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Narcoculture-France

Blog relatif aux événements et informations de la narcoculture, relatés en français

Narco-Actu : L'année 2020 des narcos

 

 

Que s'est-il passé en 2020 au Mexique ? Quels faits ont marqué l'univers du crime organisé ? Quels sont les évènements qui ont cette année défrayé la chronique dans le pays ? Nous allons éclaircir tout cela dans cette rétrospective de l'année 2020 des narcos au Mexique et des violences qui l'ont accompagnées. Pour rappel, si les chiffres de l'année 2020 ne sont pas encore connus au moment où je rédige ces lignes, le Mexique avait recensé près de 35 000 meurtres au cours de l'année 2019, la plupart liés au crime organisé.

 

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Coronavirus

 

Vous n'êtes pas sans l'ignorer : l'année 2020 fut particulière pour tout le monde, historique, celle qui vit disparaître l'acteur le plus incroyable que le crime organisé n'est jamais connu comme son équivalent dans le monde du football, et ces bouleversements eurent également leurs répercussions parmi nos cartels de célébrités. Tout d'abord, si vous n'étiez pas au courant, sachez que nos amis mexicains se sont confinés sur une période qui chevauchait notre propre confinement en hexagone (je ne me souviens plus bien des dates, je l'avoue), deux ou trois semaines après celui-ci, et s'est donc achevé autant de temps plus tard. Rapidement, je me souviens qu'aussitôt la menace de ce nouveau coronavirus considérée en haut lieu dans la plupart des pays du globe (et ce alors que Manuel Lopez Obrador et Donald Trump s'entêtaient dans le déni) les autorités américaines ont vivement mis en garde contre la menace que faisaient peser les cartels mexicains en cette période troublée. Selon elles, ces derniers en auraient profiter pour développer de nouvelles routes d'approvisionnement pour pallier aux réseaux traditionnels et développer leurs activités. Au final, on a surtout constaté que, comme toutes entreprises, les finances des cartels s'en sont vu négativement impactées. Mais rappelez-vous dans quelle période ces déclarations intervenaient : alors que le bientôt ancien président des Etats-Unis menaçait d'inscrire ces organisations criminelles sur la liste des organisations terroristes ; dans le même temps qu'il renforçait ses opérations maritimes dans le Golfe du Mexique pour lutter contre cette soi-disant menace. Aujourd'hui, il semblerait que cette idée ne soit plus vraiment à l'ordre du jour, mais il s'agit d'un marronnier qui ne tardera pas comme chacun sait à refaire surface tôt ou tard...

Et qu'en est-il au Mexique ? Et bien au début du confinement, quand chacun était encore tenté de se rebeller contre les mesures établies, on a vu passer à Culiacan les sempiternels pick-up du cartel sur lesquels défilent habituellement des hommes en armes, visant à intimider opposants et simples riverains. Cette fois, ils rapportaient à l'aide de hauts parleurs les directives d'Ivan et Alfredo Guzman, les fils d'El Chapo, menaçant explicitement quiconque ne se plierait pas au mesure décidées par le gouvernement (oui, oui, ça fait bien rire) et aux règles du confinement ; d'ailleurs quelques brimades et actes de violence de leur part contre ces réfractaires ont été recensés sans toutefois qu'ils ne surviennent de manière fréquente ou systématique. Une démonstration d'autorité qui n'a pas manqué, on s'en doute, d'embarrasser le gouvernement bien plus que n'importe quel règlement de compte. Mais l'hégémonie des cartels ne s'arrêtent pas là. Au Michoacan, en cette période difficile, notamment économiquement, le CJNG (Cartel de Jalisco Nueva Generacion) s'est livré à des distributions de vivres et de nécessaire en plus grande quantité qu'à son habitude ; ne manquant pas de faire dire (et devant la caméra s'il vous plaît) à ces pauvres bougres à qui ils devaient leur bonne fortune. Rien de neuf d'ailleurs cette année concernant celui-ci (je parle bien sûr d'El Mencho), si ce n'est les quelques rumeurs habituelles qui rapportent son décès ; on rappelle que le chef du CJNG est contraint de demeurer sous dialyse à cause d'une grave maladie du foie tout en se cachant du gouvernement dans la Sierra de son Etat natal.

 

 

El Mayo vs Los Chapitos

 

Vous le savez, le fait marquant de l'année passée au Mexique et dans le monde du crime organisé a eu lieu à la fin de l'année 2019, le 17 octobre plus précisément, il n'est donc pas étonnant que cet événement ait également eu des répercussions inattendues qui se soient poursuivies tout au long de l'année suivante. Je parle bien sûr du fameux "vendredi noir" et de son retentissement sur la scène internationale, sobriquet que l'on attribue à cette journée historique qui a vu le président du Mexique en fonction donner l'ordre de libérer le rejeton d'El Chapo Guzman, Ovidio Guzman Lopez, pourtant aux mains de la marine et de la garde nationale l'espace de quelques heures. La rumeur, en ce 17 octobre, prétendait que l'un des fils du baron de la drogue mentionné plus haut, Ivan Archivaldo, le plus célèbre, à la tête de sa propre faction du cartel de Sinaloa avec son frère Jesus Alfredo, venait d'être appréhendé à Culiacan, avant que la véritable identité de celui-ci ne soit finalement publiée. Mais les forces du cartel avaient déjà fondu depuis la Sierra sur la capitale de l'Etat de Sinaloa et visé les militaires comme la population civile dans une série d'attaques et d'attentats (au moins 6 militaires tués et un civil) ayant pour objectif de persuader les responsables de la capture d'Ovidio de le libérer. Plusieurs images, fortes, saisissantes, historiques, de ces combats resteront pour longtemps dans la mémoire du pays : les militaires et les soldats du cartel se faisant face, armes au poing, sur l'une des artères de Culiacan tel les armées américaines et soviétiques à Berlin, pendant que plus loin les combats suivent leur cours ; puis s'échangeant respectivement une poignée de main au terme des négociations. On retiendra aussi l'étincelle cause de tout ceci, la capture d'Ovidio Guzman, filmée par les caméras GoPro de la marine, et les membres de celle-ci demander respectueusement à l'intéressé de sortir de la maison où il était retranché alors que l'on entend déjà les rafales de kalashnikovs détonner aux quatre coins de la ville. Je tiens à saluer le sang-froid et le respect de ces soldats alors que leurs collègues se trouvent sous le feu ennemi, quand on voit la brutalité et l'irrespect avec lesquelles de simple flics se permettent d'agir sur le sol Français... " Sors, sors, sors Ovidio (...) Montrez vos mains (...) Tranquille, montre tes mains frérot (...) Sortez s'il vous plaît, s'il vous plaît..." S'ensuivit le fameux coup de téléphone, sous le regard des militaires qui venaient de le capturer, d'Ovidio à son frère Ivan, afin que celui-ci fasse cesser les combats ; "je ne veux pas de bordel (...), dis-leur d'arrêter..." Mais qui n'aura pas eu l'effet escompté, au vu de l'entêtement bien connu de ce dernier. Un autre échange sera passé lui relativement inaperçu ; c'était sans compter sur les événements déterminants dont il se faisait alors les prémices : sur la fréquence radio des membres du cartel, on entend ce 17 octobre une voix que l'on attribue à El Nini, le chef des sicarios du clan Guzman, ou un de ses proches, demander le soutien de l'autre faction du cartel de Sinaloa alors qu'ils prennent d'assaut la ville. Celle bien sûr, dirigée par El Mayo Zambada. A l'autre bout du fil, cette fois, c'est un silence obstiné ; la faction dirigée par le plus grand de tous les parrains en liberté ne prendra part au déchainement de violence du "vendredi noir". Dans les arcanes du crime organisé, on dit même que ce dernier réprouve les agissements des rejetons de Guzman ; les liens entre les deux factions survivantes du Cartel de Sinaloa se refroidissent brutalement. Il faut dire qu'aucun des fils d'El Chapo n'est foncièrement réputé pour son intelligence, bien au contraire : Ivan et Alfredo se sont même entêtés à se faire capturer un nombre impressionnant de fois par les ennemis de leur père ; tout l'opposé du pragmatisme d'un Ismael Zambada. Ovidio libéré, l'année 2019 peut s'achever (dans une paix précaire) et Culiacan panser ses plaies.

 

 

El Mayo vs Los Chapitos 2 : El Nini vs El Ruso

 

 

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Les deux protagonistes de l'affrontement à venir sont d'une part le chef du bras armé des "chapitos", Los Ninis, à savoir El Nini. Egalement connu comme El 09 ou El Chicken Little (c'est donc à lui qu'est dédié le corrido éponyme de Enigma norteño ; "Echandome un buen taco de aguacate (...) mi nombre luego mejor se los digo, pero pa' todos mis amigos soy El Chicken Little...). D'après les autorités mexicaines, celui-ci s'appellerait en réalité Nestor Isidro Garcia ; seulement voilà, d'après les autorités américaines, celui-ci se nommerait en fait Nestor Ernesto Pérez Salas (ou l'inverse ?)... Le même doute survient quand il s'agit d'évoquer l'endroit d'où il est originaire ; d'après la chanson mentionnée plus haut et dans la plupart des corridos à sa gloire en tout cas, ce serait de Tijuana. Le second est lui connu comme El Ruso, lieutenant de l'autre faction du Cartel et d'Ismael Zamabada. Si le doute est encore plus grand quand à sa véritable identité, on le voit sur de nombreuses vidéos se livrer à ce qui semble être son passe-temps favori : défourailler avec une arme à feu. Un coup avec une kalashnikov, l'autre avec un lance-grenades... Je me rappelle une vidéo en particulier où plusieurs sicarios taillent la discute au milieu de la jungle tandis que l'on entend des coups de feu en arrière fond. Au bout d'un moment, les sicarios se dirigent vers le bruit et apparaît la silhouette d'El Ruso qui s'entraîne seul à viser le même arbre au milieu de la jungle, sans personne à ses côtés. Faisant le malin devant la caméra, il joue les fines gâchettes et s'amuse à dégainer son flingue le plus rapidement possible avant de tirer. Ces vidéos n'auront pas manqué de déclencher des commentaires railleurs quand au faciès de l'intéressé, en dissonance avec le surnom qui lui est attribué, El Ruso, Le Russe. Bien sûr, le lieutenant d'El Mayo n'a pas vraiment le teint moscovite, au contraire de son bras droit El Omega, mais je ne m'attendais pas vraiment à autre chose, comme d'ailleurs au fait que cela surprenne nos amis mexicains. Après tout, El Chino Antrax ne ressemblait pas davantage à un chinois, c'est le cas de le dire ! 90 % des commentaires sous ses vidéos sont pour faire remarquer qu'il aurait mieux fallu l'appeler Le Péruvien, Le Bolivien, Le Chilien, ect... Mais si El Ruso est surnommé de la sorte, c'est bien à cause de son arme de prédilection, une kalashnikov qu'il porte en bandoulière. Si j'aime tant le milieu des narcos mexicains, c'est bien parce qu'on peut saisir un peu de la psychologie d'un personnage à travers le peu d'informations qui font surface à son sujet. Et pour moi, si El Nini est d'une rare arrogance, il semblait déjà évident à ce moment-là qu'El Ruso est du genre à aimer se fritter, y compris avec plus fort que lui...

 

En novembre de la même année cependant, un mois après la capture d'Ovidio Guzman, les prémices de ce nouveau conflit surviennent déjà quand huit camionnettes ressemblant à celles de la police d'Etat font irruption de nuit sur le territoire d'El Mayo, près de la commune de Aguacaliente. Le convoi est dirigé par El Nini en personne et se fait finalement intercepter par les sicarios d'El Ruso, qui serait originaire de la dite commune. Ces derniers leur demandent la raison de leur présence, et quand El Nini leur répond qu'il est né non loin et qu'il est chez lui ici, les insultent fusent. Insultent qui seront rapportées aux patrons et qui ne seront pas oubliées, d'un côté comme de l'autre, puisqu'à la suite de ce face à face impromptue, débute la sanglante série d'assassinats entre les deux factions. Les violences se cristallisent aussitôt autour de ce point précis, la zone entourant la commune d'Aguacaliente, d'où seraient originaires les deux lieutenants et qui se trouve sur le territoire antique d'El Mayo. Des assassinats sont rapportés dans le secteur, dont deux concernant des sicarios ayant supposément pris part à la dite confrontation verbale, ainsi que celui d'un ancien détenu, entre autres. Finalement, après quelques mois d'échauffourées plus ou moins contenues, El Mayo prend la sage décision d'exiler son lieutenant, celui-ci s'octroyant en effet de plus en plus de liberté dans sa guerre l'opposant au clan rival. Cette décision eu pour effet d'enclencher le premier rouage d'une lente désescalade entre Zambada et les fils de Guzman, même si ceux dirigent dorénavant deux groupes bel et bien antagonistes.

 

 

La ballade prit fin, la mort de Rodrigo El Chino Antrax

 

 

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Le 6 mai 2020, alors que certains comme votre serviteur guettait avec impatience la libération de l'ancien chef des sicarios d'Ismael Zambada, Jose Rodrigo Aréchiga Gamboa, censée survenir au début de l'année 2021, stupeur... Après avoir été placé en résidence surveillée deux mois plus tôt sans même que la nouvelle ne parvienne à mes oreilles, Jose Rodrigo s'est apparemment volatilisé de la maison que lui ont assigné les autorités américaines et dont il ne peut s'éloigner de plus de 500 mètres, comme l'ont constaté deux agents en visite de routine. Aussitôt, l'alerte est donnée mais El Chino Antrax semble déjà en avoir profiter pour traverser la frontière et regagner le Sinaloa, un peu moins de 7 ans après sa capture, à l'aéroport d'Amsterdam Schipol. Les images d'une grande fête célébrant son retour et organisée par des membres du Cartel de Sinaloa fuitent rapidement sur les réseaux sociaux, sans que nous puissions juger de sa véracité. Certains s'imaginent déjà les Antrax, terrible bras armé du Cartel dont Rodrigo était le chef ainsi que l'un des seuls membres encore en vie, faisant leur retour avec le bientôt quadragénaire à sa tête. Hélas, il n'aura pas le temps de fêter son anniversaire, approchant... Le samedi 16 mai, trois corps sont retrouvés à bord d'une camionnette abandonnée sur un chemin de terre. Tous semblent avoir été torturés puis exécutés. Parmi eux sont identifiés les corps de Ada Jimena Aréchiga, la sœur d'El Chino, et de son mari, frère d'un député. Les autorités confirmeront un peu plus tard que le troisième cadavre est bien celui de Rodrigo. Le lieu où les corps des trois malheureux ont été abandonnés n'est cependant pas le lieu de leur exécution, qui se trouve être une maison du quartier Guadalupe Victoria, fief traditionnel du bras armé commandé par Aréchiga Gamboa. Dans la nuit, un commando de la mort fit irruption et une fusillade éclata, visant les occupants de la maison où El Chino passait la soirée avec sa sœur et son beau-frère ; il semblerait que l'ancien chef des sicarios de Zambada ne se soit pas rendu sans se battre, fidèle à lui-même, comme en témoigne les nombreux impacts de balle sur celle-ci, mais l'issue reste la même. Une semaine à peine après sa fuite de San Diego, Rodrigo El Chino Antrax paye durement sa décision de se désister aux autorités américaines. Une question alors est sur toutes les lèvres : qui a ordonné la mort du leader des Antrax ? Bien vite, deux hypothèses sont formulées. La première, la plus probable, incrimine les fils d'El Chapo, Los Chapitos. Là aussi pour deux raisons : la première serait qu'engagés dans leur conflit avec Ismael Zambada, les fils d'El Chapo n'aient pas vu d'un bon œil le retour soudain de l'ancien lieutenant de leur ennemi, soldat hors-pair et star des réseaux sociaux connu dans le monde entier. La seconde implique une dispute qu'aurait eu Rodrigo avec l'aîné des Chapitos, Ivan Archivaldo, à l'époque où il était encore en activité. Une dispute survenue dans une boîte de nuit pour des motifs obscurs mais qui aurait néanmoins poussé à l'époque Zambada à exiler son lieutenant déjà qui prit alors l'habitude de voyager autour du monde jusqu'à sa capture à Amsterdam, afin de lui éviter les représailles du fils de son associé. La seconde théorie ? Elle implique cette fois le parrain Zambada en personne, ou du moins des membres de son organisation, qui auraient fait payer à Chino d'avoir collaborer avec la DEA en échange d'une remise de peine. Il faut préciser que l'intéressé à plaidé coupable lors de son procès pour avoir importer cocaïne et cannabis aux Etats-Unis et s'être livré à des actes de violence pour le Cartel au Sinaloa ; au vu des faits qui lui sont reprochés, et des centaines de victimes qu'on peut lui imputer, 6 ans de prison aux Etats-Unis ce n'est pas cher payé... Il y a forcément anguille sous roche dans ce cas, et l'on peut supposer que la clémence du tribunal américain (6 ans c'est moins que la peine requise à l'encontre de Vicente Zambada, le plus grand informateur de la DEA de ces dernières années en ce qui concerne le Cartel de Sinaloa et témoin de l'accusation au procès d'El Chapo) a été motivé par une hypothétique collaboration de Rodrigo. Certains affirment d'ailleurs, y comprit les principaux médias mexicains sur le sujet (sans toutefois avancer que cette théorie est bien exacte), que Chino Antrax ne se serait en fait pas évadé de sa résidence surveillée de San Diego, où il avait été placé seulement deux mois plus tôt on le rappelle... Mais bien sciemment remis en liberté par les autorités américaines avec la mission de recueillir au Sinaloa des informations pouvant mener à la capture du plus grand de tous les parrains, Ismael El Mayo Zambada. Il se serait alors vu confier un dispositif de traçage GPS et éliminer par les sicarios de son ancien patron qui se serait douté de la supercherie. Il faut dire que certains détails fournis par les autorités américaines sont troublant : d'abord, une fois sa supposée désertion constatée par les agents de probation qui lui rendaient visite, le procureur Dana M. Sabraw a décidé de déclencher aussitôt l'alerte et ordonner un mandat d'arrêt à son encontre sans attendre les 48 heures requises par la procédure dans ce genre de situation. Ensuite, sa fuite elle-même pose question : s'il est de notoriété publique que la frontière américano-mexicaine est pour le moins poreuse, y compris pour les personnages mal intentionnés (et puis normalement les gens cherchent à entrer aux Etats-Unis plutôt que d'en sortir), Rodrigo Gamboa avait été muni d'un bracelet électronique au moment de son placement en résidence surveillée. D'après les américains, celui-ci l'aurait enlevé de lui-même et équipé sur une poupée mécanique afin que celle-ci simule ses mouvements habituels entre sa cuisine et sa chambre. Il aurait alors déserté la maison en n'abandonnant derrière lui que son téléphone cellulaire et sa fuite constatée que plusieurs jours plus tard par les agents en question. Vous le savez, à Narcoculture-France on n'est jamais partisans des théories complotistes, mais j'admets qu'il y a matière ici à se poser des question. En revanche, nous réfutons la thèse en vogue prétendant que Rodrigo ne serait pas mort mais retiré des affaires, quelque part (probablement dans le même village magique que celui où vivent Le seigneur du ciel et Gonzalo El Macho Prieto...). L'un des principaux arguments des partisans de cette thèse implique un tatouage qui ne se trouve pas sur le cadavre d'El Chino ; tatouage qui n'apparaissait d'ailleurs que sur une unique photographie de son vivant, et Dieu sait que Rodrigo aimait se faire photographier ! Non, il est plus sage de penser que le retour d'El Chino Antrax au Sinaloa dans un climat de tension grandissant entre les deux factions du cartel, 7 ans après sa capture et alors que peu de ses anciens collègues et amis ont eux-mêmes survécus, lui a coûté la vie ; que le commando responsable de sa mort ait été mandaté par les fils d'El Chapo ou son ancien patron, au bout du compte.

 

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Los Chapitos vs Caro Quintero

 

Après avoir chercher la merde au plus vieil associé de leur père, le seul qu'ils n'avaient pas encore trahi, les rejetons de Guzman ont profité de l'accalmie provoquée par l'exil d'El Ruso pour ouvrir un autre front, cette fois dans l'Etat de Sonora, contre une autre figure bien connue du cartel : Rafael Caro Quintero. Ancien patron du Cartel de Guadalajara, où il commandait à l'époque les jeunes lieutenants qu'étaient Joaquin Guzman et Ismael Zambada, Rafael Caro Quintero fut libéré des geôles mexicaines en 2013 dans lesquels il a purgé une peine de 28 années de réclusion pour le meurtre d'Enrique Camarena. A sa libération, qu'on peut imputer à une erreur de procédure, le gouvernement américain se prévalant d'inculper à leur tour Caro Quintero, le capo retomba dans la clandestinité pour échapper aux autorités américaines désireuses de lui faire payer le meurtre de l'un des leurs et intégra le Cartel de Sinaloa à un poste plus ou moins officieux. C'est à cette époque que Caro Quintero joua un rôle, tout comme son associé Ismael Zambada, dans la libération d'Ivan Archivaldo et Jesus Alfredo Guzman, les fils aînés d'El Chapo, alors détenu par les hommes d'El Mencho supposément aidés par leur cousin Alfredo Beltran Guzman ou le père et le fils Damaso Lopez, tous anciens lieutenant du cartel de Sinaloa en bisbille avec la famille Guzman. Les Chapitos, décidément pas très malins, décidèrent de défier l'autorité du leader du CJNG en s'offrant du bon temps sur ses terres dans la station balnéaire la plus en vogue du continent nord-américain, Puerto Vallarta, dans l'état de Jalisco. Attablés dans le restaurant "La Leche" où ils fêtaient un anniversaire avec 18 autres personnes, dont de nombreux gardes du corps, les Guzman ne purent résister à l'invasion soudaine du restaurant par au moins 50 hommes en armes qui se rendirent aussitôt maîtres des lieux et en menacèrent les occupants, kidnappant violemment les deux sinaloans au nez et à la barbe de leurs sicarios... Afin de sortir de cette impasse, El Mayo et Caro Quintero intervinrent au nom des rejetons de leur ancien associé avec qui ils entretenaient encore de bonnes relations, en tant que "derniers parrains de la vieille école encore en activité" et convainquirent El Mencho de les libérer. Visiblement, les vieux savent y faire en négociation, puisque Ivan et Alfredo furent rapidement remis en liberté par le CJNG, pourtant ennemi héréditaire du Cartel de Sinaloa, sans qu'aucun mal ne leur soit fait. C'était en 2016. Agé de 68 ans, le narco originaire de Badiraguato revendique aujourd'hui le territoire de l'Etat de Sonora où il tente d'implanter sa nouvelle organisation dénommée Cartel de Caborca, tout comme les fils d'El Chapo. Il n'en fallait pas davantage pour une nouvelle montée de tension, entachée de son lot de meurtres et de violence. La nuit du 19 juin, un groupe d'hommes armés firent irruption dans la capitale de l'Etat et déclenchèrent incendies et fusillades dans la ville avant d'abandonner plusieurs corps mutilés dans leur sillage. Si le Cartel de Sinaloa commandé par les Chapitos détient encore la plus forte présence dans la zone, Caro Quintero et son Cartel de Caborca est bien décidé à leur en disputer le contrôle. Toutefois, même si la tête du vieux capo est mise à prix pour 20 millions de dollars par les autorités américaines (soit plus que pour El Mayo Zambada et El Mencho, les deux barons de la drogue les plus puissants du Mexique, respectivement recherchés pour 5 et 10 millions de dollars) Caro Quintero et son organisation naissante est loin de concurrencer la puissance de ses rivaux. Selon des rumeurs tenaces, il aurait donc solliciter l'aide des deux narcos mentionnés plus haut pour lutter contre les fils d'El Chapo, sans qu'on parvienne à déterminer s'il penche plus du côté de son vieil ami El Mayo, ou de l'ennemi de toujours de ce dernier, l'ennemi public n°1 au Mexique, El Mencho.

 

 

El Marro, bonjour et aurevoir

 

 

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Depuis quelques mois, une figure sortie de nulle part détonnait dans le crime organisé mexicain qui exhibe sempiternellement les mêmes têtes depuis 40 ans ; celle d'un bonhomme tout rond répondant au nom d'El Marro. S'il surprend par sa drôle de bouille, le chef du Cartel de Santa Rosa de Lima détonne aussi par la diversification de ses activités ; en effet, le Cartel de Santa Rosa est pour ainsi dire l'un des seuls cartels mexicains qui ne soient pas à proprement parler un cartel de la drogue, mais qui verse dans tout le reste, pour peu que ce soit illicite et que ça rapporte de l'argent. Outre l'extorsion, chasse gardée de toutes mafias, le cartel d'El Marro était surtout connu comme le "cartel du pétrole" qui détournait jusqu'à 1 million de dollars par jour du précieux carburant à son gouvernement ; activité assez répandue au Mexique s'il en est (on se souvient tous de ce terrible accident qui avait fait 137 morts en janvier 2019 lors de l'explosion d'un oléoduc alors que les victimes se trouvaient toutes sur place pour dérober un peu de pétrole). Cette stratégie n'est d'ailleurs pas nouvelle, puisque Los Zetas se sont toujours évertués à faire souffrir le plus possible leurs compatriotes ainsi que les migrants provenant d'Amérique centrale ayant le malheur de croiser leur route en diversifiant leurs activités. Alors que l'on murmure que le Cartel de Jalisco Nueva Generacion entretiendrait des vues sur le business du cartel voisin et rival et que des violences surviennent de plus en plus fréquemment dans ces Etats jusqu'à la confrontation armée entre les deux organisations qui frappa durement l'Etat de Guanajuato en 2019, El Marro est finalement capturé le 2 août 2020 après de multiples tentatives pour l'arrêter et l'incarcération temporaire de sa mère et de sa sœur notamment, un mois auparavant. Ces coups de filet et la chute d'El Marro portent un coup dur à son organisation dont on ne sait si elle aura encore la capacité de résister dans la guerre qui l'oppose à son puissant voisin.

 

 

 

 

 

 

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