evidemment, l'intéressé a toujours nié l'avoir "séquestré, torturé et assassiné"; une version qui n'est peut-être pas si éloigné de la vérité... En effet, une certaine aura de mystère entoure aujourd'hui encore la mort de l'agent Camarena, qui aurait put compromettre une bonne partie du trafic du Cartel de Guadalajara alors en cheville avec la police secrète, la DFS. Des rumeurs affirment même que la CIA serait derrière le coup (ben tiens, original, ça...), ou aurait au moins cautionner le sacrifice du malheureux agent, à une époque où l'agence entretenait (ou aurait entretenu, vous le prenez comme vous voulez) des liens nébuleux avec les cartels de la drogue colombiens dans le cadre de leur lutte contre le communisme en Amérique centrale. Toujours est-il qu'après qu'un tribunal de Jalisco ait prit la malheureuse initiative de procéder à la libération du narco en 2013, dans un imbroglio bureaucratique, les Etats-Unis cherchent aujourd'hui à lui remettre la main dessus et lui faire payer le meurtre qu'il aurait commis contre un des leurs. Jusqu'à récemment placer la prime colossale de 20 millions de dollars sur sa tête, la plus élevée pour un baron de la drogue. 41 ans après les faits...  En attendant, si vous souhaitez vous plonger dans l'histoire du narco de Badiraguato de manière plus authentique qu'en suivant les pérégrinations de sa mouture dans Narcos, je vous conseille d'entendre ce corrido très célèbre que lui dédièrent Tercer Elemento et Grupo Efectivo. Tous les moments forts et les déclarations de son inoubliable conférence de presse de 1985 y figurent, jusqu'au désormais mythique : "je crois qu'ils se sont trompés, comme le dit cette ballade ; je n'ai pas tué Camarena..."

-"Pourquoi vous être dédié au narcotrafic, Rafael ?

-Je ne sais pas...

-Pour l'argent facile ?

-Rien n'est jamais facile dans la vie, mademoiselle."

 

 

 

 

 

6- Damaso / Gerardo Ortiz

Damaso - Gerardo Ortiz

 

 

A titre personnel, j'avoue préférer l'omniprésence de l'accordéon aux corridos con banda. Néanmoins, il suffit de quelques notes de ce corrido de Gerardo Ortiz pour m'ambiancer direct ; et non, ça n'a rien à voir avec le rappeur de troisième zone Damso... Dédiée au fils de Damaso Lopez (alias El licenciado), lui aussi nommé Damaso Lopez (alias El mini licenciado), la ballade dépeint le caractère enjoué de ce jeune homme passionné de grosse cylindrée et par les belles femmes. Et accessoirement, par la musique norteña, ce qui est un bon point à apporter à son crédit. Jusque là, rien de bien original... Mais "Damaso" est plus qu'une ode à la fiesta ; comme souvent avec les corridos, c'est surtout une véritable allégeance au clan du ranch d'El dorado, comme au parrain de l'intéressé... Un certain Joaquin Guzman, ça ne vous dit rien ? Il se trouve que Damaso Sr était le directeur adjoint de la prison de Puente Grande, de laquelle le baron moustachu s'est échappé avec son concours en 2001. Désormais grillé auprès de l'administration, il a rejoint après coup le patron du Cartel de Sinaloa, jusqu'à devenir un de ses plus proche conseiller. Et, détail des plus intéressant, comme dans les corridos en l'honneur d'Alfredo Beltran Guzman, ceux del Mini Lic mentionne copieusement la relation de ce dernier avec les deux fils aînés d'El Chapo, avec qui il jouait enfant et entretenait une amitié de longue date, avant d'à son tour leur déclarer la guerre pour s'arroger le pouvoir à la suite de la recapture de leur père. Quelques semaines après l'arrestation de Damaso Sr en 2017, et alors que venait de commencer une série d'affrontements entre le père et fils Damaso et les rejetons d'El Chapo, Mini Lic s'est résigné à se rendre aux autorités américaines. Aujourd'hui, il est emprisonné aux Etats-Unis en attente de son procès et collabore avec les autorités ; celles-ci doivent constamment le changer de prison, ayant été sous la menace de plusieurs ébauches de tentatives d'assassinat plus ou moins avancées de la part des fils de son parrain, depuis son incarcération. Les chansons, impartiales, chroniques de temps révolus, sont bien souvent tout ce qui perdure de l'amitié et parfois des liens de parenté qu'entretenaient entre eux ces capos, à l'époque où on pouvait encore boire un verre de Buchanan's sur la terrasse de son ranch sans craindre les balles.

 

 

 

 

5- Javier de los llanos / Calibre 50

Javier de los llanos - Calibre 50

Paradoxe que de placer, dans mon top de mes 10 meilleurs corridos, et bien qu'il soit l'un des groupes les plus populaires au Mexique, un que j'affectionne au final assez peu... Non pas que Calibre 50 soit un mauvais groupe, loin sans faut ! Mais comme on dit, pour être un bon artiste, il ne suffit pas de savoir chanter juste, mais que votre voix soit reconnaissable entre mille. Pourquoi Eminem est-il aussi populaire, d'après vous ? Parce qu'il est blanc ? Ouais, c'est possible... Mais Snoop ne l'est pas, lui, blanc, que je sache ! En règle générale, et pour continuer avec le parallèle du hip hop que j'ai choisis d'adopter tout au long de cet article, le public a davantage tendance à privilégier l'originalité, ce qui fait la particularité de l'artiste. C'est le reproche que l'on peut à contrario faire à Calibre 50, disposer d'une voix somme toute banale dans la musique norteña (personnellement je n'ai jamais pu différencier le chanteur du groupe avec celui de Voz de Mando)...  Leur répertoire, essentiellement composé de ballades fictives moralisatrices sur l'émigration aux Etats-Unis ou comme il est mauvais de devenir narco, joue également un grand rôle dans l'affection assez restreinte que je leur porte ; il en faut pour tout le monde, comme on dit ! Mais il faut dire que les thèmes qu'ils abordent le plus souvent me parlent d'ordinaire assez peu. Néanmoins je dois admettre que Calibre 50 dispose d'un argument de poids dans sa besace : une qualité d'écriture peu commune, peut-être la meilleure dans la musique norteña. Honnêtement, je n'ai que rarement vu de lyrics aussi lyriques, si vous me permettez le trait d'esprit ; ce qui ne peut que me faire regretter qu'ils n'interprètent pas davantage de narcocorridos, mais passons... Calibre 50 se distingue par la maturité et le romantisme de leurs paroles, chaque fois qu'ils décident de conter les louanges d'un narco ou de la vida recia. Le paroxysme de ce don inégalé est sans aucun doute le corrido qu'ils dédièrent à Javier Torres Felix, frangin d'El Ondeado. Ouais, Manuel le taré en personne. Croyez-moi, croyez-moi pas, mais avant que Don Manuel ne devienne un des 3 grands chefs de la sécurité du Cartel de Sinaloa, et ne se trouve embringué dans les sombres évènements précurseurs de la guerre de 2008, qui coûteront la vie à son propre fils, son frangin disposait d'une plus grande notoriété. A tel point que celui que d'aucuns considèrent comme le meilleur chanteur de corridos de tous les temps, "Le roi" Don Chalino Sanchez, lui dédia un corrido. Emprisonné depuis 2001, son frère prendra donc le relais sur le devant de la scène jusqu'à ce que celui-ci ne trouve la mort en 2012, dans un combat contre les militaires venus le capturer. Pendant que l'ami Javier accomplit sa peine au Mexique, encore au moment où j'écris ces lignes, même si sa libération ne devrait plus trop se faire attendre maintenant, après 20 années. C'est ce jour prochain, bénédiction des dieux, dont fait mention le corrido de Calibre 50 : "Javier de los llanos". "Javier" pour Javier Torres donc, "los llanos" parce qu'il s'agit du ranch paumé où ils ont vu le jour avec son frère au Sinaloa. En substance, voici ce que raconte la dite ballade :

"Comment ça va, Javier ?

Ici tout roule

Quel plaisir de t'entendre j'espère que tu vas bien

Que racontent les gens là-bas à Culiacan ?

Tes proches demandent : quand est ce que tu reviendras ?

Tu te souviens de ce poulain espagnol ?

Qu'est ce qu'il est bon pour la danse, il est devenu un bel étalon

Comme me manquent le ranch et l'odeur de l'herbe,

dormir dans les champs à la belle étoile,

Les jours où je marchais entre les sentiers

avec mes armes lourdes

bravant la sierra, soulevant de la poussière et protégeant ma terre

(Refrain)

Un orchestre qui me souhaite la bienvenue

Une étreinte qui guérisse mes blessures

Les mauvais jours sont passés

Je suis Javier et je suis de retour parce que maintenant,

Maintenant c'est mon tour

J'ai des cheveux blancs et pas à cause de l'âge

J'ai envie de bosser

Que ça ne vous étonne pas

Je vous le jure celle-ci c'est mon année

Si je reviens, je reviens prendre les commandes

C'est ce que vous dis le petit Javier

Javier Torres de los llanos."

 

 

 

 

 

4- El taquicardio / El komander

El taquicardio - El Komander

Souvent raillé pour sa surcharge pondérale, tel Dimitri Payet par chez nous, voire ses airs de métrosexuel alcoolique, Alfredo Rios "El Komander", nonobstant ce petit quelque chose de ridiculement kitsch qui semble lui coller à la peau, est incontestablement le plus iconique chanteur de corridos et de narcocorridos de ces dernières années. Seul son rival Gerardo Ortiz semble être en mesure de lui voler la vedette et revendiquer lui aussi ce titre ; dans les années 2010 (le sommet de leurs carrières respectives) les deux se tiraient en effet la bourre, chacun effigies de deux labels concurrents, les plus important en ce qui concerne la musique norteña : Rios chez Twiins Culiacan, et Ortiz chez DEL. Les deux n'ont d'ailleurs jamais collaboré ensemble jusqu'à ce qu'Ortiz ne claque la porte de DEL, à grands renforts de scandales et de perquisitions du FBI concernant des litiges financiers l'opposant, de ce que j'ai compris, au PDG Angel Del Villar. Il n'empêche que El komander détient l'avantage dans leur rivalité amicale, comme sur les autres chanteurs de narcocorridos, point de vue médiatisation... Bon, peut-être pas sur Los Tucanes, mais là n'est pas le sujet... Lorsqu'il faut illustrer la page Wikipedia du genre "narcocorrido" (auquel votre serviteur a GRANDEMENT participé dans sa version française, du moins), quel artiste choisit-on pour illustrer ces ballades dédiées aux membres des cartels ? El Komander, bien sûr. Et quand France 24 fait un reportage sur ces chansons, quel artiste prennent-ils en exemple ? El Komander. Lorsque Netflix a besoin d'un artiste proche de cet univers pour promouvoir sa série Ozark auprès du public latino, à qui demandent-ils de composer quelques vers pour la bande annonce ? L'ami Komander, toujours. Et quand les scénaristes d'Ubisoft Paris cherchent à s'inspirer d'un chanteur de corridos existant pour leur artiste fictif du jeu Tom Clancy's Ghost Recon Widlands, de qui s'inspirent-ils ? Oui, El Komander. En fait, il ne manque plus qu'un son de celui-ci dans GTA pour que le palmarès soit complet. Le putain de doublé coupe/championnat ! Mais on espère que cette tare sera tôt ou tard palliée avec la sortie du prochain titre de Rockstar en 2053, même si, à choisir, on mettrait bien une petite pièce sur la présence de Los Tucanes dans le jeu. En attendant, on s'enjaille à écouter et réécouter l'un des corridos les plus emblématiques du chanteur originaire de Jalisco, "El Taquicardio" ; une vaste blague sur la vie de cocaïnomane et comme c'est bon de s'en mettre plein les narines. Ouais, comme souvent avec El Komander, ça ne vole pas très haut, malgré ce qu'il dit dans sa chanson.

 

 

 

 

 

3- Palma Salazar / Gerardo Ortiz

Palma Salazar - Gerardo Ortiz

Parfois seules quelques notes de musique suffisent à provoquer chez ses auditeurs cette trance mystique, héritage de temps immémoriaux, comme c'est le cas (du moins pour votre serviteur) dès que retentissent les premières notes d'accordéon de "Palma Salazar". Racontant, ce n'est pas une surprise, l'histoire du narcotrafiquant éponyme. Si, vous savez, le gars blondinet que l'on retrouve entre autre dans la série El Chapo en tant que compère de celui-ci, ou la série Narcos, ou encore sous un autre nom, dans La Griffe du chien. Le narco au destin éminemment tragique, on n'en dira pas plus ici, mais vous savez peut-être à quoi je fais référence... Interprétée à l'origine par Gerardo Ortiz et composée par Jesus Chairez, un très bon chanteur qui excelle cependant en tant que compositeur, à qui l'on doit des narcocorridos mythiques tels que : Soldado Imperial (pour Cheyo Antrax), ou encore Recordando a Manuel, la ballade de "Palma Salazar" a connu un nombre pléthorique de réinterprétations, chacune se différenciant des autres par l'apport d'une touche personnelle de son interprète. Parmi les plus fameuses on peut bien sûr citer celle attribuée à la seule femme chanteuse de narcocorridos de la décennie, la mignonne artiste/youtubeuse/influenceuse Nena Guzman, dans un style très respectueux de la version de Gerardo Ortiz. On regrettera d'autant plus la disparition de cette dernière sur la scène des narcocorridos, traditionnellement plus enclin à chanter des ballades romantiques, et qui préfère semble-t-il aujourd'hui se consacrer à ses réseaux sociaux. En plus de cette dernière, le groupe norteño montant de l'année 2020, Edicion Especial, en est également allé de son grain de sel pour livrer une version du corrido plus mélancolique et romantique qui, lorsqu'on connaît un peu l'histoire de Hector El Güero Palma, vous prend véritablement aux tripes. Peu importe la version ou l'artiste que l'on affectionne, "Palma Salazar" est l'un de ces corridos intemporels qui j'en suis convaincu perdureront dans les prochaines années, subissant moult mutations au besoin. Ce n'est pas un hasard si une vidéo traîne sur Youtube où l'on aperçoit le jeune artiste mexicain à la mode, interprète de corridos tumbados et rappeur à ses heures perdues, chanter le corrido de Palma Salazar lors d'une fête privée. Le talent de Jesus Chairez sera reconnu, même si on ne peut le réduire à ça, au moins aussi longtemps qu'il existera des narcos et des chanteurs pour mettre en vers leurs exploits. Et si vous souhaitez vous ambiancer à votre tour sur le corrido, sachez qu'il reviendra bientôt sur le front de l'actualité, avec la libération imminente du narcotrafiquant malchanceux dont il raconte les péripéties.

 

 

 

 

 

2- La leyenda del Coronel / Los Cuates de Sinaloa

La leyenda del coronel - Los Cuates de Sinaloa

 

A chaque fois, j'ai une petite larmichette pour l'ami Nacho... Ignacio Nacho Putain de Colonel, ou Coronel, de son vrai nom, hein, moi je traduis juste ce que ça veut dire... L'oncle de la dernière épouse d'El Chapo ; si, vous savez, la bombasse, là... Bref, connu à l'époque comme le 4ème plus haut gradé du cartel de Sinaloa, les corridos sur lui ne manquent évidemment pas. Et c'est tout particulièrement son triste final qui en est la pierre angulaire. Imaginez un peu : alors qu'il est tranquillement pieuté sur son canap' à voir les Tigres de Monterrey se faire défoncer le fion par Clube America, le silence... Le genre de silence qui fait dire à ces péteux de James Bond ou Ethan Hunt que c'est décidément "trop calme, soudain"... Nacho se lève et va jeter un coup d'œil à la fenêtre. Et se retrouve alors nez à nez avec tout le bataillon d'infanterie qui a investit son quartier pour le choper. Les bâtards progressent en silence, tout du moins dans un silence relatif puisque les blindés ont été appelés en renfort ; du reste, ils ont fait évacuer toute sa rue. Pas un seul civil présent dans la zone. Une scène de guerre. Seul le Colonel n'a pas été mis au parfum, pas sûr qu'il apporte un cake à la prochaine fête des voisins. Les militaires, à grand renfort de porte-voix le somment de se rendre. Imaginez le tableau... Qu'auriez-vous fait, vous ? Vous auriez obtempéré et bouffé la moquette en sachant que vous passeriez les prochaines décennies derrière les barreaux ? Sans même voir le troisième but d'America ? Hein, hein, pas le genre du Colonel. Il chope le M16 qu'il garde à portée de main et, tel John Marston, sort affronter son destin. L'assaut est donné, et vu les forces déployées, les blindés et tout ça, et ben... Inutile de vous dire que Nacho ne part pas favori ! Il tue néanmoins un soldat et en blesse deux autres (un gravement, l'autre légèrement au pied) avant de succomber sous les balles du bataillon. Combien de temps il a fallu d'après vous, pour qu'au Sinaloa ils en fassent une chanson ? L'exemple le plus remarquable est "La leyenda del Coronel", de Los Cuates de Sinaloa, vus dans Breaking Bad notamment. Le corrido se concentre sur la vie du narco originaire de Durango, plutôt que sur son tragique et à la fois remarquable dénouement. Ce qui n'est pas le cas d'un second, tout aussi fameux, sobrement intitulé : "Nacho Coronel" ou "La muerte de Nacho Coronel" (Grupo escolta), je ne vous fait pas un dessin... Mais comme disent Los Cuates dans les ultimes vers de leur corrido : "Nacho n'est pas mort, il vit dans nos cœurs".

 

 

 

 

1- El Famoso Chino Antrax / Lenin Ramirez

El famoso Chino Antrax - Lenin Ramirez

 

Le meilleur chanteur de sa génération chantant les louages d'un des personnages les plus incroyables que le crime organisé n'aie jamais connu... C'est l'association de ces deux artistes extraordinaires, chacun dans son domaine distinct, qui est à l'œuvre dans cette ballade d'un exceptionnel lyrisme : "El famoso Chino Antrax", tribulations du narco du même nom. Et cela ne donne rien de moins que le meilleur narcocorrido de tous les temps, à mon sens ; bien que la réunion au sommet entre l'ami Lenin et le défunt Chino Antrax aurait pu accoucher d'une souris, le chanteur originaire de Culiacan fait montre de tout son talent pour conter l'histoire de celui que bon nombre de chanteurs avant (et après) lui se sont évertués à dépeindre. On peut même dire qu'avec El Chapo, El Mayo Zambada et El Mencho, le petit Chino occupe le peloton de tête parmi les narcos bénéficiant du plus grand nombre de corridos à sa gloire ; des plus lyriques, cela ne fait en tout cas aucun doute. On préfèrera néanmoins la version norteña (base d'accordéon) du corrido de l'ami Lenin Ramirez, à celles avec banda ou en playback sur notes de guitare qu'il gravera par la suite. Si les paroles ne réinventent pas le genre, la voix suave du maestro s'accorde à merveille aux accords graves/aigues de l'accordéon pour témoigner du destin peu commun du leader du bras armé Los Antrax. Si vous êtes déjà passé par ce site, vous n'ignorez certainement pas l'admiration que je porte à celui qui, en plus d'avoir survécu à un nombre conséquent d'attentats et de tentatives de capture (toujours le sourire aux lèvres), s'est rendu immanquable sur les réseaux sociaux en multipliant les conquêtes autour du monde, au terme de la sanglante "guerre de 2008" dans laquelle la plupart de ses complices et amis d'enfance ont trouver la mort. Une véritable leçon de maître, quand le citoyen de base, le glandu lambda, loin de toute cette luxure et infâmie, cherche à se confronter à ses problèmes autrement plus triviaux sans les laisser le submerger. Un lance-roquettes dans une main, une bouteille de champ' dans l'autre, ainsi voyait-on passer Rodrigo Gamboa El Chino Antrax dans la Sierra, et dansant sur du norteño bien évidemment ! Car dans ce monde où la mort peut survenir à chaque instant, rien n'est tiède ni pondéré : l'excès se fait la règle. C'est ce destin extraordinaire entre glamour et barbarie que dépeint le corrido del maestro Lenin Ramirez. Tout ceci et plus particulièrement l'amitié entre deux hommes : l'intéressé et Vicente Zambada, "le fils du patron" ; le dernier ayant recruté le premier, un ami d'enfance d'un de ses frères, pour servir de garde du corps à la famille à partir de 2005. Une amitié serait née entre les deux, patron et subordonné, comme avec chacun de ses frères, jusqu'à ce que Chino Antrax ne soit finalement arrêté à Amsterdam, en décembre 2013. Une arrestation qui ne doit rien au hasard : la police néerlandaise, soutenue par Interpol, elle-même pilotée par la DEA américaine, était au courant de son arrivée dans le pays à l'occasion de la Saint Sylvestre, puisque l'agence des narcotiques le tenait à l'œil depuis un bout de temps. Depuis que Vicente, 4 ans plus tôt, ne soit lui-même arrêté et ne balance aux autorités américaines ses plus fidèles complices ? Les rumeurs en tout cas disent que Rodrigo était de ceux-là, et que c'est à cette occasion que celui-ci a commencé à attirer l'attention des autorités américaines, par la trahison de son patron et ami. Quoi qu'il en soit, l'allégeance de Chino à Vicente est copieusement mise en avant dans les ballades à sa gloire, et les références aux fils de Zambada ne manquent pas. Comme dans les autres corridos du talentueux Lenin Ramirez en l'honneur de Rodrigo ; en effet, "El Famoso Chino Antrax" n'est pas le seul de la nouvelle figure de proue de DEL Records à conter la vie de ce dernier. Parmi les plus fameux on peut citer : "Somos gente de Zambada" (en dueto con Regulo Caro), "Recuerdos del R" ou encore "Cuento Chino" (con Revolver Cannabis, à l'époque du poto Carlos.) Le talentueux chanteur a même eu l'occasion de rencontrer Chino Antrax de son vivant, avant sa chute à Amsterdam ; en témoigne une courte vidéo de quelques secondes dans laquelle apparaît Lenin et un homme supposé être le célèbre narco interprétant ensemble un corrido aux lyrics bien barbares du groupe Otro Nivel, dans ce qui semble être une boîte de nuit de Culiacan. Rien d'étonnant puisqu'en grand amateur de corridos, Chino s'était lié d'amitié avec de nombreux groupes et artistes, notamment dit-on avec le groupe de norteño Triple Norte, qui lui dédia de nombreuses ballades par la suite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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