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Narcoculture-France

Blog relatif aux événements et informations de la narcoculture, relatés en français

NarcoChronique - Un film sur La Barbie annoncé avec Danny Trejo

NarcoChronique - Un film sur La Barbie annoncé avec Danny Trejo : qui est ce sicario du Cartel de Sinaloa ?

 

 

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Son nom ne vous est peut être pas familier, ou au contraire peut-être pas inconnu, ce qui est certain c'est que malgré ses prérogatives somme toute classiques au sein du cartel sinaloan, le tueur à gages dénommé La Barbie à la côte dans la presse et le cinéma de l'autre côté del muro. Et pour cause : Edgar Valdez Villarreal (de son véritable patronyme) est natif de la nation à la bannière étoilée, plus précisément de la ville de Laredo, au Texas. Jusque là, rien de bien extraordinaire ; d'autres sicarios du cartel sont eux aussi nés de "l'autre côté", comme les frères Redel et Chris Castro, le premier étant connu comme Pocho Antrax, le premier justement d'une longue liste des lieutenants du gangs des Antrax à avoir sacrifié sa vie lors d'une des plus meurtrières batailles conséquence de la guerre de 2008 et qui a fait pas moins de 25 victimes, en 2010. D'autres non moins célèbres faisant partie du même bras armé comme René Velazquez alias Sargento Phoenix et Francisco Arce Rubio alias Pancho Arce, auraient jadis respectivement immigrés dans les villes de Phoenix et de Los Angeles avant de revenir au Sinaloa intégrer le cartel local. Non, il ne faut pas se voiler la face, l'une des principales raisons qui explique la popularité de La Barbie aux Etats-Unis tient avant tout à son physique : le bougre, en plus d'une carrure imposante dans laquelle se reconnaissent nombre d'américains, à la peau aussi blanche que le cul d'une none ; pas vraiment le teint mexicain, donc... C'est d'ailleurs à cause de ses cheveux blonds, que les collègues de Valdez Villarreal l'ont ainsi surnommé La Barbie. Forcément, pour Hollywood et la presse américaine, un gros narco aux yeux bleus est forcément plus télégénique si le public yankee peut se reconnaître dans ses sinistres "exploits". Pourtant, le texan n'est de loin pas la figure la plus emblématique du cartel ; je le dis depuis toujours, mais une fiction sur la vie de Rodrigo Gamboa El Chino Antrax apparaît comme une évidence et livrerait à n'en pas douter, des scènes d'anthologie. Il n'est toutefois pas à exclure que ce dernier tienne un rôle de choix dans le biopic de La Barbie (annoncé en 2020, nous y revenons plus bas) : Rodrigo était en effet le chef et le fondateur des Antrax, bras armé chargé de la sécurité d'El Chapo et d'El Mayo Zambada, au moment même où La Barbie dirigeait leur équivalent dans le cartel rival, la toute nouvelle organisation Beltran Leyva. Ces deux sicarios sont connus comme les hommes de l'ombre, les petites mains à l'œuvre lors de la sanglante guerre de 2008 qui découla de la dispute des barons précédemment cités. Une opposition entre Edgar Valdez, son impressionnante masse graisseuse et ses cheveux blonds, et Chino Antrax, avec son physique à la Cristiano Ronaldo (son modèle) et son teint de Bangladais, ne manquerait pas d'apporter de beaux paradoxes à l'écran. Tous deux, rappelons le, étant réputés pour leur grande barbarie comme leur courage au combat... Les voir tous deux s'affronter, gilet pare-balles scotché à la poitrine et AR15 au poing dispensant chacun des ordres à leur faction, promet donc un spectacle de choix pour tout spectateur un tant soit peu au fait de ces sinistres évènements. 

                                                       

Chino Antrax, sur ses réseaux sociaux

                                                                      

La Barbie

 

Parcours sup'

 

Toutefois, sa couleur de peau seule n'explique pas l'engouement du public américain autour de ce personnage des cartels ; il faut dire que son parcours (sans être, encore une fois, le plus remarquable de cette sphère de figures hautes en couleurs) a tout d'une série Netflix, la propagande homo en moins. A Dallas, où il a fait sa scolarité, Edgar était un joueur de football américain reconnu au niveau universitaire (il faut dire que son physique atypique doit aider). Promis, même, si on en croit certains, à une belle carrière dans le milieu pro, si une prétendue blessure au genoux ne l'avait à jamais écarté des terrains. Que ce dernier point soit ou non véridique (un peu trop mélodramatique tout de même pour qu'on puisse l'affirmer), toujours est-il qu'il est certain que l'ami Edgar se soit mis à dealer cannabis et autres substances illicites dans son état texan natal avant d'y être recherché pour les mêmes faits, le contraignant à gagner le Mexique, d'où ses parents étaient originaires. Là-bas, il aurait pris contact avec de la famille éloignée, avant de se lancer dans l'exportation de drogues et de marchandises prohibées à destination des Etats-Unis. Valdez est un autodidacte. Plus étonnant encore, malgré son parcours et le fait qu'il ne soit pas né dans le pays, le texan a toujours su se mettre bien avec les pontes de la mafia locale, dont on dit qu'il fut toujours très apprécié. Jusqu'à, finalement, entrer au service d'Arturo Beltran Leyva, un lieutenant assez haut placé du Cartel de Sinaloa. On le rappelle, les têtes pensantes de la dîte organisation étaient à l'époque Joaquin Guzman Loera El Chapo, Ismael Zambada Garcia El Mayo, Juan Jose Esparragoza Moreno El Azul, et Ignacio Nacho Coronel. Au sein du cartel de Sinaloa, La Barbie est comme mentionné plus haut un maillon très apprécié des grands leaders, et bien qu'ayant commencé sa carrière criminelle dans le trafic de drogue à proprement parler comme dans l'exportation de produits illicites, il se charge également pour eux de la "sécurité", en particulier pour son mentor Don Arturo. En quelque sorte, il fait le chemin inverse de celui de son futur concurrent Rodrigo Aréchiga Gamboa El Chino Antrax, à cette époque simple garde du corps qui se verra chargé de former le nouveau bras armé du Cartel, jusqu'à prendre de plus en plus de responsabilités et gérer les acheminements de drogue à destination des Etats-Unis. La Barbie devient un sicario, un tueur à gages, un porte-flingue, et selon ses propres dires et le portrait que l'on fera de lui par la suite, il ne recule jamais devant la violence, bien au contraire. Mais l'entente ne dure pas entre les pontes du cartel, et les responsables de leur sécurité ont de plus en plus fort à faire. C'est la guerre de 2008.

 

Guerre de 2008, Los Negros et Chute

 

Pour résumer, la guerre de 2008 oppose le clan Guzman/Zambada et consorts à la faction des frères Beltran Leyva, désireux de créer leur propre organisation et s'arroger le pouvoir. Les amis d'hier deviennent les ennemis de demain, si l'on peut dire. Car les liens qui unissent les Beltran au chef le plus renommé du cartel de Sinaloa ne s'arrête pas à des décennies de collaboration au sein du cartel : l'un d'eux, Don Alfredo, n'a épousé nulle autre que la nièce d'El Chapo, et son fils, Alfredo Jr, est donc un cousin de ses rejetons. Les frères sont également très liés au plus fidèle associé de ce dernier, j'ai nommé Ismael Zambada. Mais ça n'a rien d'étonnant, après tout ; l'une des répliques les plus mémorables de Narcos : Mexico (très bonne série, s'il en est) intervenait dans la saison 1 par l'intermédiaire de l'inusable voix off sarcastique et maniacodépressive. En substance, elle disait : "tous ces putains de narcos forment une grande famille, ils sont tous cousins, neveux ou filleuls de toute façon..." Cette remarque était on ne peut plus juste. D'ailleurs, l'un des fils Zambada, Serafin, est le filleul d'un autre rival de son père, Amado Carillo "le seigneur du ciel", chef du cartel de Juarez, mais il s'agit là d'une autre histoire. Bref, comme tout ce beau monde est originaire de Badiraguato ou des alentours, ça ne tarde pas à péter dans la zone. Chino Antrax est mandaté pour former la défense des Guzman/Zambada, et la riposte de leurs ennemis est assurée par nul autre que... La Barbie. Du moins, il s'agit du sicario le plus célèbre à voir prit le parti des Beltran Leyva, fidèle jusqu'au bout à son mentor Don Arturo. Ce dernier peut être considéré comme le leader du cartel des frères Beltran Leyva, au nombre de 4 : Alfredo, Hector, Carlos et Arturo, donc. Tous seront, au terme de leur guerre les opposants à la branche originelle du cartel de Sinaloa, soit tués, soit capturés. La dite guerre aurait d'ailleurs débuté entre les capos au moment où Joaquin Guzman aurait renié son alliance avec les Beltran en livrant la position de son parent Alfredo aux autorités, provoquant sa capture, contre un peu de sursis pour lui et le reste de son organisation. C'est ainsi que débute la sanglante série d'affrontements de "la guerre de 2008",  provoquant lors d'une des batailles les plus meurtrières entre les deux parties la mort de part et d'autre de 25 sicarios et de l'ami Pocho Antrax, originaire de Los Angeles, on vous en parlait plus haut. Puis, comme démontré dans une autre série (pourtant de bien moins bonne facture que Narcos), "El Chapo", pour ne pas la nommer, le narco qui donnera son nom au futur show de Netflix conclut un pacte avec le gouvernement local et l'armée du Mexique pour bouter le tout nouveau cartel des Beltran Leyva. En effet, pendant un temps, les actions de l'armée se concentreront en majeure partie sur l'éradication des ennemis de Guzman ; ce sera chose faîte à la fin de l'année 2009 avec la mort du leader de la fratrie dissidente, Arturo Beltran Leyva, lors d'une opération controversée de la marine.

 

Il est inenvisageable que les sanglants évènements mentionnés plus haut ne soit pas mis en scène dans la fiction traitant de la vie de la Barbie, tant on sait que les attaches qu'il maintenait avec son mentor Don Arturo et les autres chefs du cartel, devenus aujourd'hui pour la plupart tous des célébrités, étaient aussi fortes qu'inattendues. Selon toute logique, cela constituerait même le "clou du spectacle", mais il ne faut pas sous-estimer la propension du cinéma américain à mettre en avant de belles tranches de patriotisme made in américa en illustrant en premier lieu la vie d'un banal universitaire américain destiné à devenir narco, comme de potentielles scènes faisant la part belle au sport ridicule et incompréhensible qu'ils ont le culot d'appeler "football"... Mais alors, que lui arrive-t-il à l'ami Barbie, après ses débuts dans le crime organisé et la très meurtrière guerre de 2008 ?

 

 

C'est à partir de 2010, alors que l'organisation des Beltran Leyva connaît encore quelques sursauts d'orgueil à opposer à leurs rivaux sinaloans malgré la disparition de leurs chefs, que La Barbie fonde sa propre organisation, Los negros, émancipée du cartel Beltran Leyva, qui dispute le contrôle du territoire de Guerrero et Morelos à Los Zetas. Un cartel qu'il connaît bien, puisque d'après "El Rey" Zambada, le frère d'El Mayo Zambada, le texan aurait assassiné le frère du chef de l'organisation mafieuse de paramilitaires avant même d'entrer au service de Don Arturo, en 2002. Il faut dire que jamais, au grand jamais, Los Zetas n'a cessé de faire chier son monde et de s'en prendre (entre autre) au cartel de Sinaloa depuis sa création. Alors même que la guerre de 2008 faisait rage, de sanglantes batailles opposaient l'organisation d'El Chapo à Los Zetas dans la ville de Nuevo Laredo, à un saut de puce transfrontalier de là où naquit La Barbie. Il s'agit décidément d'une histoire de frangins puisque apparemment, le propre frère de ce dernier se serait également vu tué en représailles, à peu près au moment de la création de sa nouvelle organisation. Il devait s'agir cependant d'un illustre inconnu, que Edgar devait avoir entraîné dans son sillage, car il n'en est que rarement fait mention dans les biographies du capo comme dans les corridos à sa gloire. Si vous me permettez une petite transgression chers amis, car si ce n'est pas le premier de nos articles que vous lisez vous savez à quel point je suis un fan de ce genre musical, il n'existe que très peu de chansons contant la vie de La Barbie, et elles sont souvent de bien piètre facture. Une seule, en réalité, est véritablement réputée : le corrido que lui a dédié Roberto Tapia, sobrement intitulé, comme toujours, "corrido de La Barbie". "Je suis très reconnaissant et je me sens aussi fier de faire partie du cartel le plus grand et le plus fort ; Culiacan je suis avec toi, je le dis toujours de bonne grâce..." chante la voix lancinante de l'ami Roberto à son sujet. "Apprécié par El Mayo, El Mochomo (le surnom de Don Alfredo) et El Chapo, Arturo Beltran l'aime comme s'il était son fils...", dit même le refrain. Mais les choses ne sont pas jouasses bien longtemps pour Edgar Valdez Villarreal ; quelques mois après la création de Los Negros, alors qu'il profite allègrement de son nouveau pouvoir et de sa fortune, il est arrêté le 30 août 2010 par la police fédérale mexicaine près de Mexico. Paradoxalement, cet évènement marque le début de sa légende et va le faire passer à la postérité. Ce même jour, tous découvrent grâce aux caméras de télévision couvrant l'évènement la stature d'un géant aux cheveux châtains/blonds, flanqués de deux militaires masqués de la Guardia Nacional, un sourire narquois sur le visage. La Barbie semble ouvertement se moquer de la situation, et l'image fait le tour du Mexique avant de taper dans l'œil du public américain, pays vers lequel il sera extradé 5 ans plus tard et condamné à purger une peine de 49 ans de prison. Il s'agit d'une des peines les plus lourdes prononcées aux Etats-Unis à l'encontre d'un membre du crime organisé mexicain ; jugé en 2018, le narco né en 1973 et aujourd'hui âgé de 47 ans n'a que peu de chances de respirer à nouveau l'air libre, à moins de vivre aussi vieux que Ernesto Fonseca Carrillo Don Neto, placé en résidence surveillée au Mexique pour raisons de santé en 2016 à l'âge de 86 ans, et actuellement libéré de ses obligations envers la justice. Si l'accord d'extradition entre les Etats-Unis et le Mexique exclut de facto la peine de mort à l'encontre du prévenu, La Barbie, au vue de sa nouvelle popularité et des faits qui lui sont reprochés, peut tout de même s'estimer heureux de ne pas figurer parmi la liste de capos condamnés à une peine de réclusion à perpétuité, dans laquelle figure notamment les noms d'El Chapo, Alfredo Beltran Leyva, Damaso Lopez El Licenciado et Francisco Javier Arellano Felix. Comme ce dernier, La Barbie peut néanmoins espérer une hypothétique réduction de peine à l'avenir, pour sa collaboration avec la justice. En effet, dès le jour où il a été arrêté, Edgar Valdez a fait montre d'une transparence envers ses activités et d'un bagou qui a contribué à faire ressortir un peu plus encore son profil atypique. A la presse, il donne une interview le jour même et ne cessera d'incriminer d'autres capos ainsi que des politiciens par la suite. Tant et si bien qu'on dit à présent de lui au Mexique qu'il s'est changé en soplón, en balance, et qu'il a trahi jusqu'à la mémoire de Don Arturo et du Cartel Beltran Leyva par ses délations. Destins croisés ; le parallèle avec son homologue du Cartel de Sinaloa, Chino Antrax, est encore une fois troublant : lui aussi fut extradé aux Etats-Unis, c'était en 2014, alors qu'il avait été arrêté à Amsterdam où il venait fêter le nouvel an à bord de son jet privé. Et lui aussi s'est converti en soplón, collaborant avec la DEA afin de livrer des informations sur l'organisation de son ancien patron, El Mayo Zambada. Sauf que lui n'a écopé que de... 6 ans de prison. Alors même qu'il avait plaidé coupable pour avoir fait introduire des tonnes de cocaïne et de marijuana aux Etats-Unis et reconnu avoir participé à des actes de violence pour le cartel au Sinaloa ! Comme quoi, on ne dit jamais assez à quel point c'est primordial d'avoir un bon avocat... Blague à part, la différence entre les deux chefs de sicarios résultait surtout dans le fait que les patrons d'El Chino restaient eux bel et bien à capturer, au contraire de La Barbie, orphelin des frères Beltran ; et celui-ci n'avait donc pas autant à offrir à la DEA que le regretté Chino.

Le sourire partagé entre Vicente Zambada et El Chapo, à son procès en 2018

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Chino Antrax, quelques jours avant sa mort

En ce qui concerne le biopic à venir sur La Barbie, la mauvaise réputation qu'il s'est récemment taillé parmi les partisans des narcos et sa collaboration avec la DEA, ajouté à sa lourde condamnation, pourrait tenir lieu de "rédemption" pour le capo. Une repentance d'apparat qu'il n'est pour le moins pas exclut de voir à l'écran, tant on sait que Hollywood aime "les happy end" et les antihéros au grand cœur. D'ailleurs, de telles ficelles ont déjà été usitées un nombre incalculable de fois ; l'exemple le plus notable se trouvant représenté par le biopic du trafiquant Frank Lucas, American Gangster, auquel l'acteur Denzel Washington prête ses traits, et dans lequel il se repent finalement de tous ses crimes en collaborant avec sa Némésis, le flic qui s'est acharné à le faire tomber (Russell Crowe), comme conclusion finale. Une morale pour le moins douteuse, vous en conviendrez (ce qui, en passant, n'enlève en rien la qualité du film mentionné plus haut, excellent !). Mais ne vous y trompez pas, chers lecteurs : la collaboration d'Edgar Valdez n'a rien d'une repentance. Tout simplement parce que, contrairement à ce que laisse entendre la fiction, il est parfaitement d'usage dans le milieu de balancer tous ses petits copains dès lors qu'on se trouve sous la menace d'une peine de prison à deux chiffres. Je ne connais personne qui, dans ce cas, soit assez bête pour refuser de s'attirer les bonnes grâces du juge ou du procureur, ou même de qui vous voulez. L'ami Barbie et Chino Antrax sont loin d'être les seuls à délatter, en vérité ; chaque baron incarcéré essaie de tirer son épingle du jeu, l'exemple le plus notable étant celui de Vicente Zambada, fils d'El Mayo Zambada, qui témoignait avec son oncle au procès d'El Chapo contre celui-ci. Le bougre s'est même payé le luxe de sourire à ce dernier en entrant dans la salle du tribunal et de lui adresser un petit salut (auquel El Chapo répondit par un sourire) avant de déclarer : "je n'ai rien contre mon ami Chapo...", lors de son témoignage. Témoignage dans lequel il accusa son "ami Chapo" et son père d'avoir dirigé le Cartel de Sinaloa pendant près de 30 ans et s'être livrés aux pires atrocités. Damaso Lopez, condamné à une peine de prison à perpétuité, à lui aussi témoigné lors du procès. Désormais que vous vous trouvez avertis, il sera difficile de vous faire avaler le sacrosaint "j'suis pas une poucave" érigé en odeur de sainteté à l'écran comme code d'honneur du bandit. Conneries !

 

 

 La Barbie au cinéma, c'est pas girly

 

Dès 2011, la rumeur d'une adaptation hollywoodienne des pérégrinations d'Edgar Valdez Villarreal se fait entendre avec l'acquisition des droits sur sa vie par Legendary Studios (je ne savais même pas qu'on pouvait acheter des droits pour raconter la vie de quelqu'un) ; puis, tel Expendables 4 apparemment destiné à ne jamais voir le jour, le projet est au point mort jusqu'à ce que les dits droits soit rachetés par l'acteur Armie Hammer, un des enfants terribles d'Hollywood, vu dans Lone Ranger. Au moment même où j'écris ces lignes, l'acteur est en pleine tourmente à cause de scandales sexuels et des prétendues pratiques de cannibalisme dont on l'accuse ; comme quoi, les tarés ne portent pas tous des colts plaqués or et ne se trouvent pas tous au Mexique... L'acteur, arrêté en 2012 pour avoir essayé de franchir la douane avec des pâtisseries à la marijuana, se fait représenter pour cette affaire par l'avocat de l'époque d'Edgar Valdez, et bien que n'ayant jamais rencontré ce dernier en personne, il se met à entretenir avec lui une correspondance afin de le persuader de le laisser acquérir ses droits sur sa vie. Ce sera chose faîte 3 ans plus tard, mais curieusement, le dégénéré aux cheveux blonds (non, ce n'est pas celui auquel vous pensez) n'en fera rien jusqu'à ce que le projet sois finalement repris par VMI Worldwide, il y a peu. On aurait pourtant pu penser qu'après avoir fait des pieds et des mains pour acquérir ces droits, l'acteur précédemment cité soit plus impliqué dans le projet, d'autant plus qu'il avait un temps annoncé vouloir jouer lui-même le rôle du sicario, même si l'acteur britannique Charlie Hunnam (Sons of Anarchy) était également pressenti. Aujourd'hui, le projet semble enfin sur de bons rails (attention jeu de mots) et Danny Trejo a fait savoir qu'il rejoignait le casting du film. Encore mieux, un premier pitch du scénar à déjà été dévoilé : "il dépeindra les pérégrinations d'Erik Vazquez (Edgar Valdez ; hum, comme c'est malin...) alias la Muñequita (la petite poupée), mexicano-américain né à Dallas, intégré en tant que lieutenant de haut rang au sein du cartel Feliz. Vazquez devra mener son équipe de sicarios dans une guerre sanglante, vicieuse et interminable qui entraînera la mort de milliers de personne (ça sent bon pour l'ami Chino Antrax, ça...), sans pour autant malmener son code morale consistant à ne jamais tuer de femmes ou d'enfants (une prétendue ligne de conduite que l'on attribue à La Barbie)." Phillipe A. Haddad (photo juste ici) devrait jouer le rôle de l'ami Barbie (enfin Erik Vazquez) et Trejo le père d'un de ses associés dans le cartel. Cali Morales, Maurice Compte, Maya Stojan, Dionysio Basco et Jaylen Moore (la vache, je connais aucun de ces types) feront également partie du casting, sans que leurs rôles ne soient encore connus.

Mais il ne s'agit pas du premier film sur la vie d'Edgar Valdez. Quoi ? Vous pensez que j'aurais dû commencer par ça ? Quel est l'intérêt d'un second film, dans ce cas, me direz-vous ? Et bien, il est un peu osé de parler de "film" dans ce cas précis, vous répondrais-je... La narcoculture est une chose pour le moins éclectique, au Mexique ; si La Barbie ne dispose que de seulement quelques chansons à sa gloire, je l'ai écrit plus haut, et qu'il est coutume dans les cartels que les narcos commandent eux-mêmes des chansons à ces groupes pour entretenir leur propre légende, La Barbie a préféré faire un tout autre usage de son argent. En réalité, c'est lui-même qui est à l'initiative de ce premier film sur sa vie, une sombre merde dans le genre narcopelículas (films produits par les cartels), long (c'est le cas de le dire) d'une heure et demie, que La Barbie avoue avoir payé plus de 200 000 $. Il l'a voulu, il l'a eu. Et tous ceux qui l'ont visionné l'ont eu dans le cul. Blague à part, si les narcos sont doués pour faire de la musique, ils le sont tout autant pour produire des bouses cinématographiques. Le film, à peine regardable, sobrement intitulé "cronicas de un narco" verse dans le nanar éhonté (disponible à l'achat sur Amazon et visionnable en quasi intégralité sur Youtube au moment où j'écris ces lignes) et mets en scène des acteurs de second plan jouissant tout de même d'une certaine notoriété au Mexique (dont une certaine Yeniffer Behrens, vue dans Desperate Housewifes et Greys Anatomy). Tourné en 2008 pendant la période d'activité de La Barbie (sans que l'on en connaisse les membres de l'équipe de tournage et de production, demeurés anonymes), le "film", tourné à 50% en espagnol, l'autre moitié dans la langue de Shakespeare, prétend compter les exploits d'Edgar Valdivia, un jeune loup ambitieux qui veut monter sa propre affaire dans le trafic de drogue sans s'associer avec aucun des capos en présence (et insiste lourdement sur ce point) mais qui finit tout de même par saisir la main généreuse d'un certain Don Arturo (tiens, tiens) et de son frère, mentionné comme Don Alfredo. Le film n'a, soyons franc, pas le moindre intérêt si ce n'est (curieusement !) ses scènes les moins réussies, à la fin du long métrage. Tirant définitivement un trait sur le semblant de scénario, les dernières minutes prétendent dépeindre des scènes de violence poétique (totalement WTF) avec le lyrisme d'une pub NERF, au moment où Edgar jouit enfin de son pouvoir et laisse libre cours à sa violence. Un aperçu prémonitoire de ce que devaient être les derniers mois de carrière de La Barbie, deux ans plus tard, au moment de la création de Los Negros. C'est au moins ça pour ce déchet du 7ème art, décidément peu instructif sur la vie du capo.

Enfin, pour conclure la rétrospective des exploits de la Barbie sur le petit comme, prochainement, le grand écran, je me dois de mentionner la "satyre" qui a été faite du narco dans la série de Netflix "El Chapo". Car oui, une représentation d'Edgar est bien présente dans le show au travers d'un de ses personnages, La Muñeca. Si le personnage de la série ne prétend pas calquer à la perfection le parcours d'Edgar Valdez, ils partagent néanmoins quelques points communs, le plus évident d'entre eux étant bien sûr la parenté de leurs surnoms. En revanche, le pendant télévisuel du narco diffère grandement de celui-ci par son physique (carrure moyenne et cheveux virant plus au châtain brun, malgré une appétence partagée pour les polos de couleur vive), qui lui, mérite incontestablement du fait de ses traits son surnom de "poupée".

De plus, et là c'est plus étrange, La Muñeca ne semble pas être né aux Etats-Unis dans la série (il est mentionné qu'il est originaire de Nuevo Laredo, au Mexique), ni avoir joué au football américain, ni avoir tenté de former sa propre organisation, ni rien de tout cela. Mais n'allez pas croire pour autant qu'il ne s'agit que d'un personnage tertiaire, un soldat cantonné aux scènes d'action, et au background expédié ; car le personnage de La Muñeca, s'il n'intervient que dans la saison 2 de la série (il fera quelques courtes apparitions dans la suivante) est en réalité l'un des meilleurs personnages de "El Chapo" ! Série qui manque cruellement de portraits de sicarios comme de "petites mains du cartel", soit dit en passant. La Barbie est l'un des rares élus à être représenté via le personnage de La Muñeca, et celui-ci dispose de son propre passif (comme il s'agit d'évènements fictifs, on ne vous spoilera pas cela) et background dans l'épisode où il est introduit. Si vous vous référez à notre article "la série El Chapo est-elle crédible ?", vous verrez que nous émettions quelques réserves sur la pertinence du personnage de la Muñeca, mais bien par rapport aux différences qui l'oppose au trafiquant qu'il est censé représenter et non à la place qu'il occupe dans le fils des évènements de la série, d'une justesse rare pour celle-ci. Alors, vu ses nombreuses différences avec le véritable Edgar, qu'est-ce qui fait de La Muñeca une bonne mouture du sujet de cet article ? Et bien, étant donner que La Muñeca figure être le tueur à gages attitré du cartel d'El Chapo, fortement sollicité par les parrains au début de son parcours, avant de se changer en le bras armé et loyal garde du corps d'Arturo Bernal Leyda (on ne vous fera pas un dessin), le plus important des tribulations de l'ami Edgar se voit bel et bien représenté ici. Mieux encore, il se verra au cœur des luttes intestines, en proie à un cruel cas de conscience, au fur et à mesure de la saison. Encore une fois, comme ces derniers évènements tiennent plus de l'imagination des scénaristes que des faits factuels que nous ayons à notre disposition, nous n'en dévoilerons pas plus sur ce qui demeure la meilleure saison de la série, au cœur des sanglants évènements de la guerre de 2008.

Le film produit par VMI Worldwide avec Danny Trejo, baptisé "American Sicario" n'a pas encore de date de sortie au moment de la parution de cet article, mais devrait se dévoiler un peu plus au cours de l'année 2021.

 

 

 

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